Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdesbibliothecaires.com, qui vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des bibliothécaires. Vous y entendrez les écrivains raconter leurs livres, et les éditeurs présenter leurs productions aux bibliothécaires. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Nous proposons également un podcast.
France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : François Taillandier
Date de saisie : 09/01/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Folio, n° 4593
Prix : 4.20 € / 27.55 F
ISBN : 978-2-07-034155-9
GENCOD : 9782070341559
Sorti le : 06/09/2007
«Une inquiétude singulière, durant ses premières années, avait quelquefois tourmenté Nicolas : il se demandait si tout ce qui l'entourait n'était pas le résultat d'une vaste supercherie, organisée par les adultes dans l'incompréhensible dessein de le tromper. Selon sa pensée d'enfant, voilà ce qui se passait peut-être : la vie courante, dans toutes ses dimensions, telle qu'elle se déroulait autour de lui, était un spectacle, une mascarade. Tout le monde faisait semblant. Avant sa naissance, rien n'était comme ça.»
Après Option Paradis, François Taillandier poursuit à travers l'histoire de cinq générations, du présent au passé, d'une mémoire à une autre, des arrière-pays à «World V», l'exploration romanesque des métamorphoses de notre temps.
CE QU'ILS VOULAIENT
Paris, été 2001
C'était une de ces discussions absurdes de deux heures du matin, quand les mégots débordent des cendriers, quand on ne se demande plus s'il est réellement indispensable d'ouvrir encore une bouteille de vin, et les trois amis demeurés après le départ des autres, qui en étaient à agiter la question de savoir si l'Europe est chrétienne ou pas, rapport au projet de Constitution et à l'éventuelle adhésion de la Turquie, passaient d'Habermas au Cratyle avec ces raccourcis fulgurants et ces intuitions décisives qu'on doit, paraît-il, à la suroxygénation du cerveau elle-même consécutive à l'abus des boissons fermentées, tandis que Nicolas Rubien, l'architecte, bien bourré lui aussi, expliquait pour la quatrième fois, de plus en plus véhément, l'importance décisive de l'invention (probablement par les architectes lombards) du contrefort extérieur, invention qui fait de l'église médiévale, quoi qu'on en dise, tout autre chose que la basilique romaine.
- Jésus avait dit «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église». Eh bien, eux, ils ont pris ça au premier degré, et ils ont inventé le contrefort.
- Nico, tu nous emmerdes avec ton contrefort.
- Vous ne comprenez rien à rien.
-... Et donc je vous rappelle tout de même, continuait Jean de Malars, l'historien fan de la monarchie capétienne, que c'est François Ier qui, en faisant alliance avec les Turcs (justement), inaugure une politique étrangère en quelque sorte sécularisée ou laïque...
Soudain, après leur départ, Nicolas n'eut plus sommeil. Il découvrit au pied du canapé une bouteille encore au tiers pleine, se resservit un verre et demeura avachi, à fumer.
Oui, il était indiscutable que l'invention (probablement par les architectes lombards) du contrefort extérieur, qui fait de l'église médiévale, quoi qu'on en dise, tout autre chose que la basilique romaine, est tout à fait décisive.
Il était tout aussi indiscutable que Louise avait eu et avait encore d'autres liaisons, là-bas à Fontainebleau.
L'année précédente, lorsqu'ils s'étaient retrouvés (on ne pouvait parler d'une rencontre, s'agissant d'une cousine qu'il connaissait depuis l'enfance), la chose lui eût été passablement indifférente : elle eût signifié que Louise était infidèle à un autre, et l'on ne se soucie guère d'une infidélité dont on est le bénéficiaire.
Mais c'était bel et bien dans le temps de leur histoire, et même au plus beau de celle-ci, au début de l'été, qu'une nouvelle rencontre avait eu lieu. Pour ne rien dire d'une autre liaison, plus ancienne, dont elle lui avait fait l'aveu à ce moment-là.
Il ne pouvait guère s'en étonner, non plus que s'en formaliser : ils n'avaient jamais eu besoin de longs débats pour considérer que leur avenir commun était limité. Qu'y avait-il entre eux ? Des dimanches ou des vacances d'autrefois, puis des années d'éloignement, le plaisir de se retrouver homme et femme dans l'indépendance de leur vie et de s'autoriser leurs désirs ; des souvenirs familiaux remémorés à deux, jusqu'à leur séjour clandestin, quelques semaines plus tôt, à Vernery-sur-Arre, dans la maison depuis longtemps désertée où avait régné leur grand-mère commune. Tout cela formait une construction singulière, plaisante comme les bêtises faites ensemble à dix ans, mais dont les éléments ne pouvaient sans doute pas demeurer longtemps utilisables. «Il y en a qui se font tout un roman; nous, on s'est fait une nouvelle érotique», lui avait-elle écrit dans un courriel.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2009 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia