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Auteur : Grazia Verasani
Traducteur : Anaïs Bokobza
Date de saisie : 22/04/2010
Genre : Policiers
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Suites, n° 139
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-86424-648-0
GENCOD : 9782864246480
Sorti le : 27/03/2008
Dans la chaleur étouffante du mois d'août à Bologne, une ville où, comme le dit la chanson des Smiths, tous foncent "vite et nulle part", Giorgia Cantini s'occupe d'une nouvelle affaire. La disparition d'une prostituée de luxe, petite-fille d'un ex-partisan, lance la "privée" à l'humour hilarant et dépressif dans un lent travail de reconstruction à travers les poèmes de la femme disparue et les rencontres avec son enfant de dix ans...
L'intrigue policière classique menée de main de martre approfondit deux portraits en miroir : celui, désenchanté, d'une ville qui perd son identité populaire pour devenir métropole européenne, et celui, extraordinairement attachant, d'une solitaire de quarante ans qui regarde le temps passer en refusant autant le cynisme que la normalisation.
Grazia Verasani est née en 1963 à Bologne où elle vit. Actrice, musicienne et parolière, elle est l'auteur de plusieurs romans dont Quo vadis, baby ? et Vite et nulle part sont les premiers traduits en France.
Je saisis mon bagage sur le tapis roulant avec la fatigue du voyageur repenti puis, palpant une des poches de mon blouson en jean, je sens le poids de deux ou trois cartes postales que j'ai oublié de poster. J'avance dans cet espace aseptisé - un mélange de plastique et d'acier - bondé de touristes et de membres du personnel. La salle d'attente est une étendue de chaises rigides et rouges ; au centre, sous le panneau lumineux, trône le dernier modèle d'une voiture superaccessoirisée. Je croise des gens qui font la queue au contrôle du détecteur de métaux et d'autres qui vérifient les arrivées et les départs sur l'écran. Dans les haut-parleurs, la voix d'une assistante radio interrompt un classique de Frank Sinatra pour signaler le retard d'un vol.
J'ai besoin d'un café. J'entre dans un ascenseur rhomboïdal en plexiglas et je monte au deuxième étage, où se trouve la zone restauration. Un ciel bleu de fin d'après-midi explose de la grande baie vitrée; j'aperçois une navette qui parcourt la piste et la silhouette grise d'un avion prêt au décollage.
Je suis partie d'ici il y a huit jours en laissant derrière moi une brève histoire avec Marcel et c'est justement au bar de l'aéroport que nous nous sommes dit au revoir : moi, je partais en vacances en Tunisie et lui rentrait à Paris terminer son cinquième roman noir.
Marcel, quarante-six ans, ami d'un ami : le magnétisme intellectuel, la classe de ses gestes qui, au fil des heures et des verres, lui donnaient cet air rêveur de ceux qui boivent trop. Deux semaines avec un enfant du surréalisme, sourcils marqués, ventre gonflé et visage abîmé, qui allumait une cigarette avec le mégot de la précédente; le énième dont j'ai regardé l'alliance briller dans l'obscurité d'une chambre d'hôtel, en l'entendant dire : "Pour aimer une femme, il faut en épouser une autre. "
Quel besoin y avait-il, Marcel, de mettre l'amour sur le tapis ? Je me serais passée de cette galanterie, parce qu'entre nous, disons-le, on pouvait comprendre dès le départ que ça ne durerait pas. Nous avons presque le même âge, je t'ai dit. Pendant des années l'amour nous a plus occupés qu'un lycée soixante-huitard. Moi, je vis de libres alliances, je n'ai pas de liens fixes et...
- Libres alliances ?
- Oui, tu comprends ?
Tu avais les draps entortillés autour des jambes et tu as fait quelque chose qui ressemblait à un sourire. Je suis revenue vers toi, déjà à moitié habillée, un pied en équilibre sur une soucoupe pleine de cendres et de mégots ; tu croyais que mon baiser visait ta bouche, mais c'était le front : ma façon à moi de mettre le clignotant et de prendre le raccourci habituel. Tu t'es frotté les yeux avec tes poings ; ton tee-shirt bleu avait des auréoles sombres à la hauteur des aisselles : une odeur de voyou français qui écrit des histoires à suspense parce que la peur, tu as dit, est un sentiment que Dieu, s'il existe, n'a jamais ressenti.
Sur la table de nuit il y avait le bloc où tu avais pris des notes pendant nos promenades. "Autrefois cette ville était traversée par des canaux. En fait, c'était une sorte de Venise avec le port, les bateaux..." Tu as tendu l'oreille quand j'ai ajouté qu'elle était pleine de puits et qu'autrefois les assassins y cachaient leurs victimes... Je commande un deuxième café.
Qui sait ce qu'il te reste, Marcel, des trente-cinq kilomètres d'arcades, de la fontaine de Neptune, de la Madonna col Bambino de Nicole dell'Arca, de l'église San Francesco de style gothique, de la Tour des Asinelli, de la Garisenda. De moi, à tes côtés, te disant qu'étaient passés ici Leopardi, Byron, Rossini.
- Oh, Leopardi, celui de la haie, celui de l'infini ?
- Oui, l'infini...
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