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Auteur : Alexandre Dumas
Préface : Benoît Heimermann
Date de saisie : 15/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 2-916136-05-3
GENCOD : 9782916136059
Sorti le : 15/11/2006
Alexandre Dumas (1802-1870) impressionne par une prodigieuse vitalité, que l'on retrouve tant dans sa vie que dans son oeuvre (il écrivit des drames, des romans, de nombreux articles, rédigea ses mémoires, raconta ses voyages...). Ce père du romantisme français mit autant d'énergie à construire un théâtre, faire de la politique, voyager, fuir ses créanciers, qu'à constituer une oeuvre monumentale. Les textes proposés dans ce volume ont été édités pour la première fois en 1852.
Vers la fin du mois de mai 1619, trois bâtiments hollandais, le Nieuw-Zeeland, capitaine Pierre Thysz, le Enekuisen, capitaine Jean Jansz, et le Nieuw-Hoorn, capitaine Bontekoe, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance sans le toucher, rangèrent, par un temps magnifique, la terre de Natal. Il y avait cent trente-deux ans que le Portugais Barthélemy Diaz, envoyé à la recherche du fameux prêtre...
BONTEKOE
1619
Vers la fin du mois de mai 1619, trois bâtiments hollandais, le Nieuw-Zeeland, capitaine Pierre Thysz, le Enekuisen, capitaine Jean Jansz, et le Nieuw-Hoorn, capitaine Bontekoe, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance sans le toucher, rangèrent, par un temps magnifique, la terre de Natal.
Il y avait cent trente-deux ans que le Portugais Barthélemy Diaz, envoyé à la recherche du fameux prêtre Jean, ce pape de l'Orient qu'on cherchait depuis trois siècles, l'avait doublé lui-même sans s'en douter, emporté par une tempête qui l'avait pris dans ses ailes et qui l'avait emporté du sud à l'est.
À partir de ce jour, une nouvelle route vers l'Inde avait été frayée.
Pour ne pas trop décourager les futurs navigateurs, le roi Jean II de Portugal avait changé le nom de cap des Tempêtes, que lui avait donné Barthélemy Diaz à son retour à Lisbonne, en celui de cap de Bonne-Espérance, qu'il a conservé depuis. Dix ans après, c'était le tour de Gama. Il fallait reprendre le voyage de Diaz où celui-ci l'avait interrompu ; il fallait relier l'Inde au Portugal, Calicut à Lisbonne.
Après avoir donné son nom à la terre de Natal, en mémoire de la nativité de Notre-Seigneur ; après avoir jeté l'ancre à Sofala, qu'il prit pour l'ancienne Ophir ; après avoir successivement relâché à Mozambique, à Quiloa, à Montbasa et à Melinde ; après avoir reçu un pilote expérimenté du roi de cette dernière ville, Gama se lança résolument dans la mer d'Oman, passa, selon toute probabilité, entre les Laquedives et les Maldives, et le 20 mai 1498 aborda à Calicut, centre du commerce que l'Inde faisait, à cette époque, avec tout ce vaste continent qui s'étend du Zanzibar au détroit de Malacca.
Puis ce fut le tour de Camoëns, l'Homère de l'océan Indien ; Les Lusiades est la relation épique de son voyage.
Camoëns avait perdu un oeil en combattant contre les Mores de Ceuta, presque au même temps où Cervantès perdait une main en combattant contre les Turcs de Lépante.
On sait comment après avoir visité Goa, comment après avoir combattu à Chembé, au cap Guardafu et à Mascate, quelques vers satiriques le firent exiler aux Moluques ; comment dom Constantin de Bragance le nomma curateur des successions à Macao, qui n'existait pas encore ou qui venait de naître ; comment Camoëns, n'ayant point de succession à curer, écrivit son poème ; comment il s'embarqua avec son double trésor, trésor de fortune et trésor de poésie, pour revenir à Goa ; comment, le vaisseau qui le portait ayant fait naufrage sur la côte de Siam, le poète abandonnant son or à la mer de Chine, mais soulevant son poème au-dessus de l'eau, sauva d'une main sa vie et de l'autre son immortalité.
Hélas ! Quoique le poème des Lusiades eût paru six ans après, quoiqu'il eût eu une deuxième édition la même année, quoique tous les Portugais sussent par coeur l'épisode du géant Adamastor et les malheurs d'Inez de Castro, on n'en voyait pas moins passer dans les rues de Lisbonne, appuyé sur une béquille, un pauvre vieillard se rendant au couvent de San-Domingo, où, mêlé aux écoliers, il écoutait les leçons de théologie, tandis qu'un esclave javanais mendiait pour lui et le nourrissait des aumônes qu'il avait reçues.
Il est vrai que, lorsque le vieillard passait, on s'arrêtait pour le regarder, et qu'il pouvait entendre ces mots consolateurs pour son orgueil :
- C'est Luis de Camoëns, le grand poète.
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