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Auteur : Marie-Louise von Franz
Traducteur : Jacqueline Blumer
Date de saisie : 20/02/2008
Genre : Religion, Spiritualité
Editeur : Dervy, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84454-525-1
GENCOD : 9782844545251
Sorti le : 19/02/2008
Contemporain de Jeanne d'Arc, canonisé en 1947, Nicolas de Flue (1417-1487), ermite et mystique, joua un rôle capital dans la Confédération helvétique de la deuxième moitié du XVe siècle. Les principales caractéristiques de sa pensée - esprit de paix, non-intervention dans les affaires étrangères, modération - ont aujourd'hui encore des répercussions sur la manière dont certains Suisses perçoivent leur pays et entendent faire de la politique. Dans sa quête originale et solitaire, ce visionnaire et chaman est autant homme de Dieu que homme de la Nature. Sa mission érémitique était à la fois singulièrement ouverte sur le monde et imprégnée de mystique divine. Marie-Louise von Franz, principale héritière et continuatrice de l'oeuvre de Cari Gustav Jung, nous présente avec pénétration ce drôle de saint, père de famille nombreuse, dont les réflexions et les visions revêtent encore aujourd'hui un intérêt théologique et psychologique certain et demeure d'actualité pour celles et ceux d'entre nous qui sont à la recherche de valeurs et de racines tant spirituelles qu'instinctives.
Marie Louis Von Franz collaboratrice privilégiée de C G Jung, a publié de très nombreux ouvrages, sur l'interprétation des rêves, des contes de fées, publiés chez Albin- Michel ou à la Fontaine de Pierre. Elle a publié chez Dervy : Psychothérapie qui vient de ressortir en poche.
Extrait de l'introduction :
Nicolas de Flue constitue un exemple tout à fait à part, et au demeurant fort original, parmi les saints de l'Eglise catholique. Ses visions sont empreintes d'une authenticité qui les situe en marge de toute convention. Il se dégage d'elles l'impression de n'avoir été ni corrigées, ni altérées d'aucune façon, d'où l'intérêt tout particulier qu'elles présentent du point de vue psychologique. Elles ont évidemment fait l'objet de plusieurs publications provenant d'horizons différents. On trouve, du côté catholique, le livre de M.-B. Lavaud, intitulé La Vie profonde de Nicolas de Flue, ouvrage qui mérite d'être spécialement mentionné car il contribue d'une façon remarquable à l'élucidation des visions du saint. L'auteur y a rassemblé l'essentiel des amplifications pouvant être tirées des Saintes Ecritures ainsi que des textes mystiques, en vue d'une interprétation de ces visions qu'il s'est ainsi donné les moyens d'explorer bien avant et jusque dans de grandes profondeurs. Puis, du côté protestant, il faut sans doute citer le petit livre de F. Blanke, Bruder Klaus von Flue (Frère Claus de Flue), dans la mesure où il y est brossé un portrait saisissant de la personnalité originale du chercheur de Dieu solitaire que fut Nicolas de Flue.
Si je me permets néanmoins de présenter ici une étude reprenant ces visions, c'est parce que j'estime que l'application des concepts psychologiques développés par Jung permettra d'atteindre des profondeurs nouvelles et d'ouvrir de vastes perspectives spirituelles qui, jusqu'ici, ne furent guère prises en compte. Jung lui-même a commenté quelques visions du saint, d'une part dans un article intitulé «Bruder Klaus», paru dans Neue Schweizer Rundschau, et d'autre part dans la première partie de son livre Les Racines de la Conscience. Je m'appuierai donc sur ses écrits auxquels je reviendrai à différentes reprises dans les pages qui suivent.
Lorsqu'on applique à ces visions la méthode junguienne d'interprétation par amplification, on ne manque pas de déceler, dans les thèmes et motifs qui y figurent, de remarquables rapports reliant les images présentes dans ces visions à une conception du monde préchrétienne, plus précisément germanique, sans que l'on puisse pour autant, et eu égard au contexte spécifique dans lequel ils se trouvent, taxer ces éléments païens de simples survivances. Ces motifs suggèrent bien au contraire un problème qui, me semble-t-il, est encore d'actualité et que la présente étude permettra de mieux cerner au fur et à mesure quelle approfondira la question.
En effet, dans les cercles psychologiques, on a, ces derniers temps, souvent exprimé l'opinion selon laquelle nous avons, aujourd'hui, à nouveau besoin de la personnalité du médecin-prêtre, c'est-à-dire du personnage qui réunit en lui à la fois le psychothérapeute-médecin et le directeur de conscience. La figure archétypique de l'homme-médecine et du chaman revient ainsi à la vie et ranime l'image d'une personnalité dont le rayonnement aux vertus salutaires trouve sa source dans le contact qu'elle entretient avec les «esprits» ou, en d'autres termes, avec les forces de la psyché inconsciente. Il ne fait absolument pas de doute que Nicolas de Flue possédait ce don de guérisseur à un degré très élevé ; il semble de toute façon qu'il était ce qu'il est convenu d'appeler une «personnalité-mana», ce qui revient à dire qu'il était un de ces grands hommes qui exercent une influence extrêmement vivifiante sur leur entourage.
Si l'on examine de plus près les saints de l'Église catholique on peut les classer en deux catégories dominantes : nous avons d'un côté les saints issus du peuple qui furent, dans un premier temps, «canonisés» par simple consensus des gens parmi lesquels ils vivaient - à l'origine c'était la forme unique de l'«élection» des saints ; de l'autre côté, nous trouvons les saints qui furent élevés à ce statut par la voie de la canonisation officielle octroyée par l'Église ; c'est là toutefois un usage relativement tardif qui ne s'instaura réellement qu'à partir du Xe siècle.
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