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Auteur : Henri Thomas
Préface : Jérôme Prieur
Date de saisie : 25/01/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : C. Paulhan, Paris, France
Prix : 51.00 € / 334.54 F
GENCOD : 9782912222273
Sorti le : 25/01/2008
«Un homme raconte son histoire, et ce sera celle de tous et de personne» : cette édition originale des premières années du Journal de Henri Thomas, qui vont de 1934 - fin de son adolescence sensible et imaginative, jusqu'au lendemain de la mort d'Antonin Artaud -, a été établie par sa fille, Nathalie Thomas, préfacée par Jérôme Prieur et annotée par Luc Autret.
Fils d'un paysan vosgien, mort des suites de la grande guerre, et d'une institutrice, Henri Thomas se distingua dès le lycée par un premier prix de philosophie au Concours général de 1931. Un jour, il paria avec ses camarades du collège de Saint-Dié qu'André Gide lui-même répondrait à l'envoi de ses vers : Gide répondit et l'encouragea à lui téléphoner à Paris, dès son baccalauréat en poche...
Thomas fit sa khâgne à Henri-IV, où il eut comme professeur Alain ; tiraillé entre l'influence de son «maître» et celle de Gide, il se réfugia dans la lecture puis renonça, en 1934, à Normale comme à l'agrégation. Son compatriote Arthur Rimbaud lui avait insufflé une sourde révolte, toute entière reversée en poésie... Vinrent l'expérience ratée de la Guerre d'Espagne, le long service militaire en Moselle, les premières publications de poèmes, les travaux alimentaires confiés au jeune homme impécunieux (Le Précepteur, 1942). Introduit dans le milieu de la NRF, il publia un récit autobiographique, Le Seau à charbon en avril 1940, alors qu'il était aux armées. Le livre fut peu remarqué. «Il faudra savoir tirer parti au plus juste de mon mince bagage, au retour dans la vie civile. Peu d'argent, de rares possibilités de travail rémunéré, une énergie assez grande mais sujette à quantité de faux-pas» nota-t-il dans ses Carnets donnés à lire à Gide, qui en apprécia l'écriture «déjà pleine d'une riche substance».
Après la Démobilisation, il vécut dans une chambre de bonne prêtée par Gide, rue Vaneau : il s'exerça à la critique littéraire et publia des recueils de poèmes (Travaux d'aveugle, 1941) et des textes dans La Nouvelle Revue française, alors sous la direction de Drieu La Rochelle. Il s'arracha à ce mol inconfort, franchit la ligne de Démarcation et se réfugia à Cabris au sein de la petite communauté regroupée autour d'André Gide, des Van Rysselberghe et des Mayrisch (Le Goût de l'éternel, 1990). Après avoir failli épouser Catherine Gide, «le petit Thomas» se maria avec une jeune étudiante en philosophie, Colette Gibert, et commença un livre au titre ironique, La Vie ensemble (1945)...
À la Libération, Henri Thomas devint secrétaire littéraire de l'hebdomadaire Terre des Hommes, dirigé par Pierre Herbart ; il aida Arthur Adamov à lancer sa revue L'Heure nouvelle et fonda en 1947, avec Marcel Bisiaux, la revue 84, qui réunit, cinq années durant, Alfred Kern, André Dhotel, Georges Lambrichs, Pierre Leyris et Jacques Brenner. Puis, ce fut la longue et douloureuse rupture avec Colette, qui, depuis leur visite à Antonin Artaud à Rodez en 1946, était devenue «l'une des filles de son délire» (elle est la «Lucie» éperdue du roman de Henri Thomas, le Migrateur, 1983)... 1948 fut, pour le jeune écrivain l'année du départ volontariste pour les «hivers charbonneux» de Londres, où il devint traducteur à la BBC.
Après un certain effort d'intégration sociale en Angleterre et son remariage avec Jacqueline Le Béguec, qui devait mourir en 1965, il enseigna la littérature française à l'université Brandeis (Massachussets) aux États-Unis, de 1958 à 1960. C'est dans la société américaine qu'il trouva l'inquiétant sujet du roman qui le fit connaître : John Perkins obtint le prix Médicis en 1960. L'année suivante, Le Promontoire eut le prix Fémina... Henri Thomas revint gagner sa vie en France, appointé comme lecteur des manuscrits de littérature allemande chez Gallimard - où il publia quasiment tous ses livres jusqu'à la fin de sa vie, en regrettant cependant qu'ils ne fussent point discutés en comité, mais acceptés d'emblée...
Il n'est pas d'oeuvre plus mystérieuse que celle d'Henri Thomas, non qu'elle soit obscure, mais parce qu'elle communique mieux que toute autre le sentiment du mystère du monde. Romanesque, elle est inspirée par des rencontres majeures (Gide, Artaud, Adamov...) et des passions qui l'ont conduit aux franges de la folie. La fragilité mentale de sa femme, Colette Gibert, qui signa, en 1954, son Testament de la fille morte, sous le pseudonyme masculin de René, témoigna de cette proximité du délire toujours menaçant à travers une parfaite familiarité avec la spiritualité. Imprégné de cultures allemande et anglaise, Henri Thomas maintenait le romantisme dans un environnement tantôt réaliste, tantôt surréaliste. Se définissant comme un "Homme de carnets", il publia en revues et en volumes séparés les notes qui nourrissaient son inspiration et qu'il appelait son "buisson personnel". Restaient inédits ses premiers carnets, lacunaires (il manque les années 1937-38-39), mais admirablement rédigés...
Quoique très limpide dans sa narration et ses raisonnements, il se défie d'un rationalisme excessif. Et manifeste un don admirable pour créer chez le lecteur la sensation d'être entraîné dans un réalisme fantastique.
Voici publiés pour la première fois les «Carnets» où un jeune homme de 20 ans, promis à une oeuvre considérable, consigne ses ambitions, ses désirs et ses lâchetés...
Les «Carnets» furent sa seconde peau, un prolongement organique de soi, sa substantifique moelle. Parfois, il les oubliait dans un train ou à la terrasse d'un café. Mais le plus souvent, comme par crainte de les égarer, il les publiait. Du «Porte-à-Faux» à «la Joie de cette vie», du «Migrateur» à «Compté, pesé, divisé», son oeuvre est tout entière rythmée par ces carnets de bord, de route, de santé, d'adresses, d'échéance, où il n'en finit pas de s'interroger sur le métier de vivre et celui d'écrire...
Et voici que, grâce à sa fille Nathalie, qui les a retrouvés et transcrits, paraissent enfin les premiers «Carnets» d'Henri Thomas, rédigés entre ses 21 et 35 ans. C'est un trésor inestimable. 700 pages qui couvrent les années 1934-1948. On y voit un garçon devenir un homme, et on assiste à la lente, l'évidente naissance d'un grand écrivain...
Pendant ces quatorze ans, il n'a fait que creuser un peu plus sa solitude, donner de l'étendue à sa sauvagerie et une oeuvre à sa vie. En voici le magistral préambule.
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