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Auteur : Mathias Malzieu
Date de saisie : 16/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Flammarion, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-08-120816-2
GENCOD : 9782081208162
Sorti le : 24/10/2007
La plume de Mathias Malzieu est poétique, onirique, philosophique, sensible et tendre. De plus cette petite pointe d'humour qui s'y ajoute donne à son écriture un style particulier que j'aime beaucoup.
Entrer dans ce roman, c'est entrer dans une histoire d'amour magnifique. Celle de deux adolescents, Jack et Miss Acacia. Aucune niaiserie, non ! Que de l'amour dans ce qu'il a de plus beau, de plus dur aussi parce qu'il peut faire délicieusement mal mais aussi horriblement souffrir. Aimer l'autre c'est aussi accepter ce qui fait qu'il est un être à part. Accepter sa différence.
Ce coeur horloge qu'on lui a greffé à la naissance est une représentation parfaite des sentiments amoureux. On lui a toujours dit que c'était dangereux pour lui si il s'emballait. Que ses engrenages ne le supporteraient pas. Et pourtant il ne pourra pas maîtriser cette mécanique. Qui le pourrait ? Quand l'amour arrive...
Ce livre est très beau et émouvant. On vit entre ses pages de doux moments.
"Cette nuit, je vais grimper à la lune, m'installer dans le croissant comme dans un hamac et je n'aurai absolument pas besoin de dormir pour rêver."
Edimbourg, 1874.
Jack naît le jour le plus froid du monde et son coeur en reste gelé. Mi-sorcière mi-chaman, la sage-femme qui aide à. l'accouchement parvient à sauver le nourrisson en remplaçant le coeur défectueux par une horloge. Cette prothèse fonctionne et Jack vivra, à condition d'éviter toute charge émotionnelle : pas de colère donc, et surtout, surtout, pas d'état amoureux. Mais le regard de braise d'une petite chanteuse de rue mettra le coeur de fortune de notre héros à rude épreuve prêt à toit pour la retrouver, Jack se lance tel Don Quichotte dans une quête amoureuse qui le mènera des lochs écossais jusqu'aux arcades de Grenade et lui fera connaître les délices de l'amour comme sa cruauté.
Conte désuéto-moderne mâtiné de western-spaghetti, La Mécanique du Coeur vibre d'une rugueuse force poétique où l'humour est toujours présent. Mathias Malzieu soumet aux grands enfants que nous sommes une réflexion très personnelle sur la passion amoureuse et le rejet de la différence, donnant naissance à un petit frère de Pinocchio qui aurait fait un tour chez les Freaks de Todd Browning.
Mathias Malzieu, leader du groupe de rock Dionysos, signe un roman onirique et envoûtant...
D'une écriture imagée, tendre et poétique, Mathias Malzieu signe un conte fantastique en forme de réflexion sur la mécanique des contes de fées et un CD portant le même titre, sorte de bande originale du roman. L'auteur de Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi excelle dans l'art de la description et des formules percutantes. Au fil des pages, on pense souvent à L'Étrange Noël de M. Jack de Tim Burton ou au Mirror Mask de Neil Gaiman et Dave McKean. Onirique, sombre et envoûtant.
Il neige sur Edimbourg en ce 16 avril 1874. Un froid de canard paranormal cadenasse la ville. Les vieux spéculent, il pourrait s'agir du jour le plus froid du monde. À croire que le soleil a disparu pour toujours. Le vent est coupant, les flocons plus légers que l'air. BLANC ! BLANC ! BLANC ! Explosion sourde. On ne voit plus que ça. Les maisons font penser à des locomotives à vapeur, la fumée grisâtre qu'exhalent leurs cheminées fait pétiller un ciel d'acier.
Edimbourg et ses rues escarpées se métamorphosent. Les fontaines se changent une à une en bouquets de glace. L'ancienne rivière, habituellement si sérieuse dans son rôle de rivière, s'est déguisée en lac de sucre glace qui s'étend jusqu'à la mer. Le fracas du ressac sonne comme des vitres brisées. Le givre fait des merveilles en pailletant le corps des chats. Les arbres ressemblent à de grosses fées en chemise de nuit blanche qui étirent leurs branches, bâillent à la lune et regardent les calèches déraper sur une patinoire de pavés. Le froid est tel que les oiseaux gèlent en plein vol avant de s'écraser au sol. Le bruit qu'ils font dans leur chute est incroyablement doux pour un bruit de mort.
C'est le jour le plus froid du monde. C'est aujourd'hui que je m'apprête à naître.
Cela se passe dans une vieille maison posée en équilibre au sommet de la plus haute colline d'Edimbourg - Arthur's Seat -, un volcan serti de quartz bleu au sommet duquel reposerait la dépouille de ce bon vieux roi Arthur. Le toit de la maison, très pointu, est incroyablement élevé. La cheminée, en forme de couteau de boucher, pointe vers les étoiles. La lune y aiguise ses croissants. Il n'y a personne ici, que des arbres.
A l'intérieur, tout est fait de bois, comme si la maison avait été sculptée dans un énorme sapin. On croirait presque entrer dans une cabane : poutres apparentes rugueuses à souhait, petites fenêtres récupérées au cimetière des trains, table basse bricolée à même une souche. D'innombrables coussins de laine remplis de feuilles mortes tricotent une atmosphère de nid. Nombre d'accouchements clandestins s'opèrent dans cette maison.
Ci-vit l'étrange Docteur Madeleine, sage-femme dite folle par les habitants de la ville, plutôt jolie pour une vieille dame. L'étincelle dans son regard est intacte, mais elle a comme un faux contact dans le sourire.
Docteur Madeleine met au monde les enfants des prostituées, des femmes délaissées, trop jeunes ou trop infidèles pour donner la vie dans le circuit classique. En plus des accouchements, Docteur Madeleine adore réparer les gens. Elle est la grande spécialiste de la prothèse mécanique, oeil de verre, jambe de bois... On trouve de tout dans son atelier.
En cette fin de XIXe siècle, il n'en faut guère plus pour être soupçonné de sorcellerie. En ville, on raconte qu'elle tue les nouveau-nés pour s'en faire des esclaves ectoplasmiques et qu'elle couche avec toutes sortes d'oiseaux pour donner naissance à des monstres.
Pendant le long travail de contraction, ma très jeune mère observe d'un oeil distrait flocons et oiseaux se casser silencieusement la gueule par la fenêtre. On dirait une enfant qui joue à être enceinte. Sa tête est pleine de mélancolie ; elle sait qu'elle ne me gardera pas. Elle ose à peine baisser les yeux sur son ventre prêt à éclore. Alors que mon arrivée se fait pressante, ses paupières se ferment sans se crisper. Sa peau se confond dans les draps comme si le lit l'aspirait, comme si elle était en train de fondre.
Elle pleurait déjà en escaladant la colline pour arriver ici. Ses larmes glacées ont rebondi sur le sol telles les perles d'un collier cassé. À mesure qu'elle avançait, un tapis d'étincelants roulements à billes se formait sous ses pieds. Elle a commencé à patiner, puis a continué encore et encore. La cadence de ses pas est devenue trop rapide. Ses talons se sont emmêlés, ses chevilles ont vacillé et elle a chuté violemment en avant. À l'intérieur, j'ai fait un bruit de tirelire cassée.
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