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Auteur : Milena Agus
Illustrateur : Dominique Vittoz
Traducteur : Dominique Vittoz
Date de saisie : 29/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : Littérature
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 2-86746-467-6
GENCOD : 9782867464676
Sorti le : 07/02/2008
«Sardes depuis le paléolithique», la famille de Milena Agus a décidé, après quelques périples sur le continent, de revenir à l'île d'origine. C'est là que l'auteur de Mal de pierres a résolument choisi de vivre, d'enseigner et d'écrire. Son premier roman a été remarqué par la critique en Italie. Ce deuxième confirme son exceptionnel talent.
Un lieu enchanteur en Sardaigne. Sur la colline qui domine la mer, au milieu des terres arrachées au maquis, se tient la maison de Madame, dernier bastion de résistance aux barres à touristes. Seule, décalée dans ses robes bizarres cousues main et dans son naïf refus de l'argent, Madame n'est pas conforme. Quand la nervosité la gagne, que malgré les rites magiques le grand amour se dérobe, elle dévale les deux cents mètres du chemin escarpé jusqu'à la plage et nage vers le large. Madame dérange, mais pas sa jeune et fantasque amie de quatorze ans, pas le grand-père moqueur, ni le fils aîné des voisins, trompettiste incompris des siens. Eux savent...
MILENA AGUS, cette inconnue sarde enthousiasme la presse, les libraires et le public français à la sortie de Mal de pierres en 2007. Ce succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les treize pays où elle est aujourd'hui traduite. Nicole Garcia achète les droits pour une adaptation au cinéma. Lauréate du prix Elsa Morante, du prix Forte Village en Italie et du prix Relay en France, Milena Agus poursuit sa route d'écrivain, singulière et libre.
Au coeur de la Sardaigne actuelle, Milena Agus fait le portrait d'un hameau retiré de la ville, où le rêve et les désirs prennent parfois le pas sur la réalité. Dans Mal de pierres (1) revenait vers nous la Sardaigne pauvre et belle des années 1950. Dans Battement d'ailes, très différent du précédent tant dans sa forme que dans son univers - quelques décennies ont passé, la société patriarcale dans laquelle étaient enfermés les personnages du XXe siècle a en grande partie éclaté, faisant disparaître les interdits et les tabous auxquels ils se heurtaient. En l'absence de tout repère, la place est libre pour l'industrialisation sauvage qui uniformise les êtres, c'est le règne des financiers qui détruisent les paysages et les consciences, des promoteurs immobiliers qui mettent la région en coupe réglée, imposant à tous une image de bonheur uniforme et surveillé, fondé sur l'argent et la consommation...
Tous ont accepté, sinon adopté, une forme d'échec social pour se réfugier dans le rêve. Et la narratrice qui décrit des scènes érotiques se demande à la fin si elle ne les pas rêvées, et si elle ne s'est pas trompée en croyant sentir auprès d'elle la présence de son père mort sous la forme d'un «battement d'ailes».
Différent de Mal de pierres, puisqu'il se situe entièrement de nos jours, Battement d'ailes restitue avec autant de grâce une Sardaigne haute en couleurs et en odeurs, en bruits et en saveurs. La plume est toujours aussi inspirée, originale. Toujours aussi drolatique : «Je me suis beaucoup amusée à écrire ce livre. Un jour, je riais tellement en rédigeant un passage que je suis tombée de ma chaise !»...
Battement d'ailes est surtout un éloge de la liberté, une revanche de la fiction sur la réalité.
... Une belle histoire d'édition, mais surtout une belle histoire tout court. Dans Mal de pierres, l'héroïne était "un peu dérangée", toujours en marge de sa propre vie. Le même sentiment de décalage plane sur Battements d'ailes, où le personnage central, Madame, défend bec et ongles le carré de terre qu'elle possède devant la mer...
Après Mal de pierres, les lecteurs de Battements d'ailes trouveront beaucoup de correspondances entre les deux livres...
A ses yeux, Madame est aussi l'archétype de "l'homme nouveau", celui qui pourra "survivre à la catastrophe actuelle, car il sait distinguer entre les babioles et ce qui compte dans la vie". Dans Battement d'ailes, le Grand-père note : "Madame doit défendre cet endroit contre tous ceux qui voudraient y construire des villages de vacances, ces gens qui ne pensent qu'à s'enrichir. Elle le défendra sans violence. Avec sa détermination courtoise. Parce que c'est l'arme du futur. Et le futur, c'est Madame."
Quand on la pousse dans ses retranchements, Milena Agus convient qu'il y a bien d'autres ressemblances entre son personnage et elle. La superstition, par exemple. Un peu naïvement, Madame ponctue ses journées d'étranges rites sardes ou de cérémonials qui n'appartiennent qu'à elle. "Tout le monde a besoin de réassurance", sourit Milena Agus. "En ce qui me concerne, avant de m'endormir, je mets les livres que j'aime sous mon oreiller. Celle qui dort le plus souvent avec moi s'appelle Natalia Ginzburg, mais il y a aussi Carl Gustav Jung, dont j'aime beaucoup les réflexions sur les rêves. Je les place juste sous mon oreille : je me dis que pendant la nuit leurs mots vont infuser et qu'ils vont continuer de m'inspirer."
Il y a un mystère Milena, un charme, au sens fort. Son nouveau roman, moins élaboré que le précédent, l'intrigue réduite à rien, tient par la seule force de ce charme. Il distille le même parfum irrésistible, de narcisse, de romarin et de lys sauvage, de folie douce et d'intense mélancolie...
Autre ingrédient du «charme Milena», ce «je» qui raconte, dans le style factuel d'un Petit Nicolas mais un Petit Nicolas solitaire dont le regard candide, clairvoyant, scrute le monde des adultes. Un monde où anges et démons croisent le fer et font des compromis. «Sans magie, la vie a un goût d'épouvante», se répète l'enfant qui écrit, mais finit par admettre que c'est, sans doute, le meilleur des mondes possibles.
C'est d'un battement d'ailes qu'elle écrit, cette Milena Agus, phénomène éditorial 2007. Son Mal de pierres, premier roman d'une inconnue, s'est vendu à 120 000 exemplaires. Avec une candeur un rien surannée, elle dévoile ses personnages, hors du commun, du monde...
Milena Agus écrit détachée de toute mode, de tout genre littéraire, se crée des personnages avec qui elle fait un bout de chemin, et nous fait croire que ce sont eux qui mènent le bal, une farandole d'histoires décousues qui n'en font qu'une.
Battement d'ailes
Notre position est 39° 9' au nord de l'équateur et 9° 34' à l'est du méridien de Greenwich. Ici, le ciel est transparent, la mer couleur saphir et lapis-lazuli, les falaises de granit or et argent, la végétation riche d'odeurs. Sur la colline, dans les lopins de terre arrachés au maquis qu'on cultive entre leurs murets de pierre sèche, le printemps resplendit du blanc des fleurs d'amandiers, l'été du rouge des tomates et l'hiver de l'éclat des citrons.
Mais tant de beauté souvent nous ennuie Madame et moi, un désir de monde normal nous envahit et la nervosité nous gagne. Alors pour nous défouler, s'il est impossible d'aller en ville, on fait des trucs un peu fous, comme piquer une tête dans la mer en hiver, dévaler les deux cents mètres du chemin escarpé qui va à la plage sans s'arrêter et puis remonter toujours en courant, nager au large jusqu'au dernier rocher à fleur d'eau, en été aller à pied à Cala Pira et à Punta Is Molentis, pour se baigner à l'aube avant l'arrivée des touristes ou ramasser des asperges à la sortie de l'hiver et, toutes contentes, rentrer les cuisiner en omelette.
Les propriétaires de ces terres seraient disposés à vendre pour que soit construit un village de vacances relié à la nationale par de bonnes routes. Mais personne ne peut rien entreprendre si Madame, de toute la puissance de ses millièmes comme dit grand-père, ne vend pas, car son terrain, qui est le meilleur, le plus proche de la côte, se trouve en plein milieu des autres. Des hectares et des hectares de maquis méditerranéen autour de l'hôtel de Madame, qui n'est pas tout à fait un hôtel, mais une maison d'hôtes pour huit personnes, pas plus.
Nous aimons Madame. Difficile de ne pas l'aimer, quand elle nous apporte du pain et des pâtes faits maison, des gâteaux et, en été, des tomates qui ont le goût de quand les adultes étaient petits. Mais nous pensons qu'elle est dérangée, car elle suit une idée fixe, sauver à elle seule la Sardaigne du béton, ne pas vendre, rester pauvre et nous empêcher nous aussi de devenir riches.
Dans ma famille, qui est la seule, avec celle de nos voisins et Madame, à habiter toute l'année ici, grand-père partageait cet avis, mais maintenant il dit que dans la vie nous déployons beaucoup d'efforts pour nous conformer aux idées reçues, qui nous semblent les meilleures parce que la plupart des gens s'y rangent, alors que très souvent nous ferions mieux d'utiliser cette énergie pour changer l'opinion commune, et qu'il faut bien que quelqu'un commence.
À propos de nos voisins qui voudraient vendre, Madame ne comprend pas que des personnes pieuses et bonnes, qui avant de manger prient pour rendre grâce à Dieu de leur repas, ne le remercient pas aussi pour ce morceau de paradis terrestre et qu'elles soient favorables à la construction de cubes de béton avec jardinets à l'anglaise, équipés de routes carrossables, et tout ça pour de l'argent. Comme si on ne devait pas préserver l'oeuvre du Seigneur même quand ça ne nous arrange pas.
La maison d'hôtes de Madame donne sur la route blanche, une porte cochère ouvre sur un passage qui longe le corps de bâtiment jusqu'à la grande cour bordée d'une galerie. On pénètre dans la maison par une porte plus petite, on entre d'abord dans la pièce de réception, puis à droite on trouve le cellier, une salle et la grande cuisine qui donne sur la galerie. À gauche, il y a les chambres et l'escalier vers l'étage avec les autres chambres pour les clients, qui communiquent, mais pour garder ces belles portes, Madame les a simplement fermées à clé.
Madame n'a pas de jardin d'agrément car quoi de plus beau que les narcisses sur la colline en hiver, le ciste fleuri et les fleurs bleues du romarin au printemps, les lys sauvages en été ?
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