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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Jean-Paul Brighelli
Préface : Laurent Lafforgue
Date de saisie : 08/01/2008
Genre : Education, Pédagogie
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Folio documents, n° 40
Prix : 7.40 € / 48.54 F
ISBN : 978-2-07-034286-0
GENCOD : 9782070342860
Sorti le : 06/09/2007
L'école se meurt, l'école est morte : enseignants ou parents, pédagogues et politiques, tous sont d'accord sur le constat. Le Savoir est lettre morte. La baisse de niveau généralisée a accentué l'inégalité des chances. L'ascenseur social est en panne. Les élèves eux-mêmes, peu flattés d'être désormais des «apprenants», et de décrocher un bac dévalué, souhaitent que l'on sonne la fin de la récréation. A bonne école... est un livre de propositions. Son objectif central est de réconcilier le diplôme avec la compétence, et avec la connaissance, afin que chacun aille au plus haut de ses capacités. Programmes et formations doivent désormais viser l'excellence, parce qu'il faut de nouveaux maîtres pour de nouvelles ambitions.
Aucune vaine polémique dans ce livre. Ni élitisme forcené, ni nostalgie exagérée : après La Fabrique du Crétin, Jean-Paul Brighelli a rassemblé les suggestions de ses lecteurs, pour que vive l'école. Normalien, agrégé de lettres, après trente ans d'expérience dans les établissements les plus divers, il a décidé de mettre sa colère au service de l'Éducation.
Extrait du préambule :
«Un jeune homme... traçons son portrait d'un seul coup de plume : figurez-vous don Quichotte à dix-huit ans...»
Une main se lève.
- M'sieur ! C'est quoi, donquichot ?
Le prof, qui, dans cette classe de première STT d'un grand lycée de province, pensait travailler sur le portrait du héros - d'Artagnan, en l'occurrence -, ne s'attendait visiblement pas à la question. Don Quichotte ne faisait-il plus partie des standards de la culture ? D'autant qu'ils sont tous hispanisants, que l'on sort d'une année de célébration de la publication, en 1605, du roman de Cervantès, que leur prof d'espagnol ne peut avoir manqué de...
- Don Quichotte, dit-il. Le Chevalier à la triste figure... L'homme qui attaquait les moulins...
Il croit habile de passer par un autre standard de la culture populaire.
- Tenez, dans Astérix en Hispanie, les deux Gaulois rencontrent don Quichotte, suivi de son fidèle Sancho Pança... Et quand on lui parle de moulins, il rugit : «Des moulins ? À l'attaque !»
Gag. Humour très Goscinny...
Il pourrait aussi bien parler de la Lune.
À vrai dire, il flirte depuis le début de l'heure et de l'année avec l'illégalité pédagogique. On n'étudie pas de roman en classe de première, c'est interdit par les programmes. Et pas de XIXe siècle, c'est réservé aux «petits» de seconde, ceux qui ne peuvent comprendre les subtilités de Rabelais ou de Racine dont se délectaient leurs homologues vingt ans auparavant. Alors, pensez, un récit de plus de huit cents pages ! Même si c'est le roman français le plus traduit dans le monde... Cela a de quoi défriser le premier inspecteur qui passe...
Deux jours plus tard, ce même enseignant, décidé à tester le niveau réel de cette classe très ordinaire, concocta, en quelques photocopies et trois coups de ciseaux, un petit exercice d'évaluation culturelle - à partir d'Astérix. Les albums scénarisés par Goscinny regorgent d'allusions littéraires et historiques hilarantes - le «gag en plus», la touche surajoutée qui fait le génie de la série. Et il distribua aux élèves éberlués deux pages de petits dessins dont ils devaient identifier les références...
Bide complet. Ni les clins d'oeil, constants, à l'histoire latine («Toi aussi, mon fils») ou française (le «sommeil d'Osterlix» dans Astérix en Corse), ni le démarquage de Hugo dans Astérix chez les Belges, ni les allusions à Pagnol (Le Tour de Gaule d'Astérix), ni même Autant en emporte le vent (Le Combat des chefs) ne furent compris. Au terme de dix ou douze ans de scolarité, ces lycéens sympathiques, ignorants jusqu'au bout des ongles, vaguement conscients de leurs lacunes mais déjà fatalistes, au demeurant les meilleurs fils et filles du monde, ne pouvaient comprendre aucune des fines allusions semées dans les pages d'une série célèbre qui, de 1961 à 1977 (le décès de Goscinny marque le glas de la série), a fait la joie des petits et des grands. Et qu'ils avaient lue, pour la plupart.
Lue, vraiment ? Ou dont ils avaient simplement regardé les images ?
Savent-ils encore lire ?
Ce qui faisait hurler de rire les écoliers du baby-boom est devenu incompréhensible, trente ans plus tard. Ah, le progrès...
Devons-nous nous en étonner ? Devons-nous nous étonner que les propos tout pascaliens de Panoramix béat devant le nez de Cléopâtre, la parodie de Victor Hugo, passent inaperçus aujourd'hui ? L'année dernière, à l'oral du Capes de lettres, une candidate interrogée sur le texte même que l'album «belge» démarque avec humour («Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine...») affirma sans sourciller qu'il s'agissait d'une bataille gagnée par Napoléon III aux portes de Moscou... Comment en vouloir à des gamins dont la scolarité a été si soigneusement mitonnée, depuis quinze ou vingt ans, par tant de vrais Pédagogues ?
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