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.. Ce que la vie signifie pour moi

Couverture du livre Ce que la vie signifie pour moi

Auteur : Jack London

Préface : Francis Combe

Traducteur : Moea Durieux

Date de saisie : 18/05/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France

Prix : 6.00 € / 39.36 F

ISBN : 2-916136-03-7

GENCOD : 9782916136035

Sorti le : 18/05/2006

  • Les présentations des éditeurs : 24/02/2008

Cette brève «autobiographie», parue en 1906, est l'un des textes politiques de Jack London (1876-1916) les plus marquants. Dans ce récit personnel, il retrace le chemin qui le mena à devenir socialiste. Crieur de journaux, pilleurs d'huîtres, ouvrier dans une conserverie, employé d'une teinture, électricien, vagabond... il nous livre ici les voies qui firent de lui un auteur engagé si longtemps méconnus.

Je suis né dans la classe ouvrière. Très tôt, j ai découvert l'enthousiasme, l'ambition, les idéaux; et les satisfaire devint le problème de mon enfance.
Mon environnement était primitif, dur et fruste. Je ne voyais nul horizon, seulement de bas en haut. Ma place dans la société était tout en bas. Là, la vie n'offrait que laideur et misère, aussi bien pour la chair que pour l'esprit. Car la chair et l'esprit y étaient pareillement affamés et tourmentés. Au-dessus de moi s'élevait l'édifice colossal de la société, et à mes yeux la seule façon de m'en sortir était par le haut. Alors, j'ai résolu très tôt d'escalader cet édifice. Aux étages supérieurs, les hommes portaient des costumes noirs et des chemises impeccables, les femmes étaient habillées de robes somptueuses. Et il y avait...


  • Les courts extraits de livres : 24/02/2008

JE SUIS NÉ DANS LA CLASSE OUVRIÈRE. Très tôt, j'ai découvert l'enthousiasme, l'ambition, les idéaux ; et les satisfaire devint le problème de mon enfance. Mon environnement était primitif, dur et fruste. Je ne voyais nul horizon, seulement de bas en haut. Ma place dans la société était tout en bas. Là, la vie n'offrait que laideur et misère, aussi bien pour la chair que pour l'esprit. Car la chair et l'esprit y étaient pareillement affamés et tourmentés.

Au-dessus de moi s'élevait l'édifice colossal de la société, et à mes yeux la seule façon de m'en sortir était par le haut. Alors, j'ai résolu très tôt d'escalader cet édifice. Aux étages supérieurs, les hommes portaient des costumes noirs et des chemises impeccables, les femmes étaient habillées de robes somptueuses. Et il y avait des bonnes choses à manger, et beaucoup. Ça, c'était pour la chair. Et puis il y avait les choses de l'esprit. Loin au-dessus de moi, je le savais, régnaient la générosité de l'esprit, la pureté et la noblesse de la pensée, l'éclat de la vie intellectuelle. Je savais tout cela parce que j'avais lu les romans de la bibliothèque Seaside. À l'exception des voyous et des aventurières, tous les hommes et les femmes y avaient de belles pensées, s'exprimaient avec élégance, accomplissaient des actions glorieuses. Bref, le fait que loin au-dessus de moi se trouvait tout ce qui était délicat, noble et gracieux, tout ce qui donne décence et dignité à la vie, tout ce qui la rend digne d'être vécue, tout ce qui récompense chacun de son labeur et de sa souffrance, me paraissait aussi incontestable que la course du soleil dans le ciel.

Mais ce n'est pas particulièrement facile pour quelqu'un de s'élever hors de la classe ouvrière, surtout s'il est handicapé par des idéaux et des illusions. Je vivais dans un ranch en Californie, et je cherchais sans relâche l'échelle qui me permettrait d'entreprendre mon ascension. Je me renseignai d'abord sur le taux d'intérêt de l'investissement et je torturai mon cerveau d'enfant pour tenter de comprendre les vertus et l'excellence de cette remarquable invention de l'homme : les intérêts composés. D'autre part, je m'informai des salaires courants pour les ouvriers de tous les âges et du coût de la vie. De tout cela, je déduisis que si je me mettais immédiatement à travailler et à économiser jusqu'à l'âge de cinquante ans, je pourrais alors m'arrêter pour commencer à profiter pleinement des délices et des bienfaits qui s'offriraient à moi plus haut dans la société. Bien sûr, j'étais fermement décidé à ne pas me marier, et j'oubliais complètement de prendre en compte ce désastreux écueil de la classe ouvrière : la maladie.

Cependant, ma vitalité exigeait davantage qu'une existence étriquée d'épargne et de lésine. Si bien qu'à dix ans, je me fis crieur de journaux dans les rues d'une ville, et je commençai à considérer ce qui se trouvait au-dessus de moi d'un regard nouveau. Autour de moi, tout était toujours aussi sordide et misérable, au-dessus de moi s'étendait toujours le même paradis à conquérir, mais l'échelle sur laquelle je grimpais était différente. C'était désormais celle des affaires.


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