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Auteur : Célia Bertin
Date de saisie : 28/02/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Ed. de Fallois, Paris, France
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-87706-636-5
GENCOD : 9782877066365
Sorti le : 13/02/2008
Une enquête passionnante sur une femme mystérieuse, Jeanne Loviton, plus connue sous son nom de plume de Jean Voilier (1903-1996), pseudonyme qu'elle adopta en 1935. Née de père inconnu, ce n'est que dix ans plus tard, lors du mariage de sa mère, une artiste, avec un éditeur, Ferdinand Loviton, qu'elle sera reconnue.
Elle a été le dernier et probablement le plus grand amour de Paul Valéry. Tout au long du livre nous lisons d'admirables lettres du poète à sa muse.
Elle a été aussi une femme d'affaires remarquable. Elle a dirigé deux maisons d'édition. Elle avait acheté à la fin de la guerre les Editions Denoël, dont le fondateur, Robert Denoël, qui fut l'éditeur de Céline et qu'elle souhaitait épouser, fut assassiné en décembre 1945.
Elle jouait admirablement ses deux rôles de femme d'affaires et de femme du monde, ce qui forçait l'admiration de certains et en entraîna d'autres à user à son égard des pires calomnies.
Elle a eu des amours multiples : ses admirateurs les plus célèbres furent, outre Paul Valéry, Jean Giraudoux, Saint-John Perse, Curzio Malaparte, quelques hommes politiques, certains hommes d'État et aussi quelques femmes remarquables et remarquées.
Ce portrait d'une femme, dont François Mauriac disait qu'elle aura été «le dernier personnage romanesque de ce temps», se lit comme un roman.
Et pourtant tout est vrai.
Célia Bertin a publié son premier roman, La Parade des Impies, en 1946 chez Grasset. Après deux autres romans, elle obtient le Prix Renaudot en 1953 pour La Dernière Innocence (Corréa).
Elle a écrit plusieurs biographies, sur Marie Bonaparte, Jean Renoir et Louise Weiss.
Bien sûr, on pourrait la résumer à son étourdissant tableau de chasse. Liste non exhaustive : Paul Valéry - dont elle fut le dernier grand amour - Jean Giraudoux, Malaparte - son «Curzio chéri», dont elle publia le célèbre Kaputt - Saint-John Perse, l'éditeur Robert Denoël - qui mourut assassiné dans ses bras... Et quelques lesbiennes de haut vol. Car Jean Voilier - nom de plume de Jeanne Loviton - naviguait à voile et à vapeur. On voit par là que cette insatiable égérie - née en 1903, elle vécut jusqu'en 1996 - n'a pas volé le titre de «dernier personnage romanesque de ce temps» que lui avait décerné François Mauriac. Célia Bertin a eu l'excellente idée de faire revivre cette femme méconnue dans une biographie riche, empathique, parfois déroutante par son parti pris anti-chronologique. Elle y révèle la cicatrice originelle qui nourrira l'ambition d'airain de la muse aux yeux émeraude : la petite Jeanne est née de père inconnu
Avec Marie de Régnier, dont elle partage le goût du roman et celui des conquêtes, Jean Voilier est la dernière égérie d'un temps qui n'est plus : quand Valéry et Giraudoux aimaient ensemble la même femme à en perdre la tête et puisaient l'un et l'autre à l'encre de ses yeux...
C'était une femme active. Entreprenante et libre, sous le sourire enjôleur et les manières câlines d'une muse d'autrefois, elle choisissait ses amants, ses amantes et le moment des ruptures. Giraudoux est peut-être mort de son abandon et Valéry, en lui écrivant, pleurait des larmes de sang...
Célia Bertin, biographe de Marie Bonaparte et de Louise Weiss, consacre à cette étonnante figure d'égérie du XXe siècle un livre riche de nombreux inédits. Elle a obtenu la cession d'archives jusqu'alors tenues secrètes par les familles et tout particulièrement par les descendants de Paul Valéry, gardiens jaloux et sourcilleux de la mémoire du poète.
Introduction :
Qui était Jean Voilier ? Pourquoi se faisait-elle appeler Jean ? Je ne cessais de me poser des questions sur cette femme rencontrée il y a fort longtemps : c'était au printemps 1954. Elle m'intriguait encore quarante ans plus tard, comme elle avait intrigué tous ceux qui l'avaient connue ou même qui, simplement, en avaient entendu parler. Elle avait la réputation d'être une extraordinaire séductrice. En écoutant et en ayant grand soin de ne rien oublier de ce que j'apprenais à son propos, discerner le vrai du faux devint un exercice difficile. Puis ma curiosité n'ayant cessé de grandir, je finis par me demander pourquoi ne pas écrire un livre dont elle serait l'héroïne. Mais cet ouvrage ne saurait être un livre d'histoire, pas davantage la biographie d'une personnalité parisienne du siècle dernier. Le récit de la vie de Jean Voilier est trop complexe, il ne peut se bâtir en suivant l'écoulement du temps. J'eus la chance d'avoir accès aux lettres qu'elle recevait de ses amants et je me rendis compte qu'il fallait la regarder à travers les passions qu'elle avait suscitées. Le lecteur me pardonnera d'intervenir trop souvent, plus souvent que ne le veut le genre de la biographie, dans ce récit. Ce livre est une enquête, où l'on verra successivement apparaître, en des périodes différentes, les facettes inattendues d'une personnalité multiple.
Les milieux que Jean Voilier fréquentait ont beaucoup changé. Mais son nom continue de paraître, cité à présent par des historiens qui s'intéressent à la littérature et à l'édition du XXe siècle. Je savais, en commençant mes recherches, qu'elle avait exercé pendant des années le métier d'éditeur. Et je découvris vite un manuscrit où elle s'en explique : ce texte, qu'elle intitule Curriculum vitæ, elle le rédigea en 1969, et elle le destinait à son avocat. C'était un récit de sa vie, écrit à la troisième personne, un peu comme une notice biographique. Il contient une image qu'elle avait d'elle-même et qu'elle souhaitait communiquer aux autres. J'en citerai des extraits qui montrent bien ce qu'elle avait retiré de ses expériences et de ce qu'elle imaginait être. Elle vécut durant presque tout le siècle dernier, elle était née en 1903 et mourut en 1996.
À mesure que pour moi l'âge venait, son comportement m'intriguait et me faisait penser autant au XIXe siècle, voire même au siècle précédent, qu'à la période contemporaine. Chez les gens du monde comme chez les artistes, ce que l'on rapportait la concernant n'était souvent pas bienveillant, mais semblait toujours exagéré, surtout loin de la réalité. Seule sa beauté était unanimement reconnue. Etait-ce sa propre volonté qui la faisait paraître différente des autres, ou bien un sort particulier la plaçait-il ainsi hors norme ? Quelle part de jeu y avait-il en elle qui la faisait vivre en dehors du déroulement du temps ?
Son existence fut remplie d'événements, de drames qu'elle n'avait pas inventés. Pour montrer sa réussite, qu'elle ne dut qu'à elle-même, je suivrai les étapes diverses qu'elle sut créer ou interpréter afin de se donner la dimension à laquelle elle croyait avoir droit. Puis un repère chronologique sera nécessaire. Il permettra de ne pas s'égarer parmi les événements auxquels elle fut mêlée, il ponctuera la longue vie de Jeanne qui se faisait appeler Jean, et désignera les différents êtres qui la formèrent ou qu'elle marqua.
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