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Auteur : Michel Demion
Date de saisie : 05/07/2007
Genre : Policiers
Editeur : Ed. du Petit véhicule, Nantes, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84273-592-0
GENCOD : 9782842735920
Sorti le : 05/07/2007
L'inspecteur Froissée est un drôle de zèbre ! Le service de police dans lequel il travaille n'est pas mal non plus ! Une vieille femme est retrouvée trucidée dans un dépôt d'ordures.
Énigme classique ? Un crime de rôdeur ? Mais y a-t-il une vérité criminelle à trouver dans ce mélange détonant et grivois de jolies filles, d'inspecteur lubrique, de Marraine, Parrain d'un quartier, de bandes organisées et d'économie parallèle, de poésie, de politique et de jeux de mots ?
A vous de voir !
Quant au quartier du Commandeur, il a vraiment existé ici ou là... Les filles de madame Eve et leurs ascensions sociales aussi, pour le reste cherchez autour de vous, vous trouverez peut-être des coïncidences ! Ce ne sont que des coïncidences car comme je vous l'affirme : ceux qui penseraient se reconnaître ou reconnaître des situations et des faits se mettent le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Un dernier conseil : à ne pas mettre entre les mains des moins de quatorze ans, des fois que...
Michel Demion, aujourd'hui retraité, fut à Lorient directeur du Foyer de jeunes travailleurs puis de l'ensemble social du Polygone - qui comprenait un FJT, un foyer pour personnes âgées, un restaurant social et un centre d'insertion situé au-dessous d'une résidence pour jeunes mamans isolées. Exilé à Nogent-sur-Oise et de sa région, il prit en charge l'Association des foyers de Nogent-sur-Oise et de sa région. Il fut aussi chargé du développement des FJT en Picardie. Il initia les ateliers de lutte contre l'illettrisme (1979) et les chantiers-école (1980). Ces expériences ont nourri ce livre picaresque. Une petite vieille dans les épluchures est le raccourci humoristique et véridique de plus de trente ans de travail social.
DÉCHARGE ET ÉPLUCHURES
L'inspecteur Froissée n'était pas Breton. Il était né quelque part en Normandie.
Il y avait passé une grande partie de son enfance sur les bords de la Mayenne, élevé tant bien que mal par un grand escogriffe à moitié braconnier pendant que ses parents, «artistes de variété», parcouraient le monde. Il apprit vers l'âge de quinze ans qu'il ne les reverrait pas. L'avion dans lequel ils avaient pris place s'était écrasé en Inde, entre Jaïpur et New-Delhi.
Il n'eut pas beaucoup de chagrin. Il ne les avait vus qu'une vingtaine de jours en dix ans. D'études de droit en école de police, il avait fait ses premières armes comme inspecteur stagiaire du côté de Marseille avant de rejoindre l'Office National de la Répression des Transgressions.
De sa jeunesse chaotique, il avait gardé un goût prononcé pour les marges, les coups en douce, le braconnage. Il aimait aussi l'argent, les jolies femmes.
Dans l'ONRT, il était surnommé La Bise. Ce surnom n'avait rien à voir avec des considérations météorologiques mais dénotait une attitude courante chez lui. Il aimait poser ses lèvres sur les joues et le corps des femmes. Tout était carré chez Froissée : le menton, les épaules, le caractère.
Depuis qu'il appartenait au service du commissaire Épouson, un spécialiste des coups tordus, rendu célèbre par celui qui avait coûté sa place et valu de la prison au Préfet Galurin par gendarmes incendiaires interposés. Plus rien ne l'étonnait; cette fois-ci, pourtant, les bornes étaient largement dépassées.
Il se gratta énergiquement le sommet du crâne, en ébouriffant un peu plus ses cheveux.
«Ce sont tous des zinzins, grinça-t-il entre ses dents, des zinzins.»
Les visages du commissaire Épouson et du procureur Florent de la Tige flottèrent un instant devant ses yeux.
«Tous des zinzins.»
Sa main droite étreignit un peu plus fort la barre verticale placée à l'intérieur du wagon de chemin de fer.
Il étouffait d'une fureur contenue. Ses doigts, enserrant le métal, avaient l'allure d'un crabe. Une grosse chose que sa main, indépendante, sans vie apparente ; elle lui servait de pince pour résister aux ballottements, aux trépidations d'un train de banlieue bondé. La SNCF doit prendre une maligne satisfaction à mettre en service un nombre de wagons insuffisants, uniquement pour le plaisir de transformer les voyageurs en sardines en boîte.
Froissée renifla un bon coup, éternua, son nez chatouillé par les relents habituels de ce genre d'endroit.
Il y a dans ces wagons, en dehors de l'entassement - qui fait que les gens ressemblent à des dominos, la moindre chute entraînerait la chute de l'ensemble -, des odeurs inimitables, si incrustées dans le simili cuir des banquettes que même les yeux bandés, on sait de suite que l'on est dans un train fourre-tout desservant les communes de la grande et petite périphérie de Paris.
Ce sont d'abord, parce qu'elles sont les plus fortes, les effluves acides de transpiration qui viennent aux narines. Il y a les grasses exhalées d'aisselles aussi souvent savonnées que celles d'un gaucho traversant la Pampa; celles des pieds qui entretiennent des moiteurs attaquant même le cuir des chaussures ; les récentes - à cause de la chaleur de l'entassement - perles de transpiration coulant en fontaine entre les seins de femmes grasses ou maigres.
Pour compléter le tout, il y a des zestes de parfum ; ceux des hommes pas très beaux voire carrément moches, qui s'aspergent de senteurs aphrodisiaques achetées au supermarché du coin. Ils s'imaginent qu'avec ça, comme l'indique la publicité, toutes les filles vont leur tomber dans les bras. Puis il y a ceux des filles qui oscillent entre jasmin, lavande et muguet ; elles pensent qu'un prince charmant riche et ayant du nez saura reconnaître entre toutes, l'unique effluve d'amour comme le dit la publicité ; et qu'il se traînera alors grâce au parfum en question à leurs pieds.
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