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Auteur : Florence Fourré-Guibert
Date de saisie : 02/02/2008
Genre : Histoire, Géographie
Editeur : Archives et culture, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-35077-084-0
GENCOD : 9782350770840
Sorti le : 02/02/2008
Ah, le bon vieux temps ! Parlez de la géographie à l'école à une grand-mère, elle va se lancer dans un constat accablant : les enfants ne connaissent plus leurs départements, encore moins les chefs-lieux; ils ne savent plus dessiner le contour de la France à main levée, ils sont incapables de tracer les cheminements des fleuves sur la carte, ils ignorent où la Loire prend sa source, ils ne peuvent citer la hauteur du mont Blanc que s'ils habitent Chambéry (et encore !)... Bref, rien ne va plus ! Les petits-enfants vont rétorquer qu'on leur enseigne l'Europe, mais la grand-mère leur clouera le bec en leur demandant la capitale de la Lettonie...
Or, la géographie figurait à la fin du XIXe siècle dans les programmes de Jules Ferry comme l'une des matières essentielles de l'école communale. On se souvient des fameuses cartes muettes à compléter, des interminables listes de chefs-lieux à réciter... Apprentissage aride, mais efficace. Que s'est-il passé ensuite ? C'est ce que l'auteur explique ici, à travers des manuels et des cahiers d'écolier, suivant ainsi les évolutions de l'enseignement de la géographie et celle des savoirs.
Documentaliste et écrivain, Florence Guibert-Fourré a enseigné l'histoire et la géographie en collège et en lycée. Auteur et coauteur de plusieurs ouvrages d'histoire de la vie quotidienne d'hier, elle participe aussi à la rédaction de catalogues d'expositions et à la création de spectacles et d'expositions. Elle anime des ateliers d'écriture.
Extrait de l'introduction :
«Nos petits-enfants ne savent plus rien ; moi en sortant de primaire je connaissais ma géographie de la France sur le bout des doigts ! Les départements, les préfectures, les grands fleuves et leurs affluents, je pouvais même tracer une carte de France à main levée et de mémoire...» Tel est le constat que font beaucoup de nos grands-parents, relayant à leur manière le débat toujours vivant de la qualité de l'enseignement élémentaire. «Le niveau baisse», s'alarment ceux qui pointent du doigt le manque de connaissances des enfants du XXIe siècle. «Pas du tout», rétorquent les autres qui mettent en avant la formation de l'intelligence et de l'esprit critique des écoliers d'aujourd'hui.
L'enseignement a évolué
Le but de cet ouvrage n'est pas de trancher cette querelle, ni même de l'alimenter mais de mettre en lumière ce qui a changé dans l'enseignement de la géographie à l'école primaire depuis le début du siècle dernier. Car que ce soit en bien ou en mal, la manière d'apprendre et les finalités des apprentissages ont évolué, c'est indéniable. Qui s'en étonnerait d'ailleurs ? L'école n'est qu'une des composantes de la société en général et, lorsque celle-ci se transforme, il en va de même pour l'enseignement, reflet du contexte historique et des mentalités du moment. Il suffit de parcourir le manuel de géographie datant de 1910, reproduit ici en fin d'ouvrage et de le comparer à ce qui est enseigné actuellement pour s'en apercevoir. Comparaison d'ailleurs parfois malaisée puisque la géographie de nos aïeux a été remplacée par la notion plus vaste de «découverte du monde», qui comprend certes l'étude des espaces mais aussi celle du temps qui passe, de la matière et des êtres vivants, de la technologie et de l'informatique ! Comparaison qui au final, en terme d'acquisition de connaissances, ne semble pas en faveur de l'enseignement d'aujourd'hui. D'ailleurs, les manuels de géographie ont disparu des classes où ils sont remplacés par des documents ou des fiches d'activité. En outre, le programme n'est plus pensé sur une année mais sur un cycle. Le cours préparatoire auquel se rattache notre manuel de 1910 s'inscrit à présent dans le cycle deux, dit «des apprentissages fondamentaux». Mais alors, nos grands-parents auraient-ils raison ? La géographie aurait-elle disparu de nos écoles primaires ?
Qu'on se rassure, il n'en est rien. C'est simplement la manière de l'aborder qui s'est modifiée en même temps qu'évoluaient la pédagogie en général et la conception même de l'espace humain, évolution dont le manuel reproduit ici porte lui-même témoignage. Témoignage d'autant plus pertinent que le début du siècle dernier hérite de la double révolution, à la fois scolaire et scientifique, qui s'est produite à la fin du XIXe siècle.
La géographie naît avec la perte de l'Alsace et de la Lorraine
Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique de février 1879 à novembre 1881 et de janvier à août 1882, a en effet donné son statut à l'école primaire : la loi du 6 juin 1881 établit la gratuité de l'instruction et celle du 29 mars 1882 la rend obligatoire et laïque. Qu'on ne s'y trompe pas : la plupart des villes et des villages possédaient déjà une école élémentaire, suite à la loi Guizot de 1833 qui faisait obligation à chaque commune de créer au moins une école primaire. Ce qui change avec les lois Ferry, c'est à la fois la laïcisation de ces écoles - enseignement public veut maintenant dire enseignement laïc - la gratuité de la scolarité et surtout son caractère obligatoire pour les enfants de six à treize ans. Qui plus est, ces nouvelles écoles constituent l'un des piliers de la jeune République. Au-delà de leur vocation d'instruction, elles ont en effet pour mission de développer le sens civique, l'idéal républicain et le patriotisme.
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