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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Laurence Tardieu
Date de saisie : 12/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 15.50 € / 101.67 F
ISBN : 978-2-234-06045-6
GENCOD : 9782234060456
Sorti le : 03/01/2008
«Nous sommes le 21 juillet 2006. Il est vingt heures. Je m'appelle Alice Grange. J'ai trente ans. Gérard Oury est mort hier. Tout cela est certain. Vérifiable. Le réel. Je marche vers un homme que je ne connais pas. Ça encore, le réel. Cet homme a aimé ma mère. Ma mère a aimé cet homme. Je n'en suis déjà plus sûre. Cet homme va me parler de ma mère. Je ne sais pas. Je vais retrouver quelque chose de ma mère. Je ne sais pas.
Les choses les plus importantes sont-elles celles que l'on sait, ou celles que l'on cherche ?
Je m'appelle Alice Grange. J'ai trente ans. Je cherche ma mère.»
Laurence Tardieu est née en 1972 à Marseille. Elle est l'auteur de Comme un père (Arléa, 2002), Le Jugement de Léa (Arléa, 2004, prix du roman des libraires Leclerc) et Puisque rien ne dure (Stock, 2006, prix Alain-Fournier).
Alice Grangé n'est que vide, que manque, un tourbillon d'incertitudes et d'interrogations qui occupent tout l'espace intérieur de la jeune femme. «Je m'appelle Alice Grangé. J'ai trente ans. Je cherche ma mère.» Ainsi décline-t-elle son identité : un nom, un âge, une absence. La forme interrogative est omniprésente dans ce récit écrit à la première personne. Après avoir fait de la disparition d'un enfant la trame de précédents romans, Laurence Tardieu s'intéresse cette fois à l'absence des parents, réelle ou symbolique. Tout en retenue, le roman d'Alice est un hymne d'amour pour la disparue, mais aussi, en creux, pour ce père silencieux, apparemment si froid, à qui elle n'a pas su dire ce qu'il représentait pour elle. Y compris sur son lit de mort. «Je le regarde s'avancer, mon père, seul dans la neige, le dos légèrement voûté, le regard gris tourné vers le ciel, mon père, que j'aime», raconte Alice. Les larmes ne sont jamais loin, mais la tête se détourne pour que nul n'en soit témoin.
Variations sur l'amour filial, maternel ou conjugal à l'épreuve d'un drame, d'un deuil, d'une disparition... Depuis Comme un père (Arléa, 2002), son premier roman - qui peut se lire comme le miroir inversé de Rêve d'amour -, les livres de Laurence Tardieu s'éprouvent dans la douceur poignante d'une mélodie qui enveloppe autant qu'elle étreint. Portée par la grâce d'une écriture épurée et juste, la romancière a su parer cette mélodie d'une lumière nouvelle, plus vive et plus intense. Comme celle, blanche et presque aveuglante, qui semble entourer Alice, la narratrice de son nouveau et très beau récit (dont le titre est emprunté au Nocturne no 3 de Liszt). Un Rêve d'amour dans lequel la romancière s'interroge avec acuité sur l'amour, l'absence, la mémoire, l'identité, mais aussi l'écriture.
À travers des questions concernant une mère disparue, Laurence Tardieu, l'auteur de «Puisque rien ne dure» publie un roman fort sur les dégâts du silence et la quête de soi. Il y a beaucoup de points d'interrogation dans le récit de Laurence Tardieu. Et, pourtant, avec des questions de nombreuses questions laissées sans réponse, la jeune femme réussit à bâtir un roman puissant, par la seule force de son style.
Dites-moi comment elle était. Dites-moi la couleur de ses yeux lorsqu'elle vous regardait, lorsque vous la regardiez, lorsque vous la désiriez. Dites-moi la façon qu'elle avait de s'abandonner, de vous dire oui, de vous dire au revoir. Arrivait-elle en avance à vos rendez-vous ? En retard ? Que disait-elle alors ? Etait-elle douce ? Comment s'habillait-elle ? Etait-elle sensuelle ? Heureuse ? Fragile ? Comment avez-vous compris qu'elle vous aimait ? Quel a été l'instant précis où vous l'avez su ? Quels ont été vos premiers mots d'amour ? De quoi parliez-vous ? D'elle ? De vous ? De moi ? De la vie que vous rêviez d'avoir ensemble ? Comment était son corps ? Émouvant ? Généreux ? Faisiez-vous souvent l'amour ? Sa peau était-elle douce ? Comment était sa voix ? Son amour pour vous la rendait-il joyeuse ou triste ? Quelles étaient ses caresses ? Où aimiez-vous aller ensemble ? Marchiez-vous dans Paris ? La preniez-vous dans vos bras ? Comment vous embrassait-elle ? Vous écrivait-elle des lettres ? Vous parlait-elle de mon père ? A-t-elle peint pour vous ? Qu'avez-vous conservé d'elle ? Quels étaient ses mots d'amour ? Avez-vous souffert ensemble ? Avez-vous connu la joie ?
Est-ce que je lui ressemble ?
Je ne peux pas dormir. Je ne peux pas dormir, je pense à elle, je pense à lui, mon corps entier est habité par eux, par le rêve que j'ai d'eux, leurs deux corps ensemble, leur rire et leur insouciance, c'est quelque chose qui m'emporte et qui m'étreint, une douleur et un plaisir, ils sont là et ils ne sont pas là, et tant d'absence me dévore, cet homme et ma mère, cet homme que je peux rencontrer si je le veux, il suffit de presque rien, ouvrir un annuaire, chercher l'adresse, m'y rendre, sonner, attendre que l'homme m'ouvre, et ma mère que j'ai perdue avant de l'avoir assez étreinte, mais étreint-on jamais assez une mère, si elle n'était pas morte peu après que se serait-il passé, que seraient-ils devenus, que serais-je devenue, que serait devenu mon père, on ne sait rien de la vérité d'un amour. Oui, je ferme les yeux et c'est un couple qui danse, le couple fantôme d'une femme et d'un homme, je les regarde tournoyer et je reste immobile, ils sont beaux, ils sont heureux, ils dansent très lentement, je crois que ma mère rit, je n'ose pas m'approcher, je n'ose pas leur demander de me regarder, de ne pas m'oublier, de m'inviter à leur danse, j'imagine leurs coeurs emplis d'amour, leur bonheur, comment pourraient-ils penser aux autres, à moi, ils s'aiment, voilà tout, ils s'aiment et le reste n'a aucune importance, le reste n'existe plus, je les regarde s'aimer, je pense qu'ils ont une chance rare, je pense que ma mère a eu raison, je pleure en silence, je suis triste et heureuse, je me demande ce que je suis, moi, à pleurer sur des fantômes, où est ma vie, où passe ma vie, trente ans déjà, trente ans à courir après des fantômes, trente ans à chercher celle dont je ne me remets pas de la disparition, trente ans à ne pas trouver les mots devant celui qui est resté. Il faudra bien, un jour, que je commence quelque chose, que je cesse de me laisser traverser par des absences, que je vive ma vie, comme me le répète Hannah, mais commencer quoi, vivre quoi ? Je ne sais plus où sont mes désirs, mes désirs sont assiégés par mes absences, j'aimerais, moi aussi, avoir le coeur brûlé d'amour, j'aimerais m'abandonner, j'aimerais me perdre.
Je regarde ma montre : il est cinq heures et demie du matin. Je n'ai pas dormi. Par la fenêtre entrouverte, je vois le jour se lever. Pourquoi parle-t-on de «nuit blanche» ? Ma nuit n'a pas été blanche, elle a été pleine d'images et de couleurs, d'ombres et de lumières. J'aurais aimé, pourtant, qu'il y ait des blancs, des silences, des vides, afin que je puisse m'échapper, fuir dans le sommeil, mais cela n'a pas été possible, on ne choisit pas toujours les issues qui mènent au vide, ma nuit n'avait pas d'issue, ma nuit était peuplée, ma nuit était un éblouissement.
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