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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Luciano Canfora
Traducteur : Dominique Vittoz
Date de saisie : 05/06/2008
Genre : Histoire
Editeur : Desjonquères, Paris, France
Collection : Le Bon sens
Prix : 9.50 € / 62.32 F
ISBN : 978-2-84321-104-1
GENCOD : 9782843211041
Sorti le : 25/01/2008
«La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique», dit Robespierre, «est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme ennemis.»
Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.
À partir d'exemples empruntés de l'Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette «perversion morale, culturelle et politique» qui permet à un État de poursuivre une politique d'hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.
Luciano Canfora : Né en 1942, Luciano Canfora est professeur de philologie classique à l'université de Bari et directeur de la revue Quaderni di Storia. Parmi ses principaux ouvrages, citons : La véritable histoire de la bibliothèque d'Alexandrie ; Une profession dangereuse, les penseurs grecs dans la cité ; La démocratie, histoire d'une idéologie.
Cette idée d'«exporter la liberté» est ancienne, montre Luciano Canfora, un antiquisant italien depuis longtemps soucieux d'intervenir dans les débats d'aujourd'hui. Sa thèse est que derrière l'affichage de principes généreux sur la liberté des peuples ou la démocratie se dissimule le plus souvent la défense d'intérêts impérialistes. C'est au nom de la «liberté des Grecs» contre l'envahisseur perse, lors des guerres médiques, qu'Athènes a fédéré une alliance vite muée en empire, la flotte athénienne se chargeant de réprimer les velléités d'indépendance de ses «alliés» et d'y imposer au pouvoir les factions populaires...
Ce sont cependant les exemples contemporains qui intéressent le plus Luciano Canfora.
LIBERTÉ POUR LES GRECS
Alors qu'on abattait les remparts d'Athènes, au mois d'avril de l'an 404 av. J.-C., beaucoup pensèrent - comme on le lit dans l'Histoire grecque de Xénophon - «que de ce jour datait la liberté des Grecs». Sur ces mots, s'achève le récit de la «grande guerre» qui avait déchiré le monde grec pendant presque trente ans.
La «grande guerre du Péloponnèse» (431-404 av. J.-C.) avait vite acquis aux yeux des contemporains les plus avisés une très grande importance, bien supérieure à celle de tous les conflits précédents, y compris de la guerre semi-mythique contre Troie et des glorieuses guerres médiques. La raison de cette importance exceptionnelle en était la durée. Au fur et à mesure que les opérations militaires s'éternisaient, on prenait conscience du fait que cette guerre ne se résumerait pas à quelques combats, que la «bataille décisive» était encore loin. Mais pourquoi une telle durée, inconnue jusqu'alors ? Parce que l'enjeu de ce conflit était la lutte pour l'hégémonie.
Au lendemain des guerres médiques (478 av. J.-C.), Athènes s'était affirmée comme une grande puissance, pôle d'attraction pour un nombre considérable d'Etats, des îles surtout, qui avaient tiré le plus grand bénéfice de la victoire athénienne sur mer contre la flotte perse. Une «alliance» s'était donc créée, vite officialisée, avec Athènes pour «État-guide». Cette rupture des équilibres traditionnels du monde grec - Sparte, et elle seule avait été jusqu'alors la «grande puissance» incontestée - fut à l'origine du conflit avec cette dernière, qui éclata cinquante ans environ après la victoire athénienne sur les Perses. L'«alliance» se mua rapidement en «empire» et les alliés devinrent de plus en plus des «sujets». À côté de la poursuite théorique de la guerre contre les Perses, visant à «libérer» les Grecs d'Asie mineure, Athènes, «État-guide», se consacra avec une fréquence croissante à réprimer ses propres alliés, tentés de lui faire défection. Tentation d'autant plus forte qu'Athènes s'efforçait de maintenir au pouvoir, dans les cités alliées, des gouvernements de même tendance que le sien : des gouvernements «démocratiques», vacillants ou ne disposant pas d'une supériorité numérique sur leurs adversaires (les oligarques et leurs partisans), mais soutenus par les armes de l'«État-guide».
Ainsi l'alliance, née dans la foulée de la victoire sur la Perse pour apporter la «liberté», entendons l'indépendance, aux Grecs d'Asie mineure, se transforma en un mécanisme implacable de frein, de contrôle, voire de répression, des Grecs «libérés». Chaque fois qu'ils le pouvaient, les oligarques tentaient deux opérations étroitement liées : abattre le système démocratique et sortir de la ligue athénienne. La principale défection précédant la «grande guerre» qui allait durer trente ans, fut celle de l'île de Samos (441-440 av. J.-C.). Athènes lança contre cette dernière une répression de grande ampleur, lui livrant une véritable guerre qui dura des années. Mais encore une fois, Sparte n'apporta aucun secours aux rebelles, contrairement à ce que ceux-ci avaient peut-être espéré. Il est évident qu'une intervention aurait signifié une guerre généralisée, aux conséquences imprévisibles.
Sparte, comme toute grande puissance engagée dans une partie d'échecs aussi colossale, ne pouvait laisser à d'autres États le soin de décider quand déclencher un conflit qu'on pressentait comme inévitable. Elle passa à l'action quand elle le jugea nécessaire, et même inéluctable, pas avant. Ceux qui avaient agi plus tôt, pensant peut-être forcer la main à la grande rivale d'Athènes, furent abandonnés à leur sort. Et écrasés. Plus encore, par un paradoxe révélateur, Samos elle-même, qui avait subi une guerre et une répression d'une dureté impitoyable et, une fois vaincue, avait vu les démocrates revenir au pouvoir dans les bagages de l'armée athénienne, devint dès lors la plus fidèle alliée d'Athènes. Nous y reviendrons.
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