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Auteur : Pierre Loti
Date de saisie : 18/05/2006
Genre : Histoire, Géographie
Editeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 2-916136-04-5
GENCOD : 9782916136042
Sorti le : 18/05/2006
Pierre Loti (1850-1923) embarque au mois de mai 1883 sur l'Atlante à la campagne du Tonkin. Il publie le récit, heure par heure, de la prise de Hué dans " Trois journées de guerre an Annam ", texte qui paraît dans les colonnes du Figaro. Loti est alors mis en disponibilité par le gouvernement de Jules Ferry qui lui reproche la férocité et la cruauté qu'il attribue aux soldats français. Minutieusement, il décrit la violente conquête coloniale de l'actuel Vietnam menée sous couvert de civilisation et de pacification.
17 août 1883. L'escadre se réunit dans la baie de Tourane. L'attaque des forts et de la ville de Hué sera pour demain. Aucune communication avec la terre. La journée se passe en préparatifs. Le thermomètre marque 33,5° au vent et à l'ombre. De hautes montagnes entourent la baie, rappelant les Alpes, moins leurs neiges. Dans le lointain, sur une langue de sable, on aperçoit la ville de Tourane, un assemblage de huttes basses, en bois et en roseaux.
On s'occupe à bord d'équiper les hommes des compagnies de débarquement, de leur délivrer à chacun vivres, munitions, sac, bretelle de fusil, etc., même de leur faire essayer leurs souliers. Les matelots sont gais comme...
ABORD
17 AOÛT 1883.
L'escadre se réunit dans la baie de Tourane. L'attaque des forts et de la ville de Hué sera pour demain.
Aucune communication avec la terre. La journée se passe en préparatifs. Le thermomètre marque 33,5° au vent et à l'ombre. De hautes montagnes entourent la baie, rappelant les Alpes, moins leurs neiges. Dans le lointain, sur une langue de sable, on aperçoit la ville de Tourane : un assemblage de huttes basses, en bois et en roseaux.
On s'occupe à bord d'équiper les hommes des compagnies de débarquement, de leur délivrer à chacun vivres, munitions, sac, bretelle de fusil, etc., même de leur faire essayer leurs souliers. Les matelots sont gais comme de grands enfants, à cette idée de débarquer demain, et ces préparatifs semblent absolument joyeux.
Pourtant, les insolations et les fièvres ont déjà fait parmi eux bien des ravages ; de braves garçons, qui tout dernièrement étaient alertes et forts, se promènent tête basse, la figure tirée et jaunie.
Dans l'après-midi, on voit arriver de terre un canot portant des mandarins vêtus de noir, l'un d'eux abrité sous un immense parasol blanc. Ils vont conférer à bord de l'amiral et s'en retournent comme ils étaient venus.
À cinq heures, réunion et conseil des capitaines, à bord du Bayard. Orage et pluie torrentielle.
Les matelots passent la soirée à chanter, plus gaîment que de coutume. On entend même les vieux sons aigres d'un biniou, que des Bretons ont apporté.
SAMEDI, 18 AOÛT.
À neuf heures du matin, l'escadre (Boyard, Atalante, Annamite, Château-Renaud, Drac, Lynx, Vipère) sort en ligne de file de la baie de Tourane, par un temps lumineux et splendide, traverse une légion de jonques de pêcheurs voilées en ailes de papillon et fait route vers Hué, la capitale de l'Annam.
À deux heures vingt, l'escadre arrive devant l'entrée de la rivière de Hué. Au premier plan, une côte de sable, étincelante dans le soleil, quelques cocotiers aux panaches verts, quelques maisons aux toits arqués dans le goût chinois. Un seul grand fort apparent, gardant l'entrée de la rivière, où la mer brise.
L'escadre s'approche avec précaution, en sondant, mouille le plus près possible et s'embosse, en hissant les pavillons français, pour commencer le bombardement.
Le fort répond bravement, en hissant le pavillon jaune d'Annam. On dirait un fort moderne, bien construit et casemate, mais on n'y aperçoit pas de canons. Quelques personnages apparaissent aux embrasures, ayant l'air de flâner et de nous regarder fort tranquillement ; leur résistance sans doute ne sera pas sérieuse, et on s'attend à les voir fuir au premier coup de nos canons.
Au-dessus de la ligne brillante des sables, les montagnes forment un fond obscur qui monte très haut dans le ciel et se découpe en sombre sur la grande lumière bleue.
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