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.. Paroles de poilus, paroles de paix : coffret deux albums

Couverture du livre Paroles de poilus, paroles de paix : coffret deux albums

Auteur : Jean-Pierre Guéno | Jérôme Pecnard

Date de saisie : 18/10/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Les Arènes, Paris, France | Tallandier, Paris, France

Collection : Paroles de...

Prix : 39.80 € / 261.07 F

ISBN : 978-2-35204-041-5

GENCOD : 9782352040415

Sorti le : 18/10/2007

  • Les présentations des éditeurs : 09/12/2007

Deux albums de mémoire vivante à partir des manuscrits conservés par les auditeurs de Radio France, ces deux ouvrages rassemblent les plus beaux textes, lettres et extraits de journaux intimes écrits depuis la boue des tranchées à l'heure de la pause et les réponses des familles et des enfants, à la plume Sergent-Major ou au crayon de couleur pour combler l'absence.


  • Les courts extraits de livres : 09/12/2007

Les saisons de l'âme

Il y eut d'abord les paillettes d'un siècle nouveau; le faste des expositions universelles; la course du progrès; la succession des dimanche calmes et sereins; la démarche chaloupée des apaches et les hanches des dactylos en goguette dans les guinguettes des bords de Seine, de Marne ou de Loire. Les excursions en montagne ou dans les villes d'eau, le temps d'un dimanche ensoleillé. La vogue des bains de mer; le temps toujours et encore, des robes longues, des épingles à chapeaux, des voilettes et des ombrelles qui protégeaient du soleil ; les premières fièvres du Métropolitain ; la magie des tramways. Odeur de rail et d'électricité.

Il y eut les formes de l'art nouveau, la mode des femmes tiges aux courbes végétales, qui commençaient à se délier et à se libérer de leurs corsets. Les Parisiennes portaient le chapeau large et le pied menu. Les hommes fumaient les premières Gauloises. Il y eut bien sûr des émeutes et des grèves : des électriciens, des fonctionnaires, des terrassiers, des postiers, des détenus de Clairvaux, des mineurs, des vignerons, des garçons de café, des chauffeurs de taxis. Les hommes voulaient construire et modeler leur destinée. Ils voulaient partager mieux les richesses du monde.

Il y eut le Montmartre des peintres et du Bateau-Lavoir; les premiers meetings aériens; les inondations de Paris; le passage de la comète de Halley; l'apparition des premiers tangos ; les premiers music halls ; l'inauguration du Vél d'Hiv et du Gaumont Palace; le vol de la Joconde; la fin de la bande à Bonnot; la publication de la Guerre des boutons; la rencontre d'Yvonne de Quiévrecourt et d'Alain-Fournier sous les arbres du Cours la Reine, l'édition du Grand Meaulnes qui manqua de si peu le prix Goncourt; l'apparition des premières cabines téléphoniques ; l'électrification du chemin de fer ; les premières cartes Michelin ; la mode des casquettes et des canotiers ; l'invention de l'espéranto.
C'était la paix. La promesse d'une aube nouvelle, l'insouciance de l'été, la quiétude des champs des blés parsemés de bleuets et de coquelicots qui attendaient la faux du moissonneur ou le couteau de la batteuse.

Ils avaient dix-sept, vingt-cinq ou trente ans. Beaucoup portaient le cheveu court et la moustache. Beaucoup avaient les mains et la nuque parcheminées du laboureur, les doigts usés de l'ouvrier, les ongles cassés du tourneur ou du mécanicien. Il y avait des palefreniers, des arpen­teurs, des boulangers, des maîtres d'hôtel, des garçons de bureau, des clercs de notaire, des charcutiers, des instituteurs, des colporteurs, des rédacteurs, des vachers, des portefaix, des bergers, des prêtres, des rémouleurs, des cuisiniers, des taillandiers, des commis, des chauffeurs, des valets de pied, des étameurs, des livreurs, des chaudronniers, des crieurs de journaux, des garçons coiffeurs, des cheminots, des garçons de café, des facteurs, des intellectuels, des ouvriers, des bourgeois, des aristocrates et des bourreliers...

Il y eut soudainement des civils, des militaires de carrière, des conscrits, des réservistes, des artilleurs, des marins, des fantassins, des zouaves, des aviateurs, des sapeurs, des brancardiers, des agents de liaison, des télégraphistes, des sous-officiers, des sous-mariniers, des infirmiers, des cuistots, des adjudants, des généraux, des sous-lieutenants, des aumôniers, des cantiniers, des cavaliers, des bleus, des rappelés, des permissionnaires... Il y eut soudainement des poilus.


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