Recherche






Recherche multi-critères

Participez à la vie du site

Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.

Bibliothécaires,partagez vos découvertes.

Clubs de lecture,envoyez vos choix.

Editeurs,valorisez vos livres.

.. Le palmier en zinc

Couverture du livre Le palmier en zinc

Auteur : Marie-Noël Rio

Date de saisie : 19/11/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : les Ed. du Sonneur, Paris, France

Prix : 14.00 € / 91.83 F

ISBN : 978-2-916136-08-0

GENCOD : 9782916136080

Sorti le : 19/11/2007

  • Les présentations des éditeurs : 24/02/2008

Marie-Noël Rio nous entraîne dans le roman d'une enfance africaine, au début des années cinquante, entre une mère qui s'étiole et un père qui s'absente. Puis c'est le retour forcé en France, vécu comme un exil. Vingt ans plus tard, la narratrice repart pour redonner corps aux liens qui l'unissent au continent noir.
Monteuse de cinéma, puis dramaturge et metteur en scène, Marie-Noël Rio est l'auteur de livrets d'opéras, de deux essais sur l'opéra contemporain et de trois livres de cuisine. Son premier roman, Pour Lili, a paru aux Éditions du Sonneur en 2005.

Lui, c'est l'exécré. L'homme aux culottes blanches, à la saharienne blanche, au casque blanc, aux longues chaussettes, aux sandales blanches. L'homme à la peau tannée, aux cheveux noirs collés en arrière, à l'âme pourrie. Lui, il parle rudement aux nègres, dressé devant e dans sa morgue immaculée, il montre les caisses, les camions du bout de sa cravache, cette cravache de cuir noirci qu'il ne quitte jamais, don caresse ses mollets gainés de fil, dont il cingle parfois un bras, une épaule, des reins. Lui, il pourchasse les serpents sur les pistes, les beaux serpents, marbrés de vert et de jaune. Il fait zigzaguer sa jeep, il écrase ces bêtes trop lentes, ça le met en joie, ça le fait rire. Quand le nuage de poussière rouge soulevé par les roues chassant est retombé, il n'y a plus qu'une bouillie de chairs livides, des lambeaux sanglants incrustés dans l'argile. Lui. L'homme qui couche dans le lit de Maman. Celui que je n'appelle pas mon père. Elle, c'est Maman. Maman aux doux cheveux blonds, aux joues (...)


  • Les courts extraits de livres : 24/02/2008

Lui, c'est l'exécré. L'homme aux culottes blanches, à la saharienne blanche, au casque blanc, aux lon­gues chaussettes, aux sandales blanches. L'homme à la peau tannée, aux cheveux noirs collés en arrière, à l'âme pourrie.

Lui, il parle rudement aux nègres, dressé devant eux dans sa morgue immaculée, il montre les cais­ses, les camions du bout de sa cravache, cette cravache de cuir noirci qu'il ne quitte jamais, dont il caresse ses mollets gainés de fil, dont il cingle parfois un bras, une épaule, des reins.

Lui, il pourchasse les serpents sur les pistes, les beaux serpents marbrés de vert et de jaune. Il fait zigzaguer sa jeep, il écrase ces bêtes trop lentes, ça le met en joie, ça le fait rire. Quand le nuage de poussière rouge soulevé par les roues chassant est retombé, il n'y a plus qu'une bouillie de chairs livi­des, des lambeaux sanglants incrustés dans l'argile.

Lui. L'homme qui couche dans le lit de Maman. Celui que je n'appelle pas mon père.

Elle, c'est Maman. Maman aux doux cheveux blonds, aux joues pâles, à l'odeur de pain frais et de lait. Aussi belle et délicate que les fées, les prin­cesses de mes livres. Lorsqu'elle gît torturée de migraines, gémissant au moindre bruit, j'entre dans sa chambre sur la pointe des pieds, pour poser sur son front des linges où fond de la glace. Je la regarde manger du bout des lèvres ses légumes bouillis, son riz à l'eau, refuser les nourritures dont je raffole, ces viandes trop fortes pour elle, ces plats trop épicés, ces fruits trop mûrs, trop sucrés. Elle me fait honte de mon appétit, de mes cris lorsque je joue, de ma vigueur. Elle regarde tristement mes mains sales, mes ongles rongés, mes vêtements tachés, mes cheveux broussailleux. Je voudrais lui complaire en tout.

Moi, c'est l'enfant. Petite, je passais le plus clair de mon temps avec Maman dans la fraîche pénombre de sa chambre, au coeur de la grande maison silencieuse, derrière les stores de bambou et les rideaux blancs. Nous ne sortions que vers le soir. Elle m'habillait de robes claires, me coiffait d'un casque colonial pour protéger ma peau blanche, me mettait des sandales, des lunettes noires. Nous buvions du lait condensé, de l'eau désinfectée, nous mangions des choses fades. Nous redoutions la chaleur torride, le soleil aveuglant, nous avions peur des animaux rampants, des insectes. Nous n'aimions pas l'Afrique, nous n'aimions pas ses odeurs de pourritures, de fermentations, ses parfums. J'étais fragile et craintive alors, comme Maman, j'étais son double minuscule.

J'ai grandi. Elle m'a laissé jouer sur la véranda qui cerne la maison, dans le jardin, sur la terre rouge à l'ombre des grands arbres, sous le flamboyant aux fleurs écarlates, près de la cabane de palmes de la cuisine. Plus tard, Suzanne ma ramatou bien-aimée, Joseph le boy, Albert le cuisinier m'ont montré notre morceau d'Afrique, ils en ont peu à peu élargi les contours. Peu à peu mon corps s'est fortifié, ma peau a bruni. De tout ce commencement, guère de traces de l'exécré. Il n'était pas là, ou il ne comptait pas.


Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia