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Auteur : Breyten Breytenbach
Traducteur : Jean Guiloineau
Date de saisie : 09/11/2007
Genre : Essais littéraires
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Un endroit où aller
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7427-7205-6
GENCOD : 9782742772056
Sorti le : 09/11/2007
Quel est le but de l'acte d'écrire, de la poésie, de la créativité en général ? L'auteur tente de répondre à ces questions dans ce texte très vivant. Il s'adresse à une lectrice imaginaire pour laquelle il écrit un "livre d'écriture". Réflexion intéressante et intelligente.
L'ETRANGER INTIME
Le poème est un hommage à tous ceux qui vivent au moment de le lire - parce qu'il est écrit au temps possible, pas au futur ni au futur imparfait (ni à l'avenir postérieur), mais au "perpétuel peut-être" : quand il fonctionne pleinement, il fournit une beauté exaltant la langue, et apparaît aussi aisé que l'eau qui sourd dans un puits. Et, curieusement, c'est comme toujours une épitaphe pour ceux qui sont trempés jusqu'aux os et assombris par un ancrage (encrage) à la mort aussi certaine et aussi éclairante que l'aube, ce sera une eau apaisée par le vent qui souffle de nulle part, attendant d'être troublée par l'aviron de Charon.
B. B.
Breyten Breytenbach est né en 1939 à Bonnieval, en Afrique du Sud. Banni de son pays natal, il mène un combat constant contre l'apartheid. Rentré clandestinement en Afrique du Sud en 1975, il est arrêté et condamné à neuf années de prison. Aujourd'hui citoyen français, il partage son temps entre Paris, New York et l'Afrique du Sud. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment, chez Actes Sud, Le Coeur-chien ("un endroit où aller", 2005).
LA POÉSIE EST LE SOUFFLE DE LA CONSCIENCE
ÉCOUTE, cette activité qu'on appelle poésie est un exercice d'imagination de la mémoire. Cependant, chaque poème était et sera une capsule de territoire dans le temps présent perpétuel, un vaisseau qui prend les couleurs toujours changeantes de la mer.
La poésie est le souffle de la conscience et elle en est la respiration. Je l'entends même au sens littéral, car sous le flot et le flux des vers se trouvent des "unités naturelles" de conscience, sculptées par le rythme, par le souvenir, par le mouvement qui atteint les limites du sens et de l'obscur. On peut l'illustrer en affirmant que le poème est une membrane, qui ondule, qui bat ; elle nous rappelle que nous sommes des organismes qui respirent en traduisant continuellement l'espace qui nous entoure, en nous traduisant continuellement dans les espaces du connu, et qui, ainsi, tracent des circonférences autour des lieux de l'inconnu. De cela, nous pouvons extrapoler que la pratique et l'exercice qui consiste à se souvenir/évoquer/ éveiller des événements et nous-mêmes conduisent tout naturellement à questionner les polarités de l'autre et du moi, à écrire (et désécrire) le moi, vers la réécriture du monde. Le bateau modifie l'eau. La poésie est aussi le vent du temps et par conséquent le mouvement et le chant de l'être. Un vieil ami poète - il arrive maintenant à la fin de sa vie et au froid de la mort, la terre vacille sous son pas mal assuré, il cache ses yeux derrière des lunettes teintées pour adoucir le regard éclatant (et peut-être exultant) de la Mort Chien qui renifle de plus en plus près - me disait l'autre jour que, quel que soit le souvenir ou la compréhension qu'il a de lui-même, du chemin et des routes parcourus, des mers franchies, de l'Histoire avec un grand H, il ne connaît que par la résonance d'une poignée de poèmes.
Si nous voulons savoir quel effet cela fait d'être vivant à n'importe quel moment de la longue odyssée de l'espèce, c'est vers la poésie que nous devons nous tourner.
STANLEY KUNITZ
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