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Auteur : Gilbert Gatore
Date de saisie : 10/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : D'ailleurs
Prix : 18.50 € / 121.35 F
ISBN : 978-2-7529-0309-9
GENCOD : 9782752903099
Sorti le : 03/01/2008
Isaro, enfant d'Afrique adoptée en France, est une étudiante belle comme le jour qui voit son insouciance se fêler le jour où les nouvelles terrifiantes de son pays d'origine se mettent à tonner trop fort.
Niko est un simple d'esprit au corps aussi harmonieux que sa dentition est monstrueuse. Depuis la fin de la guerre civile qui a ravagé son village, il vit caché dans la grotte peuplée de grands singes qui surplombe le lac. L'une voudrait comprendre ce que l'autre souhaiterait seulement oublier... Deux personnages fragiles, facettes d'une même médaille, font vibrer ce magnifique premier roman : la victime et le bourreau, confrontés chacun à la question de la rédemption et de la renaissance.
L'écriture, éblouissante, épouse les contours de rêves aux couleurs aussi violentes que sensuelles et de contes ancestraux où des hirondelles trop fières d'elles paient du prix de leur vie les défis qu'elles lancent à de malheureux crapauds.
Gilbert Gatore est né en 1981 au Rwanda. Durant la guerre, il entame un journal intime dont il doit se séparer au moment de fuir. C'est dans une tentative de reconstituer ce journal perdu qu'il se découvre amoureux des mots. Lauréat du Prix universitaire de la nouvelle et diplômé de Sciences Po puis HEC, il vit à Paris.
Il y a deux lignes de récit dans cette histoire qui se passe au Rwanda. Elles ne sont ni exactement parallèles, ni convergentes, mais peut-être complémentaires. La première est celle d'un assassin qui a massacré des dizaines de personnes dont sans doute sa propre famille. La seconde est celle d'une jeune fille dont les parents et la grande soeur ont été exterminés, elle-même a été miraculeusement épargnée et miraculeusement recueillie. Niko, l'assassin, est un jeune homme innocent, presque pur, et pourtant sanguinaire. La jeune rescapée (elle n'est pas nommée) a tout perdu quand elle était toute petite, elle a ensuite eu la chance de trouver des parents aimants et intelligents qui ont fait d'elle une petite Française, pas moyenne mais douée, heureuse. L'un et l'autre traversent un long moment de survie et d'oubli, jusqu'au jour où chacun se retrouve avec le passé devant soi, bouchant l'horizon.
Survivant de la tragédie rwandaise, Gilbert Gatore publie à 26 ans un premier roman fort qui pose avec délicatesse et courage des questions universelles Il est des romans qui comptent peut-être moins par ce qu'ils racontent que par les questions qu'ils posent...
C'est bien un écrivain qui naît et s'exprime dans ces pages à la maîtrise exceptionnelle. Dans une concision catégorique, il n'est pas un mot qui n'ait été pesé et mesuré...
Le Passé devant soi fait partie de ces livres qui ouvrent des brèches, vertigineuses, dans les consciences. La lecture sera éprouvante, les premières lignes, qui sont celles d'un livre dans le livre, en avertissent le lecteur : «Ce voyage te sera peut-être insoutenable.» Le chemin, pourtant, mérite d'être parcouru, à la rencontre d'un questionnement sans fin et d'une jeune plume virtuose. De la première à la dernière ligne, le lecteur ne se départ pas d'une tension qui le hantera encore longtemps après avoir refermé le livre. Le Passé devant soi se présente comme le premier volet d'une série intitulée Figures de la vie impossible. Le jeune écrivain n'en a pas fini d'explorer d'autres lieux et d'autres temps, mais toujours le même terrain, sombre et inquiétant, de la nature humaine.
«Que vaut-il mieux faire lorsque, sans aucun doute possible, il est trop tard ?», s'interroge l'auteur. Dédié à Coetzee, le livre se présente, pour ce qui concerne l'histoire de Niko, sous la forme de versets. Cette numérotation confère au texte un caractère biblique mais également un aspect d'étude scientifique qui désamorce l'émotion et suspend le jugement. On le lit comme un conte, sans repère géographique ni historique. Le récit d'Isaro s'ancre au contraire dans le présent. Il épouse la volonté de l'héroïne d'analyser et de comprendre. Les deux parties se complètent pour donner un ensemble parfaitement maîtrisé, qui force l'admiration.
Jamais le mot Rwanda n'apparaît dans ce premier roman d'une maîtrise impressionnante. Ce non-dit est une parole, assourdissante et apaisante. Une alternance de cris déchirants contre l'inconcevable et de chuchotements caressants contre l'indicible.
Précis et compassionnel, ce livre rend justice et pardonne. Tout en ouvrant les vannes, au nom de la liberté individuelle. Pour que le «passé devant soi» empêche le futur de rester à la traîne.
Présenter Le Passé devant soi comme un roman sur les massacres perpétrés au Rwanda, écrit par un survivant arrivé en France il y a dix ans avec ses parents, pour demander l'asile, serait exact mais injuste. Car Gilbert Gatore, qui est maintenant un jeune homme de 26 ans sur le point d'être diplômé d'HEC, est avant tout un écrivain. Une anecdote l'atteste qui vaut la peine d'être rapportée. En 1990 - il avait huit ans et venait de lire le Journal d'Anne Frank -, il se réjouit lorsque le conflit commença au Rwanda : lui aussi, il allait pouvoir écrire son journal de guerre ! Ce qu'il fit, méthodiquement, pendant quatre ans, jusqu'à ce que les événements obligent sa famille à fuir. À la frontière zaïroise, on lui confisqua le maigre bagage où il cachait ses six précieux carnets de notes. Aujourd'hui, il n'a pas peur de dire que, sur le moment, cette dépossession le fit plus souffrir que les horreurs qu'il avait traversées. Dès lors, d'ailleurs, il n'eut de cesse de recomposer son journal. S'escrimant à reconstituer par l'écriture la force des émotions enfuies, il effectuait alors, à l'âge de douze ans, son premier travail d'écrivain. Sachant cela, on est moins étonné de la maturité littéraire que révèle le premier roman qu'il publie.
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