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14 femmes : pour un féminisme pragmatique

Couverture du livre 14 femmes : pour un féminisme pragmatique

Auteur : Gaëlle Bantegnie | Yamina Benahmed Daho | Joy Sorman | Stéphanie Vincent

Date de saisie : 07/01/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : La petite collection

Prix : 11.50 € / 75.44 F

ISBN : 978-2-07-078688-6

GENCOD : 9782070786886

Sorti le : 26/10/2007

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Nous sommes nées dans les années 70 et féministes à la fin des années 2000. Le féminisme, drôle de mot. Au choix : ringard, inutile, aigri, sectaire. Pas vraiment à la mode. Aujourd'hui on dit «parité», plus neutre, moins agressif.
Mais le féminisme est toujours d'actualité; si on veut bien le récupérer, le réformer et l'activer. C'est ce que proposent ces 14 portraits de femmes, connues et inconnues. Comment les femmes vivent, dans le détail, au quotidien, est la seule question qui mérite d'être posée, la seule à laquelle on puisse répondre. Le reste n'est que vanité des discours, stérilité des jugements, théories désincarnées. Nous proposons donc, à rebours des pensées victimaires et de la morale culpabilisatrice, un féminisme joyeux, démocratique et pragmatique qui considère qu'il n'y a que des situations, et des femmes qui les prennent à bras-le-corps.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Grisélidis Real, féminisme initiatique

Grisélidis Real est morte le 31 mai 2005, des suites d'un cancer. Quand cette information circule, je ne sais pas de qui on parle et pourquoi on en parle. En 2006, je prends Le noir est une couleur puis Les Sphinx et enfin Carnet de bal d'une courtisane. Je lis Grisélidis Real et j'oublie qu'elle est morte. Je la lis comme une vivante précisément parce que, dans ses livres, je la vois qui vit, aventurière et engagée, sur le trottoir, dans un café, une caravane, un hôtel, une maison, une voiture, un lit d'hôpital... Je la lis comme une vivante parce qu'elle parle de lieux que je ne fréquente pas, de milieux que je ne connais pas, d'une voix combative et chaleureuse. Grisélidis Real raconte son métier : putain. Je veux savoir pourquoi et comment cette putain défend son métier. Et je comprends vite qu'elle défend une lutte plus féministe et plus musclée que les discours contre la prostitution que j'avais entendus jusque-là. Il faut dire qu'on habitue davantage les filles aux propos prohibitionnistes qu'au refrain de punk-rock américain : You think I sell my body, I merely sell my time. I ain't no Cinderella and I ain't wainting for no prince.
Le premier livre que je lis de Grisélidis Real : Le noir est une couleur. Récit sauvage et lyrique, que toutes les filles devraient avoir lu avant d'être des femmes, pour en devenir une. Pour apprendre la vie, sa cruauté, sa dureté. Pour apprendre à tomber, à pleurer, à morfler, à aimer, à se battre - parce qu'on l'apprend toujours un peu plus tard que les garçons. Avec Grisélidis, pas de théorie docile, pas d'assurance-vie. Les voies qu'emprunte Grisélidis Real sont audacieuses, périlleuses : elles mènent loin, très loin des chantiers balisés par un féminisme traditionnellement frileux, tellement protecteur. Je n'attendais que ça, qu'on soutienne que tous les modes de vie sont des propositions d'émancipation, pour peu qu'on veuille bien arrêter de les hiérarchiser sur l'échelle de la dignité. J'attendais qu'on apporte les preuves que la prostitution peut être un travail libre et social, qu'on en parle au présent, qu'on dise «Je». J'attendais qu'on affirme : «La prostitution est un acte révolutionnaire, je prends maintenant mon plaisir où je le trouve, ayant enfin débarrassé mon corps et mon esprit de tous ces vieux tabous : "pureté", fiançailles, mariage, fidélité - à quoi ? à qui ? à la poubelle éducative...»
J'ai approché Grisélidis Real parce que j'avais besoin d'un féminisme pragmatique, d'un discours direct. Pas seulement d'un héritage de lois garantissant l'égalité des sexes. Le principe d'égalité ne vaut que s'il permet une émancipation réelle, si la morale cesse définitivement de réglementer la place sociale et politique des femmes. Quand G. Real défend la légalisation de la prostitution, elle dénonce surtout les moeurs qui légitiment la répression et précarisent le travail des prostituées. Personne ne veut l'entendre. Tout le monde sait pourtant qu'il n'est pas d'émancipation effective sans abolition de certaines valeurs morales. Voyez la contraception. Voyez l'IVG.
Je ne sais pas si j'étais féministe avant de lire ses textes mais j'ai été tentée de le devenir après avoir connu son existence. J'ai infiltré le camp de Grisélidis Real parce qu'elle propose de débattre de la question du corps féminin. Est-ce que je suis libre de mon corps ? de mon argent ? de mon temps ? de mon espace ? de mes gestes ? de mes parades ? Grisélidis a toujours répondu oui. Ses récits prouvent qu'il est possible d'engager sa liberté dangereusement et surtout, sans honte ni culpabilité.
Parce que Grisélidis, en racontant la prostitution, expose les enjeux fondamentaux d'une lutte féministe moderne : «Je me PROSTITUE - Pour ma liberté présente et future - Pour que ma vie explose dans un chatoiement périssable et superbe - Je ne veux pas de vos attaches, de vos pièges, de vos chantages, de vos contrats et de vos aumônes - Je veux me lever et me coucher quand je veux - Je veux vous faire bander QUAND JE VEUX - Vous éjaculerez quand je veux - Vous me ferez jouir quand je veux - Et vous me paierez - Le plaisir que je donne est très cher - Je suis votre Maîtresse-courtisane - Et vous êtes mes valets - Je revendique ma prostitution comme une DÉLINQUANCE.»


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