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Auteur : Jorge Volpi
Traducteur : Gabriel Iaculli
Date de saisie : 20/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : Cadre vert
Prix : 22.80 € / 149.56 F
ISBN : 978-2-02-095026-8
GENCOD : 9782020950268
Sorti le : 03/01/2008
Irina Granina est russe. Biologiste, mariée au dissident Arkadi Granine, elle est le témoin lucide de l'effondrement du communisme et, avec lui, de la rébellion de sa fille Oksana, première victime du triomphe de l'économie de marché. Jennifer Moore est américaine. Fonctionnaire du FMI, épouse du très ambitieux Jack Wells, homme d'affaires spécialisé dans les biotechnologies, elle a pour mission de réduire la dette des pays en voie de développement et d'aider la Russie à s'intégrer dans la mondialisation.
Éva Halász est une Hongroise émigrée aux Etats-Unis. Célibataire et collectionneuse d'amants, génie de l'informatique, elle participe au premier séquençage du génome humain. Pour ces trois femmes prises dans la tourmente de l'Histoire, le destin s'incarnera sous les traits d'un journaliste et romancier russe qui traque tous ceux qui, par ambition et appât du gain, ont vendu leur âme au diable et voué à néant les espoirs d'un monde meilleur.
Roman scientifique, enquête policière, saga historique, Le Temps des cendres est aussi une fascinante exploration des passions humaines et un impitoyable réquisitoire contre deux systèmes qui ont broyé les meilleurs de leurs enfants.
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli.
Avec «Le temps des cendres», Jorge Volpi réussit enfin le parfait roman mondialisé...
On se promène dans les lieux où, depuis trente ans, chaque matin, les journaux nous emmènent. Mais pour une fois, on pousse les portes, on soulève les tentures et on s'assied là où ça se passe vraiment. Les personnages ont beau mettre un masque, puis un autre et encore un autre, Volpi les suit jusque dans leur chambre quand ils se démaquillent et se couchent épuisés, lessivés et désabusés. Personne n'en sort indemne. Ni aucun système. Les communistes qui employaient des moyens inhumains pour humaniser le monde ne sont pas plus maltraités que les Américains qui ne parlent que de morale et ne songent qu'à la monnayer. Seulement, voilà, le monde est ainsi. Même si l'équipage ne nous convient pas, on est à bord. Et, avec Volpi, on a l'impression d'être dans la cabine de pilotage.
On ne s'étonnera pas, en lisant ce gros roman qui enjambe les continents et embrasse l'histoire du siècle passé, que son auteur, le Mexicain Jorge Volpi, se réfère à ses «maîtres» du Boom, ce mouvement littéraire latino-américain des années 60 qui comptait dans ses rangs Gabriel García Márquez ou Julio Cortázar...
Mais Jorge Volpi, avec un fougueux et généreux talent de conteur, parvient à nous entraîner dans le sombre tableau de notre monde.
C'est d'abord l'ambition du projet qui frappe le lecteur. Les écrivains poursuivent souvent, et depuis longtemps, la chimère d'un roman global : toutes les facettes de l'humain, tous les replis de la société... une seule histoire. L'écrivain et universitaire mexicain Jorge Volpi le tente en juxtaposant deux événements qui marquèrent la fin du deuxième millénaire : la chute de l'Union soviétique, et le progrès dans le déchiffrement du génome humain...
C'est donc de l'avenir du monde autant que de morale qu'il s'agit dans cet examen angoissant. Car c'est le monde entier qui joue avec le feu, le monde entier qui s'égare, le monde entier qui souffre.
Le meilleur roman russe de récente mémoire est l'oeuvre d'un Mexicain ! Avec l'extraordinaire Temps des cendres, plus de cinq cents pages qui ne se lâchent pas et vous embarquent jusqu'au bout de la nuit, Jorge Volpi raconte rien de moins que l'effondrement de l'empire soviétique, la fin du communisme et le triomphe du capitalisme...
Avec un souffle peu commun et une manière d'assimiler sa documentation qui peut rappeler le Tom Wolfe de L'étoffe des héros ou du Bûcher des vanités, Jorge Volpi remonte implacablement le fil du temps, s'attaquant tour à tour à la chute du mur de Berlin, à la réunification de l'Allemagne, aux changements entrepris par Gorbatchev, «pasteur d'hommes» auquel succédera ce Boris Eltsine «aux bras forts», jusqu'au triomphe des oligarques et de la corruption...
Véritable chef d'orchestre qui dirige sa troupe d'une main très sûre, le Mexicain se glisse avec autant d'aisance dans chacun de ses héros. Le lecteur les voit, les entend. Il a la sensation de les connaître et de les comprendre. Brassant l'économie, la science et la politique, Le temps des cendres parvient également à montrer comment l'on peut rater sa vie en la délaissant au profit d'une cause, aussi louable soit-elle...
Entre les mains de Volpi, les cendres se transforment en or.
Jorge Volpi achève sa trilogie du XXe siècle par un formidable thriller sur la chute du communisme et les nouvelles relations Est-Ouest...
L'intérêt du roman réside dans un savant mélange de faits et de personnages réels et imaginaires, dans cette chronologie heurtée qui nous fait passer de 1986 à 2000, le tout à travers les destins dramatiques de plusieurs femmes et quelques hommes...
C'est lui le narrateur de cette histoire folle, qui relate les riches heures des tensions entre l'Est et l'Ouest, la course aux armements, la mondialisation financière, les combats en faveur des pays du tiers-monde, la découverte du génome humain. Par sa voix, Jorge Volpi retrace cette période pré-11 septembre 2001 avec une maestria stupéfiante.
Le Temps des cendres, le nouveau roman du Mexicain, est une fresque d'une ambition folle. Un travelling impressionnant, orchestré comme une Série noire, où s'embrochent les continents et les événements, l'Amérique de Wall Street, la Russie de Tchernobyl et des oligarques, la Palestine ensanglantée, le Zaïre crucifié par Mobutu et ses sbires. Volpi y ajoute toutes les inquiétudes d'une époque où la faillite des utopies et la chute du communisme ont fait place à une sorte de mondialisation de l'amertume, tandis que de nouveaux Frankenstein dégainent leurs éprouvettes à grand renfort de manipulations génétiques et d'armes bactériologiques...
On est fasciné par la culture géopolitique de Volpi, par sa lucidité, par sa verve décapante. Et par son art de débusquer les démons sous les cendres d'une époque où la littérature peut encore éblouir, malgré la nuit qui tombe.
«Assez de pourriture !» hurla Anatoli Diatlov. L'alarme se déclencha à une heure vingt-neuf du matin. Se déplaçant à trois cent mille kilomètres/seconde, les photons transpercèrent l'écran (auquel la poussière avait donné une couleur de brique), traversèrent l'atmosphère chargée de fumée de cigarettes turques, et, suivant une trajectoire rectiligne à travers la salle de contrôle, se précipitèrent dans ses pupilles peu avant que le cornement d'une sirène ne fût arrivé à ses tympans, à seulement mille deux cent trente-cinq kilomètres/heure. Incapables de distinguer les deux stimuli, ses neurones produisirent un tourbillon électrique qui gagna son corps tout entier. Pendant que ses yeux se concentraient sur l'éclat écarlate et que ses oreilles étaient fouettées par les ondes sonores, les muscles de son cou se contractèrent à l'extrême, les glandes sudoripares de son front et de ses aisselles accélérèrent la production de sueur, ses membres se tendirent et, sans que l'assistant de l'ingénieur en chef s'en rendît comte, la drogue s'infiltra dans son torrent sanguin. En dépit de ses dix ans d'expérience, Anatoli Mikhaïlovitch Diatlov mourait de peur.
À quelques mètres de là, une autre réaction en chaîne suivait un cours parallèle. Sur l'un des panneaux latéraux, le mercure montait à toute vitesse dans le tube d'un vieux thermomètre tandis que les particules d'iode et de césium devenaient instables. C'était comme si ces éléments inoffensifs avaient fomenté une révolte et, au lieu de se défier les uns des autres, s'unissaient pour détruire les barreaux qui les gardaient et torturer ceux qui les surveillaient. La créature ne tarda pas à s'emparer du réacteur n°4 en un défi ouvert aux règles de sécurité. Elle appelait à la vengeance sans rémission, à l'exécution de ses geôliers, réclamait un royaume pour elle seule. Toujours plus puissante, elle se lança à la conquête de toute la centrale ; si les humains ne prenaient pas des mesures urgentes, le massacre ne pourrait être arrêté. Il y aurait des milliers de morts. Et l'Ukraine, la Biélorussie et peut-être même toute l'Europe seraient à jamais dévastées.
Les flammes consumaient l'horizon. Au loin, les bergers de Pripiat, habitués aux ravages des météores, prenaient les colonnes de fumée pour un exercice d'artillerie ou la célébration d'une victoire. L'un des gardiens de troupeau, Makar Bazdaïev, un relent de vodka dans la gorge, sentait sa langue fourcher en regardant le ciel, sans savoir que c'était là l'annonce de sa mort. Plus près de l'incendie, des ingénieurs, des chimistes créateurs d'étoiles reconnaissaient la nature du cataclysme. Après des dizaines d'alertes et de doutes s'était produit l'impensable, la malédiction tant de fois repoussée, l'attaque-surprise tellement redoutée. Les vieux songeaient encore aux tanks allemands, aux enfants empalés et aux interminables rangées de tombes : l'ennemi allait de nouveau raser les forêts, brûler les chaumières et baigner les autels du sang de leur progéniture.
À une heure et demie du matin, Diatlov décida de passer à l'action. Le printemps l'avait toujours écoeuré, il détestait les chansons des villageois, les tournesols, la nécessité de sourire sans raison. Voilà pourquoi il ne quittait pas la centrale, où il était à l'abri de l'euphorie organisée; il ne tolérait les jours de repos qu'à force de vodka et d'un supplément de travail. Et maintenant, ça ! Les savants de Kiev et de Moscou, villes aux larges rues, avaient juré que pareille chose ne se produirait jamais. «Les erreurs n'ont pas lieu d'être, lui avait un jour lancé à ce propos, sur un ton de reproche, un hiérarque du parti. Vous avez là le manuel, il suffit de suivre les instructions.»
Maintenant, aucune instruction n'allait servir à rien. Les aiguilles s'affolaient comme des pales d'hélicoptère, et les murailles élevées grâce à l'infatigable volonté du socialisme - des milliers d'ouvriers avaient édifié la citadelle secrète - tombaient en morceaux. C'était à quoi avait dû ressembler Sodome : la nuit bouleversée par les cris, l'odeur de la chair brûlée, les chiens haletants bloquant les rues, la fumée noire que les paysans prenaient pour l'ange de la mort. Et tout cela à cause d'un caprice : faire la démonstration de la résistance de la centrale, dépasser les prévisions, surprendre le ministère.
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