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Auteur : Natacha Henry
Date de saisie : 24/01/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Michalon, Paris, France
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-84186-436-2
GENCOD : 9782841864362
Sorti le : 24/01/2008
Quarante ans après un fameux printemps louant l'égalité sexuelle et la libération de la femme, un vent mauvais et contre-révolutionnaire souffle sur notre pays. Les «moralitaires», ces faux branchés mais vrais réacs tentent en effet d'imposer leur vision archaïque de la place des femmes dans la société. Cible privilégiée de leurs attaques misogynes : la «fille facile», celle qui couche le premier soir, celle qui est la maîtresse du patron, celle qui porte un string jugé trop apparent... Véritable sorcière des temps modernes, la «fille facile» - «traînée», «pétasse» ou «te-pu» - est même devenue, pour certains, le symbole d'une femme «trop libre», cette femme du XXIe siècle qui les effraie tellement.
À travers cet ouvrage mêlant enquête minutieuse et réflexions percutantes, Natacha Henry dresse un réquisitoire implacable contre un certain sexisme ambiant si politiquement correct. Et la journaliste d'affirmer (et de démontrer !) : Non ! Les filles faciles n'existent pas !
Ancienne présidente de l'Association des femmes journalistes (AFJ), Natacha Henry a publié plusieurs ouvrages sur les rapports hommes-femmes et sur le féminisme.
Extrait de l'introduction :
Été 2007 : quatre millions de personnes suivent «L'île de la tentation» sur TF1. Sixième saison. Une émission de télé-réalité à grand succès, qui envoie sur une plage des Caraïbes, à Tulum au Mexique (c'est-à-dire, pas sur une île, mais peu importe), des couples, des «tentateurs» et des «tentatrices». Le suspense qui intéresse le téléspectateur : la fidélité des couples résistera-t-elle au charme des sexy célibataires en goguette ?
Carine et Olivier sont ensemble depuis un an. Or, sur place, voilà que - c'est le jeu, après tout - Carine se rapproche d'un séducteur, Jamel. Commentaire lapidaire d'Olivier : «Elle passe pour une fille facile devant la France entière.» Une accusation qui choque beaucoup Carine ; elle rétorque, furieuse : «Si pour lui, le fait de m'amuser, c'est être une fille facile, il se trompe. Il devrait avoir honte de dire ça !»
Qui l'eût cru ? La «fille facile», cette traînée... est de retour ! Trente-cinq ans après avoir été l'un des thèmes du tout premier numéro de Cosmopolitan qui titrait en décembre 1973 : «J'étais une fille facile» ! On pensait que la libération sexuelle était passée par là, de progrès en progrès : autorisation de la pilule en 1967, joyeusetés de Mai 68, loi dépénalisant l'IVG en 1975, fin du «péché de chair» et explorations du plaisir, distributeurs de préservatifs dans les lieux publics, pilule du lendemain dans les lycées...
On croyait même que cette «révolution» avait été mixte, égalitaire. Qu'on avait effacé les barèmes, et qu'une femme pouvait choisir le comportement, les aventures et les vêtements qui lui plaisaient, c'était la moindre des choses. Et bien, pas du tout. Si, en apparence, tout est au mieux - on couche, on s'envoie en l'air les uns les autres, on s'en fout - dans la réalité, c'est l'arnaque. La libération sexuelle est en panne, inachevée, bloquée.
L'égalité des sexes dans la sexualité ? Que nenni. Contrairement au discours dominant qui estime que, voile mis à part, notre époque nage dans la liberté sexuelle réciproque, voire une permissivité excessive, le retour en force du méprisant «fille facile» plane sur nos négociations intimes et sur nos réputations publiques. Il joue contre l'égalité sexuelle, la menace.
En grande partie responsables de ce véritable recul : les moralitaires, ces nouveaux réacs. Le moralitaire peut être de droite ou de gauche. Il/elle se niche dans les médias, au Café du Commerce. Dans les dîners en ville et les fêtes de famille. Parlant d'une collègue, d'une comédienne, d'une ministre ou de la serveuse, c'est celui (ou celle) qui décrète : «Celle-là, c'est une Marie-couche-toi-là !», sur tous les tons, hautain, graveleux («salope», en faisant durer le «a» : «saaalope»), dédaigneux, sarcastique... Pour lui (ou elle), en effet, il y a des «filles trop libres» : il est contre, sauf pour coucher avec elles, et encore, dans un moment d'égarement. La société l'accompagne car, malgré leur idéologie ringarde, ces néoconservateurs ont le vent en poupe. Les femmes au corps d'artichaut sont leur cible, si libertaires se revendiquent-ils. Peut-on être «trop libre» ? La bonne blague ! Même à l'épreuve de philosophie au Baccalauréat, on ne trouve pas pareille question !
Voici leur message : «Entre les totales catins et les vierges cloîtrées, il y a un juste milieu, le nôtre ! Regardez chez nous, rien ne pèse sur nos filles ! Elles sont sans peur et sans reproche, bien informées. Nous avons su, hommes et femmes du juste milieu, trouver l'épanouissement dans le respect et la liberté.» C'est cela qui m'a alertée. Ce «juste milieu». Est-il défini par certains critères ? Quantité moyenne d'amants et d'expériences, âge requis pour porter un string, pudeur provocante et provocation élégante ?
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