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.. Le jardin d'Orient : Abdel Kader à Amboise de 1848 à 1852

Couverture du livre Le jardin d'Orient : Abdel Kader à Amboise de 1848 à 1852

Auteur : Martine Le Coz

Date de saisie : 10/01/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Michalon, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-84186-439-3

GENCOD : 9782841864393

Sorti le : 10/01/2008

  • Les présentations des éditeurs : 16/01/2008

«L'abbé ébaucha le geste de se signer. Le regard d'Abdelkader l'arrêta. Boissonnet salua l'émir à sa manière de soldat ; l'abbé s'inclina presque malgré lui. L'émir, non. Nul mouvement de sa part. Nulle altération de sa face très blanche. Sans y penser, l'officier présenta le curé d'Amboise au prisonnier, et non le contraire. "L'émir reçoit l'hommage, pensa le prêtre avec effroi. Celui-ci est le seigneur du château, et le maître des hommes".»
Amboise, 1848. En dépit de sa méfiance, l'abbé Rabion va rencontrer Abdelkader, bâtisseur d'un Etat algérien moderne, retenu en captivité dans la ville fortifiée après sa résistance farouche à la France. Un lien métaphysique et une immense amitié vont peu à peu se nouer entre le chré­tien et le musulman. À travers le dialogue de ces êtres authentiques, Martine Le Coz nous offre un voyage spiri­tuel et historique passionnant, une invitation à la tolérance emplie de poésie et d'élégance.

Martine Le Coz vit à Amboise. Romancière, elle a reçu le prix Renaudot en 2001 pour Céleste.



  • La revue de presse Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 7 février 2008

Martine Le Coz, le Prix Renaudot 2001 raconte les quatre ans de captivité, à Amboise, de l'émir Abd el-Kader et l'amitié qu'il a nouée avec l'abbé Robion. Martine Le Coz possède cet art de saisir un moment historique et de le raconter, avec passion et dans les détails, à travers le destin de ses personnages, si bien que le lecteur a l'impression de les observer de près...
Bien sûr, on peut être tenté de lire ce récit au regard de ce qui se trame de nos jours. Pourquoi pas ? La littérature traverse les époques. Avec ses mots fiévreux et délicats, Martine Le Coz a, avant tout, écrit un roman sur la fraternité, sur la foi, sur la capacité que des hommes ont de dépasser les clivages, sur la droiture et la loyauté. Elle signe des pages lumineuses sur ce lien qui unit deux personnes que tout, a priori, oppose. Là est l'essentiel.


  • Les courts extraits de livres : 16/01/2008

Le vent forçait le cours du fleuve où s'était engagé le paquebot à vapeur frété par l'intendance militaire. Propulsé par la machine à feu, le Ville d'Angers résistait à ses poussées, le cap sûr, affranchi des servitudes de l'air et des eaux pressées par les roues à aubes. Il laissait derrière lui, dans une grisaille bouillonnante, les cormorans à la géométrie parfaite, les ailes cassées à l'équerre, pour suivre tranquillement la Loire.
Le vapeur dépassa Tours et fraya sa voie le long des bancs de sable redoutés des mariniers. Il frôla les îles blêmes, déjoua le courant et les spirales souterraines, et atteignit Amboise pendant les heures noires. On attendait le prince arabe et les siens vers onze heures du soir : famille et hommes d'armes, près d'une centaine de captifs, la plupart décharnés et malades, grelottant sous leurs capes de laine encore imprégnées de senteurs funèbres. La République avait mis le château sous séquestre depuis la révolution de février. Restées sans affectation, ses salles vides accueilleraient les prisonniers : leur transfert de Pau à Amboise avait été décidé par le général La Moricière, ministre de la Guerre, en accord avec le citoyen préfet d'Indre-et-Loire, Alphonse Bourelle de Sivry. La situation défensive de la place s'y prêtait. Sans doute l'endroit était-il insalubre mais, occupée à divers grands travaux, Tours n'avait plus de locaux à offrir. Le principal était d'éloigner des frontières Abdelkader dont on redoutait l'évasion.
Des troupes détachées des environs contenaient la foule des villageois agglutinés près du débarcadère. Il avait été suggéré en haut lieu que le meilleur accueil fût réservé aux captifs pour tempérer leur ressentiment : l'émir était d'une grandeur austère, son caractère peu aisé à pénétrer, et l'attirance qu'il exerçait sur son entourage le rendait susceptible d'envelopper une multitude dans son désastre. Le maire de la ville, Charles Gauché-Bigot, avait engagé sa parole. Il semblait d'ailleurs que la population fût enchantée du divertissement qu'on lui imposait : loin de devoir réquisitionner des logements pour les soldats en surnombre, ses services avaient dû refuser l'hospitalité de bien des Amboisiens.
La veille, on avait évacué les immondices de la voie publique et refoulé jusqu'à la forêt un groupe de bandits qui terrifiaient la région, des brigands aux lèvres écumantes de blasphème au fond desquels on eût peine à déceler trace divine, capables d'abattre d'un jet d'injures une légion d'anges en plein vol. Le maire avait dû batailler ferme contre la pagaille humaine et la salissure des ruisseaux pour imposer chez lui sa discipline. Il ne voulait pas voir une femme trotter en décolleté au milieu des familles attroupées pour apercevoir l'émir, et le préfet avait dû prendre des dispositions à l'encontre des filles publiques : l'imagination attisée par la nuée orientale, les demoiselles de toute la vallée de la Loire rêvaient d'exercer leur séduction jusqu'à Amboise. L'adjoint au maire, le citoyen Cuvier, tremblait aussi de ne pouvoir maîtriser l'enthousiasme insensé d'une population qu'il avait fallu dissuader de s'attifer de robes de chambre pour ressembler aux Arabes et de dresser un banquet pour fêter l'ennemi.
La ville oscillait cependant entre peur et désir, étonnée d'avoir été choisie, fascinée par la guerre encore flamboyante au corps du héros qu'elle allait enfermer dans son enceinte, fiévreuse enfin, dans l'aventure si mal engagée : le prince étranger qu'on lui donnait à garder, ce noble ennemi pour lequel le gouvernement exigeait avec trop d'insistance que lui fussent assurés la protection et les égards - cet homme de parole, la France l'avait trahi.


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