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Auteur : Franz Bartelt
Date de saisie : 27/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Dilettante, Paris, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84263-149-9
GENCOD : 9782842631499
Sorti le : 01/02/2008
J'ai trouvé ce livre très drôle, ironique et moqueur à souhait. Je me suis régalée à lire des passages parlant du maire et du conseil municipal. Je me suis aussi régalée avec les rencontres ateliers couture de ces dames du village. Bartelt fait des portraits de ces dernières très comiques. Bref la vie d'un village dans ce qu'elle peut avoir de plus pittoresque et risible.
Et ce couple hors du commun. Pourquoi les surnomment-on "les Capouilles" ? Qui sont-ils ? Que cachent-ils derrière leur pauvreté et leur crasse ? Tous les habitants du village vont vouloir leur venir en aide. Vont-ils bien faire ?
Le passage où l'on découvre le secret de ce couple est surprenant. Joliment surprenant.
J'ai passé un très bon moment de lecture avec ce livre.
La scène est quelque part, à savoir Cons-sur-Lombe, le plus quelque part de tous les quelques parts. On y note un maire, monsieur Balbe, ivre de modernisme urbain, flanqué d'une pieuse et quinteuse moitié, et les Boulu, Mortimer et Constance, dits les Capouilles, gens de peu, bons à tout : tailler les haies, dératiser. Entêtante, l'idée d'arracher les Capouilles à Dame Pauvreté, de leur enseigner l'eau, l'optimisme hygiénique, de les insérer dans la «Belle Maison», taraude les bien-pensants Consiens. Mais les Capouilles tirent ailleurs; d'autant qu'ils célèbrent la nuit, aux confins de leur terrier, des rituels fantasques, inconnus de tous, pure poésie. Néanmoins, une célébration carnavalesque de la réinsertion sociale est mise en route pour fêter le retour des Capouilles au pays du tout-à-l'égout et de la tolérance heureuse. Balbe convainc le curé de goupillonner le havre de paix, un journaliste d'honorer d'une colonne ce grand moment. La fiesta a lieu qui voit les Capouilles brossés, ravalés, peignés, kärchérisés, prendre possession d'une enfin digne demeure. Las ! «Mon mal vient de plus loin»...
Franz Bartelt est né au bord de la Seine de Maupassant, a grandi au bord de la Vence de René Daumal et vit au bord de la Meuse d'Arthur Rimbaud. Sans doute est-ce pourquoi il a développé un certain respect pour l'eau qui coule, le goût de la littérature qui en découle et le regret, à mesure qu'il prend de la bouteille, de n'avoir pas vu le jour dans des régions viticoles.
Il est l'auteur d'une dizaine de romans chez Gallimard.
Avec près de deux mille habitants, une place équipée de sept bancs de couleur, d'un jet d'eau et d'un abribus pourvu d'un plan de la commune, avec également une salle des fêtes de dimensions respectables, une église remarquable pour des raisons mystérieuses, des barbecues municipaux ouverts à tous et des toilettes publiques à participation de l'usager, Cons-sur-Lombe était un village qui se donnait des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières que rappelaient, devant la mairie, quelques anciennes machines agricoles, désormais exposées sur des socles de béton : «Afin que nul n'en ignore», disait le maire, M. Balbe, un homme qui aurait pu être communiste, tant il avait le sens de la collectivité, mais qui s'était résigné à carriérer dans le centrisme pour faire plaisir à tout le monde, ce qui revient à peu près au même.
C'était ce qu'on appelle «un homme à idées». Sa générosité paraissait sans limites. Ses amis le comparaient volontiers et sans rire à saint Vincent de Paul. Il n'avait pas d'ennemis car, très fort en gueule et pesant plus de cent soixante kilos, il savait se faire respecter en s'imposant à l'heure de l'apéritif comme le meilleur buveur de boissons anisées d'un canton qui, en la matière, ne comptait pourtant que des champions. Sa devise ne manquait pas d'ambition : «Toujours plus et toujours mieux qu'ailleurs.» Elle l'exposait quelquefois à des déconvenues administratives de premier ordre. Par exemple, il aurait voulu doubler la surface du terrain de football.
«Avec un terrain plus long et plus large, et des buts en proportion, nous montrerions au monde entier que les Consiens sont des fameux joueurs, qu'ils courent plus vite et plus longtemps que les châtrés des autres équipes !»
Par mesquinerie sportive autant que par conformisme politique, les potentats du conseil général avaient fait obstacle au projet, et les footballeurs de Cons devaient se contenter d'un terrain, certes réglementaire, mais où leur talent se sentait à l'étroit.
«Sur un terrain adapté, même à six contre douze, on gagnerait ce qu'on voudrait !», soupirait Balbe à chaque fois qu'il repensait à cette histoire. Ses compagnons de comptoir abondaient dans son sens, car on ne contrarie pas un édile qui, bien souvent et de sa poche, règle l'ensemble des tournées.
Mme Balbe était une créature souffreteuse. Toujours entre deux maladies, elle vomissait à volonté, présentait des fièvres et des symptômes éruptifs qui renouvelaient sans cesse les thèmes de ses bavardages. On la considérait comme une femme courageuse. Elle ne pesait pas le tiers de ce que pesait son mari, et il y avait en elle une telle réserve de larmes qu'on pouvait tenir pour négligeable le poids cumulé de sa chair et de ses os.
En trente ans, elle avait perdu des hectolitres de sang, par tous les moyens que la nature met à la disposition de l'hémorragie. Ses récits hématiques, fidèlement rapportés à l'heure du porto et des biscuits, lui attiraient la sympathie de ses voisines et, en général, des autres femmes du village, qu'elle recevait aussi.
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