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Auteur : Jean-Michel Véchambre
Date de saisie : 22/05/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Loubatières, Portet-sur-Garonne, France
Prix : 19.90 € / 130.54 F
ISBN : 978-2-86266-532-0
GENCOD : 9782862665320
Sorti le : 22/05/2007
Don Juan de Tassis, comte de Villamediana, est aujourd'hui bien oublié, mais son personnage demeure. En effet, il est celui qui a inspiré le Don Juan de Tirso de Molina, qui deviendra celui de Molière, puis de Mozart.
Il vivait séparé de sa famille, était en charge du courrier du royaume d'Espagne - une «invention» familiale en quelque sorte. Poète (parent du Tasse), mécène, homme politique, sa vie fut un roman : amoureux de toutes les femmes, il se perdit pour une seule. Isabel - née Elisabeth de France, fille d'Henri IV - devient son unique objet de désir et de tourment, mais on ne peut impunément aimer la reine d'Espagne... En moins de deux années, il vivra le bonheur et le désespoir, jusqu'à sa mort. Etincelant personnage, il avait osé paraître en présence du roi, une pancarte autour du cou, où il était écrit : «Mes amours sont royales».
L'écriture de Jean-Michel Véchambre rend justice à don Juan de Tassis, à son caractère flamboyant, entier et intense.
Jean-Michel Véchambre a publié plusieurs ouvrages dédiés au patrimoine, a été photographe de presse puis a rencontré les poèmes de Juan de Tassis. Cela l'a conduit en Espagne où il s'est passionné pour ce destin singulier ; passion qui a donné naissance au présent ouvrage.
Extrait du prologue :
Ô España ! Ô mon été perpétuel ! Une ambiance familière et une certaine lumière m'enveloppent, une sensation délicieuse à l'intérieur de ma poitrine monte à un point tel que, pour un peu, j'en pleurerais de joie !
España, rends-moi à profusion toute la palette de tes couleurs jaunes et brunes qui me hantent depuis que j'ai ouvert les yeux.
España, ouvre en grand la boîte de tes effluves généreux, épices en poudre gonflant les sacs de toile blanche des marchés du sud où l'on flâne pendant des heures le matin : cumin, noix de muscade, safran, bâtons de cannelle, poivre de Guinée, piments fous, rondeurs sanguines, morceaux de soleil et puis la senteur du cuir magnifiée par la chaleur de midi qui se mêle à l'arôme des pins. Etourdis-moi ! España, pendant tes canicules fabuleuses, permets-moi de me perdre encore dans le dédale de Séville, l'Hispalis des Romains fondée par Hercule, en courant sous les auvents de tissus clairs tendus l'été au-dessus des rues pour retrouver je ne sais qui ou je ne sais quoi.
España, offre-moi des égarements sensuels à n'en plus finir : des rendez-vous matin, midi et soir, avec toutes sortes de femmes : des grandes, des petites, des rousses, des blondes, des chinoises, des noires, des gitanes, des arabes ; tu sais bien que je les goûterai sans compter ! J'ai faim ! J'ai soif ! Je n'aurai plus jamais sommeil ! Insatiable je suis, insatiable je reste ! Je suis le collectionneur de l'Absolu !
Guitares, chants, danses, jupes à volants, splendides pieds nus aux ongles d'ivoire qui claquent sur les dalles, Sévillanes tournoyez sans fin, heureuses déesses ardentes ! Attendez-moi ! J'ai dix-sept ou dix-huit ans, l'impatience et la maladresse en moins !
España, invite-moi à passer toutes les nuits blanches que tu veux : pour m'enfoncer dans les entrailles des arrabals, voler de ferias en fiestas, flamber, retrouver mes seuls vrais amis dans l'ombre des bodegas pour vivre des tertulias sans fin, parler, rire, écouter, boire avec eux jusqu'à plus soif, escalader les façades au moyen de cordes, d'échelles ou à mains nues, bondir sur les toits, attraper quelques étoiles en tendant à peine la main et les offrir à une inconnue pâmée qui avait cru jeter une oeillade discrète vers moi... J'adore les inconnues !
España, plonge-moi dans ton Orient caché, retrouve pour ton serviteur toutes les mélopées oubliées, ramène-moi à côté du chuchotement des fontaines du patio de mon enfance. Oublie-moi une heure dans le calme immuable des palais andalous avec leurs arcs polylobés et leurs cours d'orangers enchantées de cigales enivrées. Vite, vite, ouvre-moi la porte de Gibraltar !
Aimante España, tu sais bien que, perpétuellement curieux, j'aurais passé ma vie à me promener en toi... N'oublie pas la réputation d'amant tendre et attentionné qui me suit ! Villages abandonnés, ateliers odorants de peintres connus et inconnus, bibliothèques plongées dans un calme intemporel, librairies pleines de trésors, archives oubliées sous les toits, modestes églises de campagne, cathédrales gorgées d'or... J'ai rêvé partout ! Le moindre coin d'Espagne a reçu ma visite, longue ou furtive.
Puissante et voluptueuse España, dans un lit immense, j'embrasse ta place encore vide. Absente lascive, je te parle même la nuit, surtout la nuit, en prononçant ton prénom d'une voix nouvelle. Mes mains n'ont jamais aussi bien caressé. La caresse est un message des dieux, sache-le ! Me voilà devenu un véritable miracle de passion et de plaisir ; un quart de siècle m'aura été nécessaire pour en arriver là. Oh... brune gironde à la peau couleur du pain d'épices, magnifiée par les parfums savants de l'Arabie heureuse, je peine à respirer en m'approchant de toi... mon coeur cogne à se rompre... je salive... la tête me tourne... Je vois loin dans l'avenir... Reprends-moi dans ton tourbillon hallucinant et je te couvrirai des plus beaux diamants de Bahia de la tête aux pieds !
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