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Auteur : Jean-François Chabas
Date de saisie : 06/03/2008
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Ecole des loisirs, Paris, France
Collection : Neuf
Prix : 8.50 € / 55.76 F
ISBN : 978-2-211-08939-5
GENCOD : 9782211089395
Sorti le : 06/03/2008
C'est Noël. Pour tout cadeau, j'ai eu un cahier pourri et mon père est en prison.
Oui, je suis la fille d'un voleur.
Et d'ailleurs, je vais dire pourquoi dans mon cahier.
Mon père, c'est un héros. Il est fort, il est drôle, il est bon.
Mais voilà, on a voulu lui voler sa montagne et son âme.
Il ne fallait pas.
C'était sûr qu'il allait devenir fou.
Jean-François Chabas est né en région parisienne en 1967. Après une adolescence mouvementée, il a exercé trente-six métiers avant de se consacrer exclusivement à l'écriture. Il vit en Provence, après avoir exploré entre autres le Pays basque et les Alpes. Il a publié plus de vingt romans chez Casterman, Hachette jeunesse, Thierry Magnier, et dorénavant à l'École des loisirs, obtenu pour eux de nombreux prix, et fait son entrée en «littérature adulte» début 2004 avec un roman sur la mafia albanaise, "Les violettes" (Calmann-Lévy).
25 DÉCEMBRE
Youpi ! Yes yes yes ! C'est la fête ! Ils m'ont offert un journal. Enfin, ils appellent ça un journal, mais c'est une sorte de cahier tout pourri avec Daffy Duck sur la couverture. Pour noter ce qui te passe par la tête, ils ont dit. Voilà mon cadeau de Noël. Bon.
26 DÉCEMBRE
Les autres, ils auraient pu laisser sortir mon père pour les fêtes. C'est ça qui me passe par la tête. On peut même dire que ça ne fait pas que passer. C'est une idée bien installée, elle me fait bouillir le cerveau. Je suis tellement en colère que je n'arrive pas à écrire combien. J'ai donné un coup de poing dans le mur mais comme c'est du crépi je me suis arraché la peau et ça a commencé à saigner. J'ai posé un Kleenex dessus et je suis revenue au journal. De toute façon je ne veux parler à personne. J'aime bien Daffy Duck. Il a un côté cinglé ; ça, ça me plaît. Et puis sa voix, aussi. Ce que je vais faire, je crois, c'est que quand je vais écrire là-dedans, ça sera comme si je parlais à Daffy. Les fous, ils discutent avec Jeanne d'Arc, Napoléon, ou une fourmi. Moi, ce sera Daffy et puis voilà, ceux qui ne sont pas contents ils n'ont qu'à manger leurs dents.
C'est parti : Daffy, on t'a déjà dit que tu as de belles plumes noires ? Hmm ? Je les adore, tes plumes, vilain petit séducteur. N'est-ce pas que tu es un vilain séducteur ? Ton bec est tellement sexy. J'aimerais bien que tu me prêtes une bombe, un énorme marteau, un de ces trucs que vous avez dans les toons, et je pourrais m'en servir pour transformer en puzzle les gens qui ont enfermé mon père. Non, pas en puzzle. En poudre. Ou en liquide, c'est bien, ça, un liquide ! Visqueux. Si on écrabouille ce genre de personnes, ça donne forcément un liquide visqueux. Avec des grumeaux.
26 DÉCEMBRE, TARD
Daffy, j'ai bien réfléchi, et c'est le grand marteau que je choisis. Ça me défoulera plus qu'une bombe. Il est une heure du matin. En fait, j'aurais dû marquer 27 décembre là, au-dessus, mais c'est écrit 26 et je n'aime pas les ratures. L'effaceur ou le Blanco, ça se voit.
Quand mon père était là - non : quand j'étais avec mon père, quand j'étais avec lui, quand je le sentais dans la maison -, je dormais toujours tôt et toujours bien. Je n'ai jamais veillé si tard. Il me calme. Je pense que la raison principale, c'est qu'on rigole tout le temps et on se sent bien quand on a rigolé. Ça détend. Mon père, c'est le genre de gars, si tu tombes avec lui dans une crevasse du glacier du Tour, il te dira : Mon Dieu ! On a oublié les framboises pour le sorbet ! Alors qu'un gars normal, il se mettra à pleurnicher : On va mourir ! Maman !
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