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Traducteur : Jean-Pierre Diény
Date de saisie : 29/11/2007
Genre : Poésie
Editeur : Michalon, Paris, France
Collection : Encre marine
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-84186-416-4
GENCOD : 9782841864164
Sorti le : 29/11/2007
LA poésie paysagiste, créée par la Chine une bonne quinzaine de siècles avant la nôtre et qui déploya jusqu'à aujourd'hui ses merveilleuses frondaisons sur un unique tronc nourricier, n'ont été retenues ici que ses formes les plus denses, le quatrain et le huitain. Pour tourner autant que faire se peut les obstacles qui s'opposent à leur difficile transposition, le traducteur a choisi de «voler» des poèmes, comme disait Claude Roy, auxquels leur simplicité, leur dépouillement et leur transparence ouvrent un accès immédiat. Ces courtes pièces célèbrent dans leur infinie variété «la montagne et l'eau» du marcheur et du voyageur, du rêveur et du peintre, de l'ermite et du moine.
Extrait de l'avertissement :
Ouyang Xiu (1007-1072), l'un des hommes de lettres les plus éminents de la dynastie des Song, écrivit un jour, entre autres réflexions sur la poésie :
Notre empire a connu autrefois neuf moines tenus dans le monde pour de bons poètes. Aussi publia-t-on à l'époque une anthologie intitulée «Poèmes des neuf bonzes», aujourd'hui disparue. Quand j'étais jeune, j'ai entendu beaucoup de gens en faire l'éloge. [...] En ce temps-là, un docteur appelé Xu Dong, excellent écrivain et savant distingué, réunit ces moines poètes, entre lesquels furent partagés des sujets de composition. La régie du jeu leur fut ainsi communiquée : «Défense d'utiliser ne serait-ce qu'un seul mot de la famille suivante : montagne, eau, vent, nuage, bambou, pierre, fleur, herbe, neige, givre, étoile, lune, bête, oiseau.» Sur quoi tous les moines déposèrent leur pinceau.
Cette plaisante comédie se passait au début des Song, au coeur de la période où s'épanouit la poésie paysagiste. Sans doute ces neuf moines, dans leurs temples reculés, s'adonnaient-ils avec prédilection à la peinture des monts et des eaux. Mais l'homme qui les prit au piège, Xu Dong, appartenait à un autre monde. Reçu au concours du doctorat en l'an 1000, fonctionnaire et spécialiste de l'un des classiques de la tradition confucéenne, il était prosateur plutôt que poète. Avec malice, il réduisit au silence ses invités, en leur interdisant de réemployer les matériaux bruts de son catalogue, dont il se doutait bien qu'ils ne pourraient se passer.
Voilà le lecteur prévenu : il trouvera peu de poèmes dans le présent recueil qui eussent échappé à la censure de Xu Dong ! C'est à un nombre limité d'objets que s'attache ce genre poétique, et la relative monotonie de son lexique peut paraître un léger handicap. Mais il y a plus grave. En travaillant à la transposition de ces pièces subtiles, le traducteur est bien obligé de s'avouer l'ampleur de la perte. Si je renonce aux savants commentaires, comment tiendrai-je compte à la fois de la lettre et de son au-delà, des réminiscences de la tradition et des allusions à l'actualité, des passions de l'auteur et des drames de son temps ? Comment ferai-je passer le rythme bref et fort du poème chinois dans notre langue encombrée d'outils grammaticaux ? Suis-je en droit de substituer à une musicalité complexe, étrangère à nos oreilles, la douce mélodie de la phrase française ? Enfin, difficulté suprême, peut-être insurmontable pour tout autre qu'un lettré chinois, comment percevoir et conserver le «ton» propre à chacun des grands poètes qui ont évoqué la montagne et l'eau ?
Pour tourner autant que possible ces obstacles, j'ai choisi de «voler» des poèmes, comme disait Claude Roy, auxquels leur simplicité, leur dépouillement, leur transparence, m'ouvraient un accès immédiat. Une sélection, somme toute, révélatrice des goûts du «passeur» que je suis, plutôt que de la grandeur du génie de la Chine, qui créa la poésie paysagiste une bonne quinzaine de siècles avant nous', puis la développa puissamment sous le nom de «poésie de la montagne et de l'eau», tel un arbre merveilleux, frondaisons largement déployées sur un unique tronc nourricier. Pour éviter l'écueil des allusions érudites qui auraient fait peser sur la traduction des pièces les plus longues un lourd appareil de notes, je m'en suis tenu à des formes brèves. Le quatrain, issu de l'antique strophe de quatre vers, a conquis peu à peu son autonomie à partir des débuts de notre ère et s'est épanoui pleinement, en compagnie du huitain de formation plus récente, sous les dynasties des Tang (618-906) et des Song (960-1279).
Xu Dong moquait l'apparente pauvreté en images des poètes de la nature. Mais en proscrivant leur bagage de lieux communs, il se privait de la magie de leur art qui naît de la variété des situations respectives du sujet et de l'objet. Entre les deux peut exister une distance : la montagne est diversement regardée, d'un oeil attentif, amusé, émerveillé, subjugué. Mais en sa présence le rêveur passe aisément de l'apaisement à l'oubli de soi, pour se perdre enfin au sein du grand tout.
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