Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdesbibliothecaires.com, qui vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des bibliothécaires. Vous y entendrez les écrivains raconter leurs livres, et les éditeurs présenter leurs productions aux bibliothécaires. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Nous proposons également un podcast.
France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Michèle Gazier
Date de saisie : 04/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre rouge
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-02-097009-9
GENCOD : 9782020970099
Sorti le : 07/02/2008
Il se prénomme Maurice, mais qui est-il vraiment ? Pourquoi est-il disparu sans laisser d'adresse ? Entre les sentiments de désertion et d'abandon, l'histoire se profile au gré des pages grâce aux personnages attachants qui mettent en lumière leur part de l'histoire.
Michèle Gazier nous transporte ici vers Marie-Galante pour nous présenter l'histoire d'une famille nourrie de faux espoirs pour ne pas dire de faux-semblants. Encore une fois, l'auteure nous offre une écriture chargée d'émotion.
Un homme disparaît sur une île des Antilles.
Qui était Maurice Gil ? Souhaitait-il s'absenter de ce monde ou commencer une nouvelle vie ?
Et d'ailleurs, pourquoi disparaît-on ?
Pour Lucie, sa petite-fille, qui ne connaît de lui que ce qu'on a bien voulu lui en dire, c'est à la fois un héros et un déserteur, une icône floue et ambiguë. Quand, presque à son insu, elle retrouve la trace de son grand-père sur l'île de Marie-Galante, toute son existence en est rétrospectivement bouleversée. Pour Isabelle, la fille de Maurice, c'est une autre affaire : l'histoire d'un deuil impossible. Elle l'a laissé s'enfuir dans son exil tropical, gardant fermés ses beaux yeux indigo - de ce bleu si particulier que lui a donné son père et qu'elle a légué à Lucie. Elle n'a pas voulu voir l'immensité de son amour, de son dépit, de sa colère. À ces deux voix s'ajoute celle d'un Antillais, ami de Maurice, qui ne résout pas l'énigme de la disparition mais en évoque la légende, flamboyante et révoltée. La légende d'un homme qui s'efface pour se trouver.
Michèle Gazier, critique littéraire et écrivain, a publié presque tous ses romans au Seuil. On citera parmi eux Le Merle bleu, Le Fil de soie, Les Garçons d'en face, Mont-Perdu.
D'abord, la touffeur. Comme si elle coulait son corps dans une mousse tiède. La respiration est lente, entravée. Ensuite vient le bruit des voix aiguës et criardes, des rires en cascade. Puis, s'élevant au-dessus de ce vacarme familier, les retrouvailles, semblables dans tous les aéroports du monde, une vibration qui traverse l'épaisseur de l'air, une scansion musicale dont on ne perçoit que les basses, un battement sourd qui contrarie le rythme du coeur. Un petit orchestre, trois musiciens et deux chanteuses en tenue traditionnelle, taches de couleur dans la foule grise des arrivants, souhaite la bienvenue aux natifs et aux touristes hébétés par des heures de vol et la chaleur soudaine.
Le ciel qu'on devine à travers les grandes vitres est chargé de nuages. Tout à l'heure il pleuvra à verse et les palmiers alentour se plieront, souples et tenaces, abandonnant leur chevelure verte au souffle de cette mini-tornade d'hiver.
Accablée par la touffeur, Lucie est rattrapée par ses angoisses. Pour la énième fois, elle s'interroge sur l'opportunité de ce voyage. Que vient-elle chercher ici ? Le souvenir d'un mort ? La trace d'un homme dont elle ne connaît qu'une photo ancienne qui le montre jeune et joyeux ? Elle ne sait plus très bien pourquoi elle s'est lancée dans l'aventure. Peut-être parce que le silence devenait intenable. Peut-être parce qu'elle avait enfin trouvé le lieu, cette «île maudite» d'où son grand-père n'était jamais revenu.
Après toutes ces années passées à convoquer en vain l'image de cet homme sans sépulture, mort quelque part, très loin, elle avait décidé d'oublier cette histoire qui, dans le fond, n'était pas la sienne. Et puis, un jour, par hasard, elle avait appris le nom de «l'île maudite». Un si joli nom : Marie-Galante ! Combien de fois avait-elle écouté, à la radio, cette chanson douce qui évoquait Belle-île-en-Mer et Marie-Galante ?
Intriguée, elle avait acheté plusieurs guides des Antilles, lu l'histoire de Marie-Galante, sans que l'envie lui vienne de faire le voyage. Les plages bordées de cocotiers ne la tentaient pas et elle ne se sentait pas une âme de détective. Quatre ans s'étaient écoulés depuis le jour où elle avait pu nommer l'île de tous les mystères. Elle enseignait le français à des lycéens plus ou moins motivés. Elle avait des amours violentes et brèves. Rien qui mérite d'être retenu. Ses vacances, elle les passait en Italie, à Venise, même si l'abondance croissante des touristes et l'inflation des tarifs tendaient à l'en chasser.
Et puis il y avait eu ce dîner chez Jean et Viviane, un couple de collègues enseignants. Pas vraiment des amis. Ils avaient évoqué ce voyage qu'ils pensaient programmer pour les vacances de Noël. Marie-Galante ! Ils l'avaient invitée à se joindre à eux. Sans doute par politesse. Elle avait accepté, sans réfléchir. Le départ était prévu dans deux mois. Pas de quoi s'angoisser tout de suite. La perspective de ce voyage avait pourtant déclenché des rêves qui la réveillaient à des heures noires de la nuit, en sueur, le coeur battant. Mais lorsqu'elle essayait de se souvenir de ces cauchemars, elle arrivait non sans mal à retrouver quelques images qui, à tête reposée et en plein jour, se décoloraient, perdaient leur caractère menaçant. Elle voyait la mer, des vagues, jamais de rivage...
Là, dans la chaleur humide de l'aéroport, le vacarme et la musique, les bousculades autour des bagages, la précipitation vers la sortie, les palabres avec les taxis, elle s'absente. La pluie violente et le vent la tirent à peine de sa torpeur. Viviane et Jean se chargent des démarches.
- Il faut faire vite, le bateau ne nous attendra pas !
Les mots n'ont presque plus de sens à ses oreilles. Elle se laisse traîner comme une chose molle qui peut encore porter sa valise mais qui a perdu tout le reste : la volonté, l'initiative, le langage.
Et c'est dans une sorte de rêve qu'elle voit défiler derrière les vitres cinglées par la pluie des maisons basses, des palmiers en colère, des vaches paissant sur le bord des routes, des bougainvillées échevelées éclaboussant de fuchsia et d'orange des façades de béton brut.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2009 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia