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La partie espagnole

Couverture du livre La partie espagnole

Auteur : Charles Cumming

Traducteur : Johan-Frédérik Hel Guedj

Date de saisie : 31/12/2007

Genre : Policiers

Editeur : Ed. du Masque, Paris, France

Collection : Grands formats

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-7024-3283-9

GENCOD : 9782702432839

Sorti le : 03/01/2008

  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Exilé par nécessité - à la suite d'une opération qui a mal tourné, son employeur, le MI6 britannique, l'a lâché - Alec Milius se terre à Madrid. Un emploi de façade, plusieurs passeports et autant de téléphones mobiles, une maîtresse clandestine et l'oeil fixé en permanence sur son rétroviseur : tous les symptômes de la paranoïa sont là, cet homme est bien un espion, quoique sans mission. La disparition d'un industriel basque membre de l'ETA offre à Alec l'occasion de reprendre le collier. Les vieux réflexes se réveillent et, entre l'obsession de la trahison et l'adrénaline à flux constant, c'est toute une joie de vivre - dangereusement - qui lui revient. Mais s'aventurant seul, sans soutien, dans une partie où le gouvernement espagnol, la CIA et le SIS sont impliqués, Alec fera-t-il le poids ?

Cette intrigue d'une vertigineuse perversité, telle une succession de feintes sur un échiquier, a suscité l'enthousiasme unanime de la critique britannique. La partie espagnole est cité par Peter Millar, du Times, parmi les six meilleurs romans d'espionnage écrits à ce jour, juste après La Taupe de John LeCarré.

Né en 1971 en Ecosse, Charles Cumming a fait ses études à Eton et à l'université d'Edimbourg avant d'être contacté par les services secrets britanniques. Il a vécu à Montréal, puis à Madrid. Il signe des critiques littéraires dans The Mail on Sunday. Son prochain roman est situé en Chine.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Exil

La porte qui donne accès à l'intérieur de l'hôtel est déjà ouverte et je la franchis pour entrer dans un hall large et bas de plafond. Deux adolescents sud-américains jouent au Gameboy dans un canapé près de la réception, ils se la coulent douce, dans leurs baskets à cent dollars, pendant que papa règle la note. Le plus âgé des deux lâche une bordée de jurons en espagnol, puis il coince son frère d'une clef à l'épaule et le fait grimacer de douleur. Un serveur qui passe par là les toise et vide le cendrier de leur table, non sans un haussement d'épaules. Il règne ici une atmosphère d'apathie généralisée, celle du temps qui s'écoule sans but, cette accalmie de la fin de l'après-midi avant l'heure de pointe.
- Buenas tardes, señor.
La réceptionniste a les épaules larges et le cheveu d'une blondeur artificielle, et moi, je joue le rôle du touriste, sans consentir le moindre effort pour lui parler en espagnol.
- Bonjour. J'ai une réservation chez vous pour aujourd'hui.
- À quel nom, monsieur ?
- Alec Milius.
- Oui, monsieur, en effet.
Elle se baisse et tape quelque chose sur un clavier. Ensuite, un sourire, un petit signe de tête en guise d'acquiescement, et elle note les renseignements me concernant sur une petite fiche cartonnée.
- La réservation a été effectuée sur Internet.
- C'est exact.
- Puis-je voir votre passeport, monsieur, je vous prie ?
Voilà cinq ans, presque jour pour jour, j'ai passé ma première nuit à Madrid dans cet hôtel. Jeune espion industriel de vingt-huit ans, je m'étais enfui d'Angleterre avec cent quatre-vingt-neuf mille dollars répartis sur cinq comptes bancaires différents, je voyageais avec trois passeports et un faux permis de conduire britannique en guise de papiers d'identité. À cette occasion, j'avais remis à l'employée de la réception un passeport lituanien qui m'avait été délivré à Paris en août 1997. L'hôtel a pu en conserver la trace dans sa base informatique, c'est donc celui que j'utilise.
- Vous êtes originaire de Vilnius ? me demande la blonde.
- Mon grand-père y est né.
- Bien, petit déjeuner de 7 h 30 à 11 heures, inclus dans le tarif. Vous serez seul à séjourner chez nous ?
Elle m'a déjà posé la question, mais elle semble avoir déjà oublié.
- Seul.
Mon bagage se compose d'une valise remplie de vieux journaux et d'une serviette en cuir qui contient quelques affaires de toilette, un ordinateur portable et deux de mes trois téléphones mobiles. Nous ne prévoyons pas de rester dans la chambre plus de quelques heures. On appelle un porteur, à l'autre bout de la réception, et il m'accompagne aux ascenseurs, situés dans le fond. Il est petit, hâlé et cordial, à la manière des employés mal payés qui ont grand besoin de toucher un pourboire. Son anglais est rudimentaire, et il est tentant de passer à l'espagnol, rien que pour rendre la conversation plus animée.
- C'est votre première visite à Madrid, monsieur ?
- La deuxième, en réalité. Je suis déjà venu il y a deux ans.
- Pour les corridas ?
- Pour affaires.
- Vous n'aimez pas la corrida ?
- Ce n'est pas ça. Seulement, je n'ai pas le temps. La chambre est située au milieu d'un long couloir à la Barton Fink, au troisième étage. Le porteur m'ouvre en se servant de son passe, une clef-carte au format d'une American Express, et dépose ma valise par terre. La lumière se commande par l'insertion de cette carte dans une étroite fente horizontale située à côté de la porte de la salle de bains, mais je sais d'expérience qu'une simple carte de crédit fonctionne tout aussi bien. Tout ce qui sera assez étroit pour actionner le déclic fera l'affaire. La chambre est de dimensions correctes, parfaitement adaptée à nos besoins, mais dès que je suis à l'intérieur, je me rembrunis, j'affecte un air désappointé, et le porteur se sent obligé de me demander si tout va bien.
- C'est simplement que j'avais précisé une chambre avec vue sur la place. Voudriez-vous voir avec la réception s'il serait possible d'en changer ?


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