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Auteur : Cécile Renouard
Date de saisie : 14/01/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : L'Histoire immédiate
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-02-096019-9
GENCOD : 9782020960199
Sorti le : 03/01/2008
Le libéralisme produit actuellement des effets paradoxaux : une mondialisation des objets et une crispation identitaire ; une croissance économique évidente et une augmentation simultanée des inégalités. Cette contradiction, qui s'accompagne d'un affaiblissement des États, valorise de facto le rôle de la société civile. À côté d'États-nations affaiblis ou carrément en faillite, comment apprécier la responsabilité nouvelle des différents acteurs privés (individus, ONG, multinationales, associations religieuses ou caritatives) en matière de développement ? Face à l'océan de misère, ces derniers ont un rôle nouveau - et considérable - à jouer. Leur capacité d'action va même bien au-delà de la sphère humanitaire ou économique et devient véritablement politique. La question décisive est désormais la suivante : ces acteurs privés peuvent-ils vraiment s'engager dans des projets qui dépassent leurs intérêts particuliers et contribuent au bien commun de la planète ?
Cet essai, bâti sur une analyse approfondie de la théorie libérale, plaide pour «un monde possible», fondé sur les convictions et les ressources morales et spirituelles des personnes et des sociétés concernées. Il s'appuie sur des enquêtes de terrain menées par l'auteur auprès de filiales de grands groupes industriels et sur des programmes de développement au Kenya, au Nigeria, au Bénin et au Mexique.
De formation commerciale (ESSEC) et philosophique (EHESS), Cécile Renouard, religieuse de l'Assomption, enseigne l'éthique sociale au Centre Sèvres et travaille sur la contribution des multinationales au développement des zones de grande pauvreté.
Extrait de l'introduction :
Aujourd'hui une sorte de désenchantement et de désarroi généralisé à l'égard du libéralisme domine. La mondialisation des échanges, c'est un fait, ne se traduit ni par le progrès automatique des droits de l'homme ni par l'amélioration des conditions de vie pour tous les habitants de la planète. La thèse du doux commerce prônée par Montesquieu est prise en défaut par la prévalence des principes de concurrence et de compétition dans la jungle économique ; quant à l'homogénéisation des systèmes économique et financier comme celle des techniques et des moyens de communication, elles s'accompagnent d'un accroissement des inégalités et d'une crispation identitaire.
De surcroît, la réflexion peine à éclairer les évolutions contemporaines. Ainsi, aucune des corrélations établies entre ces phénomènes ne peut être considérée comme absolue. Si le capitalisme mondialisé n'adoucit pas les moeurs, rien ne prouve que des systèmes économiques alternatifs purement locaux promeuvent davantage les droits et les capacités de tous les membres d'une société donnée, y compris des plus vulnérables. L'«ultra» ou «néo»libéralisme ne peut donc être considéré comme la seule source des maux de la planète. Au fond, une des raisons du profond malaise actuel tient à la confusion de la pensée politique elle-même, après le naufrage d'idéologies qui prétendaient avoir identifié les sources d'injustice à l'échelle du monde.
Hier, on se prononçait pour ou contre les théories marxistes, mais du moins celles-ci étaient-elles intellectuellement stimulantes. Elles fournissaient une interprétation cohérente de la réalité et donnaient des raisons d'espérer et d'agir. L'extraordinaire séduction du marxisme comme religion séculière explique largement pourquoi tant d'intellectuels se sont laissé aveugler sur ses conséquences pratiques quand il était mis en oeuvre par des régimes politiques totalitaires. La chute du mur de Berlin a sonné le glas d'une approche binaire des relations internationales. Après l'illusion d'un homme nouveau, d'un monde nouveau constitué de sociétés transparentes à elles-mêmes, le modèle de l'homo oeconomicus mû par son intérêt propre et lié à ses semblables par des contrats révisables a semblé constituer, pour un temps, un moindre mal en promouvant une nouvelle société, quoique bien peu enthousiasmante. Or ce modèle apparemment sans contre-pouvoir sécrète en réalité en son propre sein une opposition farouche. Le monde sans Dieu des humanistes athées était une révolte contre le Dieu tout-puissant, mécanicien du monde ou bouche-trou... Il exaltait la capacité de l'être humain à orienter librement son existence, selon des valeurs qu'il s'attachait à appliquer.
Ce monde sans Dieu avait donc du sens. Il était porteur d'une vision spirituelle forte. Celle que propose le capitalisme consumériste, en revanche, est bien courte dans ses ambitions. Elle est centrée sur les besoins matériels à satisfaire, voire à créer. Elle fait le plus souvent silence sur les aspirations humaines d'ordre spirituel et transcendant, sur ce qui donne sens, direction et densité à la vie humaine. Ce vide ontologique explique sans doute aussi le succès actuel des fondamentalismes religieux, y compris dans des couches relativement aisées des sociétés occidentales. Certains y trouvent des points d'appui, des certitudes et des repères forts, qui les délivrent du relativisme ambiant.
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