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.. Des crapauds dans la bouche

Couverture du livre Des crapauds dans la bouche

Auteur : Isabelle Rossignol

Date de saisie : 06/03/2008

Genre : Jeunesse à partir de 9 ans

Editeur : Ecole des loisirs, Paris, France

Collection : Neuf

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-211-09074-2

GENCOD : 9782211090742

Sorti le : 06/03/2008

  • Les présentations des éditeurs : 29/02/2008

Les parents de Marjorie sont dans une cage. Elle sait qu'en vérité ça s'appelle une prison, mais elle préfère le mot «cage», comme plage, sage, nage, nuage... Il y a beaucoup d'autres mots que Marjorie aime bien. Pourtant, elle n'ose plus les dire depuis que, d'un simple regard, sa grande soeur lui ordonne de se taire. C'est comme si les rayons de soleil que Lucile avait dans les yeux avant le départ de leurs parents étaient devenus des langues de serpent qui voudraient piquer. Et quand elle parle, c'est avec une voix de crapaud en colère !
Alors, le jour où Lucile lui interdit de devenir copine avec Margot, qui vient d'emménager dans le quartier, Marjorie hoche la tête pour dire oui.
Et quand Lucile aux yeux de serpent décide de s'«amuser un peu» avec la nouvelle voisine, Marjorie serre les lèvres et se tait.
Mais elle commence à avoir très peur.

Isabelle Rossignol est née en 1965. Elle a fait des études de lettres à Nice. Quand elle n'écrit pas, elle enseigne l'écriture à des enfants et à des adultes. Elle fait aussi des émissions à la radio sur France-Culture («Surpris par la nuit», vers 22 h15), parce qu'elle est très bavarde, parce qu'elle a envie de parler au monde entier, et surtout parce qu'elle a envie que le monde entier lui parle... Elle continue d'écrire des romans pour les adultes mais elle aime de plus en plus écrire pour la jeunesse. En fait, on ne l'arrête plus...



  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 30 avril 2008

Isabelle Rossignol écrit des romans pour adultes et pour la jeunesse. Dans les uns et les autres, elle ne sait pas tergiverser. Elle décrasse les apparences, les sournoiseries, et fait cracher aux mots tout ce qu'ils énoncent - dénoncent - trop timidement...
Des crapauds dans la bouche raconte le fol apprentissage de la solitude et de la solidarité.


  • Les courts extraits de livres : 29/02/2008

Hier soir, j'aurais voulu m'envoler.
J'étais avec ma soeur Lucile et grand-mère. On revenait du supermarché et on portait chacune un sac en avançant lentement, Lucile et moi sans rien dire, grand-mère en racontant sa journée. Souvent on marche comme ça, Lucile et moi : en faisant semblant d'écouter grand-mère. Mais, hier soir, elle nous a fait sursauter.
- Ah ! elle s'est tout à coup exclamée. On va enfin avoir des voisins !
Sans nous laisser le temps de réagir, elle nous a tirées par le bras, a traversé la rue et s'est approchée d'un camion garé à côté de chez elle, en face d'une maison vide sur laquelle on voyait depuis des mois un panneau «À vendre». Un monsieur en salopette verte, une dame avec un foulard dans les cheveux et une fille qui devait avoir mon âge en sortaient des cartons et des objets. Autour d'eux, il y avait des lampes, une table, des chaises, comme s'ils avaient décidé de pique-niquer sur le trottoir.
- Bonsoir messieurs-dames, bonsoir petite, a lancé grand-mère à tue-tête. Alors, c'est vous qui allez habiter ici ?
J'ai eu un peu honte d'entendre grand-mère parler aussi fort. Pourtant, les gens n'ont pas semblé étonnés. Ils ont posé leurs cartons à leurs pieds et ils ont répondu en choeur :
- Oui, oui, madame.
Pendant qu'ils tendaient la main à grand-mère et lui disaient qu'ils étaient heureux de la connaître et de venir habiter ici, la fille n'a pas bougé. Ou plutôt, elle a fait comme moi lorsque je suis intimidée : elle s'est mise à enrouler une mèche de ses cheveux autour de ses doigts. Pour être gentille, je lui aurais bien dit : «Je m'appelle Marjorie avec un i et un e à la fin comme dans jolie, momie, sosie et beaucoup d'autres mots que j'aime bien, et toi, comment tu t'appelles ?»; mais Lucile m'observait du coin de l'oeil, alors j'ai préféré me taire.
- Ce sont vos petites-filles ? a finalement demandé la dame en nous regardant, Lucile et moi.
Elle nous souriait et elle était belle. La fille aussi était jolie. Elle avait un pantacourt beige et une tunique bleue qui allait bien avec ses cheveux blonds.
- Mes deux petites-filles chéries, oui, a précisé grand-mère.
Puis, en nous serrant contre elle, elle a ajouté :
- Elles vivent avec moi parce que leurs parents ont dû partir quelque temps.
J'ai tout de suite vu que Lucile n'était pas contente de la fin de la phrase de grand-mère. Je l'ai vu parce que, de ses yeux, des étincelles en forme de langues de serpent ont jailli. Et la dame les a sûrement vues aussi, car elle a perdu son sourire et pris un air gêné.
- Margot, elle a dit alors, tu pourrais saluer tes nouvelles copines.
Margot a continué d'emmêler ses cheveux autour de ses doigts et elle n'a pas ouvert la bouche. Lucile aux yeux de serpent et moi, on a fait comme elle. On regardait nos chaussures : des baskets roses pour Margot et des baskets noires pour nous.
- Bonjour, j'ai murmuré après un moment, sans lever les yeux.


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