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.. Le requiem de Terezin

Couverture du livre Le requiem de Terezin

Auteur : Josef Bor

Traducteur : Zdenka Datheil | Raymond Raymond

Date de saisie : 19/05/2005

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 2-916136-01-0

GENCOD : 9782916136011

Sorti le : 19/05/2005

  • Les présentations des éditeurs : 24/02/2008

«Une foule importante attendait patiemment dans la cour de l'ancienne école de Terezin, devant les portes closes de la salle de gymnastique. Les artistes allaient arriver incessamment, ils devaient entrer les premiers pour atteindre leurs places sans difficulté. Raphaël Schächter, suivi de toute sa troupe de musiciens et de chanteurs, fut bientôt là. C'était un ami connu de tous et que chacun avait rencontré dans la rue; on le salua donc avec chaleur et sans façon. Aucune distance ne séparait les artistes de leurs auditeurs, ils étaient tous les prisonniers du même camp. "Raphaël, que nous feras-tu entendre aujourd'hui ?" criait-on ici et là en interpellant le chef d'orchestre, et personne ne l'aurait appelé autrement tant il était populaire dans le ghetto. On encourageait...

Traduction révisée par l'éditeur.


  • Les courts extraits de livres : 24/02/2008

UNE FOULE IMPORTANTE ATTENDAIT patiemment dans la cour de l'ancienne école de Terezin, devant les portes closes de la salle de gymnastique. Les artistes allaient arriver incessamment, ils devaient entrer les premiers pour atteindre leurs places sans difficulté.
Raphaël Schächter, suivi de toute sa troupe de musi­ciens et de chanteurs, fut bientôt là. C'était un ami connu de tous et que chacun avait rencontré dans la rue ; on le salua donc avec chaleur et sans façon. Aucune distance ne séparait les artistes de leurs auditeurs, ils étaient tous les prisonniers du même camp.
«Raphaël, que nous feras-tu entendre aujourd'hui ?» criait-on ici et là en interpellant le chef d'orchestre, et per­sonne ne l'aurait appelé autrement tant il était populaire dans le ghetto. On encourageait les artistes de tous côtés, ils souriaient, acquiesçaient de la tête, l'un même répondit : «Oui, ce sera vraiment extraordinaire, les amis, et nous vous promettons de ne pas vous décevoir.»
Schächter ouvrit enfin les portes, les artistes aussitôt entrèrent et gagnèrent leurs places. Il n'y avait aucune estrade, seule une caisse retournée devant un pupitre permettait au chef d'orchestre de se hausser pour pouvoir diriger ses musiciens. Il grimpa dessus et regarda la salle peu à peu se remplir.
Les gens entraient, beaucoup avaient amené leurs enfants, car ils savaient qu'ils pourraient comprendre cette musique. La mort ne les menaçait-elle pas aussi chaque jour ? De vieilles personnes émaciées et voûtées étaient venues dans des vêtements déchirés, maintes fois rapiécés ; des mendiants aussi, qui avaient le plus souvent essayé de changer ne serait-ce qu'un petit quelque chose à leur tenue misérable, en nouant par exemple autour de leur cou un lacet en guise de cravate, pour apporter, à leur façon, un air de fête à cette première.
Il n'y avait aucune ouvreuse, chacun savait parfaitement où se placer ; quelques rangées seulement étaient réservées pour les enfants qui s'asseyaient maintenant par terre devant l'orchestre, cependant que les personnes âgées se serraient derrière eux sur de longs bancs. La plupart, restés debout, se pressaient le long des murs ou dans les passages laissés libres.
La salle était comble, il semblait impossible que quelqu'un pût encore entrer, la foule ne cessait pourtant de se bousculer de tous côtés. Schächter, qui attendait patiemment, ne put retenir un geste d'étonnement : «Comment le corps humain peut-il supporter une telle presse ?»
C'était une belle salle pour une première. Des musiciens, des critiques éminents étaient nombreux dans le public. Nulle part il n'aurait pu trouver un auditoire aussi averti et qui attende avec autant d'impatience les premières mesures de ce concert. Il s'en réjouit. «Si d'aventure, songea-t-il plaisamment, il me fallait en réunir quelques-uns pour former le corps enseignant d'un conservatoire dans le ghetto, cela me serait vraiment très facile.»
À l'entrée, le mouvement incessant de la foule avait cessé maintenant. Les portes étaient restées ouvertes pour que ceux qui n'avaient pas réussi à entrer puissent tout de même entendre. Le silence se fît.
Schächter se tourna vers son orchestre. Chacun était à sa place ; son regard parcourut les rangs serrés de l'imposant choeur, s'arrêta sur le groupe des solistes. Leurs yeux brillaient d'émotion, il les encouragea affectueusement de loin : «Nous n'avons plus qu'à nous appliquer de notre mieux maintenant pour conquérir l'estime de notre public, semblait-il leur dire, nos interminables répétitions sont maintenant achevées, nous allons faire une création inoubliable.»
Il ne se décidait pourtant pas à leur donner le signal ; profondément agité, angoissé peut-être, il lui fallait d'abord retrouver son calme. Un silence étrange, insolite dans le camp, s'empara alors de la salle.


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