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La corpulence du monde

Couverture du livre La corpulence du monde

Auteur : Dominique Sigaud-Rouff

Date de saisie : 21/02/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre rouge

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-02-096336-7

GENCOD : 9782020963367

Sorti le : 03/01/2008

Une journée dans la vie de trois personnages aussi différents qu'un soldat britannique en Irak, un homme qui s'apprête à fuir la France après avoir commis un acte irréparable et l'écrivain qui décide d'écrire leur histoire en y mêlant la sienne.
Dominique Sigaud a été journaliste et grand reporter. Elle en a gardé un intérêt pour les choses du monde. Elle ne redoute pas de s'affronter à des sujets difficiles. Dans ce livre, elle met en scène son travail d'écrivain, en même temps que son intimité, avec franchise et sensibilité. Une interrogation sur le mal et sur le travail d'écrivain.


  • Les présentations des éditeurs : 24/01/2008

Un soldat britannique, membre des SAS, attend sa mission du jour dans la chaleur de Bagdad. À Marseille, un homme s'apprête à commettre un infanticide sur son fils de quelques mois. Dans le sud de la France, une romancière écrit sur sa vie et sur celle de ces deux hommes.

Le point commun entre ces trois personnages ? Une seule et même journée, et les détails qui la composent, ces événements, mineurs ou essentiels, qui construisent un quotidien, une existence, et font «la corpulence du monde».

Trois histoires apparemment aux antipodes, qui pourtant s'articulent avec une grande maîtrise. C'est là le talent de Dominique Sigaud : éclairer notre lien au monde, en passant par le singulier et l'intime ; nous en faire sentir l'épaisseur, la chair, dans ce qu'elle a de plus lumineux comme de plus sombre. On est happé par ce roman puissant et admirablement construit.

Ancienne journaliste, Dominique Sigaud a couvert de nombreux conflits. Elle est l'auteur de dix romans et récits publiés chez Gallimard (L'Hypothèse du désert, 1996 ; Blue Moon, 1998 ; Les Innocents, 2000 ; De chape et de plomb, 2003, etc.), puis chez Actes Sud (The Dark side of the moon, 2004, Aimé, 2006, L'Inconfort des ordures, 2007).



  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 22 février 2008

Un roman social, politique, intime, féminin, où l'ambition affichée par Anna - double de la romancière - n'est rien moins que d'étreindre le monde dans toute sa corpulence...
Alors que ces trois vies se croisent et se font écho dans leur solitude, leur colère sourde, leur violence plus ou moins rentrée, Dominique Sigaud, telle une entomologiste, traque avec minutie le moindre geste, banal ou non, la plus infime pensée, les silences, les non-dits, les fêlures secrètes, les faux-fuyants et autre sauve-qui-peut. Entre effroi et émerveillement, rien n'échappe à son regard qui étreint notre monde. Dans toute sa chair. Dans toute son (in)humanité.


  • La revue de presse Martine Laval - Télérama du 23 janvier 2008

Dominique Sigaud, comme à l'habitude, embrasse la folie de notre époque pour lui donner du souffle...
Elle dit dans le même élan les gestes du quotidien, les aliénations et les déglingues de chacun. Elle imbrique des destins, va de l'intime au politique, du rien à l'horreur. Elle écrit la nausée, traque le mensonge, la trahison, le manichéisme. Elle réussit à étreindre notre monde, si «corpulent» soit-il - confus, effroyable, révoltant -, avec une narration toute de rage, de courage.


  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

Sur les bancs, malgré l'ombre, la chaleur était écrasante mais c'est là que Clifford, Jeff, Tommy et Richard s'installaient après le déjeuner; les autres le savaient, leur laissaient la place. À vrai dire d'ailleurs, personne ne la convoitait, rien n'abritait cette terrasse, la réverbération était telle, même en baissant les yeux, la lumière virait au violet sous les paupières ; il suffisait de baisser les yeux, le blanc des murs et des dalles brûlait, l'air brûlait, même le ciel était blanc et brûlait, cette ville avait l'air de brûler dès que le soleil était à la verticale. Mais eux aimaient bien être là. Un angle de mur, un vieux reste de plate-bande, un figuier pas très haut, tordu et deux bancs en pierre épaisse scellés au mur. Ils s'installaient là pendant que les autres allaient s'étendre au frais sur leurs lits ou cherchaient un peu d'air sur le toit ; dès qu'ils passaient le seuil, l'air s'écrasait sur eux, à chaque fois ils se laissaient surprendre, c'est pourtant bien ça qu'ils voulaient. Ils s'asseyaient, posaient les gobelets de thé brûlant qu'ils avaient rapportés de la cantine, s'appuyaient contre le mur et fermaient les yeux. Pendant quelques minutes, ils ne disaient plus rien.
C'était leur coin, personne d'autre n'avait envie d'être là.

À force de rester assis sans bouger jusqu'à se couler dans la fournaise, ils finissaient par trouver le peu d'air que la proximité du fleuve ramenait jusqu'à eux. Il fallait d'abord s'être laissé écraser de chaleur pour ça. Alors ils rouvraient les yeux, leurs poumons respiraient à nouveau; ils prenaient leurs gobelets; ils étaient quatre, toujours les mêmes, parfois cinq avec Davidson.

À cette heure-là, il n'y avait plus rien d'autre à faire qu'attendre. Dans toute la ville c'était pareil, tout s'arrêtait, même la guerre, «la seule heure où même les bombes ont plus envie de péter», disait Jeff; ça arrangeait tout le monde et c'est pour ça qu'ils venaient tous les jours sur ces bancs en plein cagnard. Parce que c'est là et nulle part ailleurs, en bouffant cet air impossible à respirer, qu'on en profitait le mieux.

Alors, ils pouvaient passer le bon moment qu'ils avaient décidé de s'offrir ; boire leurs thés, fumer leurs cigarettes, parler et attendre. Maintenant qu'ils s'y étaient faits, ils aimaient ça. Ils avaient fini par y trouver leur plaisir. Un plaisir de militaires surarmés embarqués dans une histoire mal ficelée, frisant le ridicule, mais c'était le jeu et ils n'y étaient pour rien, d'ailleurs ils n'en parlaient à peu près jamais, jusqu'à ce jour en tout cas. Un jour exactement calqué sur les autres à la différence près que certains dans l'unité partaient en permission à la fin de la semaine. Clifford était le seul du groupe à en bénéficier, il l'avait appris deux jours plus tôt, c'est d'ailleurs ce qu'il avait dit après sa première gorgée.
- Les mecs, samedi à la même heure, je suis sur mon canapé.
Ils n'avaient pas répondu. Clifford avait décollé son dos du mur, s'était tourné vers eux :
- Et vous savez ce que j'aurai dans la main ? Richard avait aussitôt porté grossièrement la sienne entre ses jambes.
- Non, connard, j'aurai un truc bien plus précieux qu'une bite entre les mains. Tu vois pas ? C'est frais, ça mousse et quand ça te coule dans la gorge t'es le roi du monde...
Cette fois, le geste de Richard avait été plus obscène encore.
- Putain, j'vais être vraiment content de pas te voir pendant une semaine...
Les autres, ravis, les regardaient faire.
- C'est une Guinness que j'aurai dans la main, grand crétin, une Guinness tellement fraîche et à point que tu sais même plus à quoi ça ressemble. Une Guinness, les potes.
Il avait rappuyé sa tête contre le mur les yeux fermés, répété un peu plus tard à voix basse :
- Une Guinness, les potes.


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