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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Clotilde Bernanos
Date de saisie : 12/02/2008
Genre : Jeunesse à partir de 9 ans
Editeur : Seuil Jeunesse, Paris, France
Collection : Chapitre
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 978-2-02-096900-0
GENCOD : 9782020969000
Sorti le : 14/02/2008
Mettre une jupe les jours d'école, ne pas grignoter entre les repas, ne pas faire de bruit... Nine ne supporte plus ces règles idiotes et entre en rébellion. Sa mère est tout occupée du bébé à naître. Son père parcourt le monde. Nine se sent abandonnée. Alors, en secret, elle crée son propre univers et s'invente des histoires. Mais ce qu'elle préfère par-dessus tout, c'est rejoindre son ami Aliou de Casamance et l'écouter raconter l'Afrique. Avec lui, Nine devient Aninatou ; elle peut enfin exister et oublier ce bébé à venir qui lui vole tout, surtout sa MaMan...
Dans ce tableau doux-amer, Clotilde Bernos aborde avec une grande finesse la place de l'aîné au moment de l'arrivée d'un nouvel enfant dans une famille.
Après avoir été danseuse-étoile amateur, artisan, hôtesse de l'air, navigatrice, professeur de français à travers le monde, Clotilde Bernos a publié de nombreux ouvrages de fiction. Elle publie des histoires douces amères, où l'humour et l'émotion sont intimement mêlés, créant cette poésie, souvent à deux doigts de la révolte, qui lui est si particulière. Elle y aborde des sujets délicats, traités avec beaucoup de justesse, au travers de personnages attachants.
Il est tôt. Dans la chambre attenante, Julia ronflote, bouche entrouverte, porte entrouverte. Ses cheveux bleus s'étalent comme une crête sur l'oreiller.
Le champ est libre.
Nine alors glisse de son lit et rampe sur le carrelage en ondulant comme une chenille. Sa technique d'évasion est au point. Jamais Julia ne se réveille.
Elle longe le couloir, tourne à droite juste au niveau de l'Arbre à palabres, immense fresque écaillée : ces hommes assis autour d'un baobab la fascinent depuis qu'elle est toute petite ; ils se racontent sans doute des histoires de la brousse et rient dans le soleil, complices. Nine se demande ce qu'ils doivent penser de cette maison tellement silencieuse, de ce long couloir noir, de cette grosse fille en chemise de nuit qui déboule, pieds nus, vers le quartier des parents, bute sur les portes fermées d'un territoire oublié.
Maintenant, il faut frapper avant d'entrer, ne surtout pas franchir la frontière sans avertir.
- À ton âge, on ne devrait pas avoir besoin de te dire ces choses-là !
Le ton est donné.
De toute façon, Nine n'a pas du tout l'intention d'entrer. Les trous de serrure sont d'excellentes lorgnettes et les fuites de mots sous les portes livrent des informations de la plus haute importance. De son observatoire, séparé du couloir par un vieux rideau de velours, elle guette, écoute, respire à pleins poumons le parfum bleu de MaMan.
Les petits et les grands secrets des parents lui parviennent par bribes, pièces d'un puzzle dont l'image reste encore floue, incertaine.
Filtrent des douceurs : froissement de tissu, fenêtre ouverte, chanson fredonnée, lampe allumée, ombres chinoises qui se frôlent, compliments sur elle, première en tout à l'école et championne de saut en hauteur : une fierté.
Puis viennent les mots qui mordent le coeur : «Ronde comme elle est, comment peut-elle sauter si haut, presque s'envoler ?»
Et un jour, cette phrase mortelle, passant sous la porte comme une vipère : «Voilà, si tu veux savoir, Nine m'empoisonne l'existence ! Je ne peux plus la supporter, tu entends ?»
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