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.. La princesse et le pêcheur

Couverture du livre La princesse et le pêcheur

Auteur : Minh Tran Huy

Date de saisie : 17/08/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France

Collection : Domaine français

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7427-6953-7

GENCOD : 9782742769537

Sorti le : 17/08/2007

Minh Tran Huy - 28/08/2008


René Caprioli - 08/11/07


  • Les présentations des éditeurs : 08/11/2007

Jamais un conte n'est vraiment innocent, ni tout à fait dénué de cruauté.
En la personne de Nam, jeune Vietnamien depuis peu réfugié en France, la narratrice croit reconnaître le prince charmant. Ils sympathisent, se revoient, se confient, s'inventent un territoire secret. Mais quelque chose éloigne les gestes de l'amour : le beau garçon la traite comme une petite soeur. A quelque temps de là, elle accompagne ses parents au Viêtnam, où ils retournent pour la première fois.
Devant elle, née en France, élevée et protégée comme une fille unique, le rideau se déchire. Les secrets affleurent, les rencontres dévoilent les tragédies qu'ont connues les siens. Que Nam a laissées derrière lui, peut-être... La Princesse et le Pêcheur dessine une vietnamité aussi réelle qu'impartageable, un pays immatériel que Minh Tran Huy imprègne d'une fausse candeur toute de retenue, qui cache une mélancolie profonde.
Elle y inscrit la présence de l'ami si difficile à retrouver, parce que l'Histoire est passée par là. Ou simplement le temps. Plus violent que les contes...

Née en 1979 et Clamart, Minh Tran Huy est rédactrice en chef adjointe au Magazine littéraire et chroniqueuse aux Mots de minuit, l'émission culturelle de Philippe Lefait (France 2). La Princesse et le Pêcheur est son premier roman.


  • Les courts extraits de livres : 29/11/2007

Quand j'étais petite, le monde était merveilleusement rassurant : je m'imaginais en Cendrillon ou en Peau d'Ane, et tenais pour acquis le triomphe des bons sur les méchants, la renaissance des orphelines en princesses et la métamorphose des vilains petits canards en cygnes gracieux. On pouvait souffrir de la pauvreté et des mauvais traitements d'une belle-mère, mais un peu d'esprit, de la vertu et quelques fées sauvaient toujours la situation. Il suffisait de se méfier des loups, de remercier nains et chasseurs, de regar­der au-delà de bestiales apparences pour découvrir un prince déguisé, et le tour était joué.
Plus tard, il s'avéra qu'"il était une fois" et "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" n'étaient que des formules que l'on prononçait pour mettre, un bref instant, le monde entre parenthèses. Pourtant j'ai continué de me fier à l'ordre qui régissait les fictions. En cette matière, même quand l'affaire se compliquait, il était toujours possible de découvrir une trame, un semblant de système qui donnait sens à une suite de mots ou d'images : effets d'écho et de symétrie, métaphores, symboles, correspondances... Je pensais que ma vie obéissait elle aussi à une logique mystérieuse, encore invisible, mais qui un jour m'apparaîtrait. Et j'étais certaine que me nourrir d'histoires me mettait sur la voie, que je développais mes capacités à comprendre la marche des choses, à saisir leur harmonie cachée. Je voyais dans les fictions autant de fils d'Ariane qui me permettraient de sortir, un jour, des méandres du réel.
Et puis j'ai grandi, encore. L'art a cessé d'être une clef qui décode la signification des événements pour devenir un idéal vers lequel tendre, et qui de ce fait même demeure inaccessible. Vivre, c'est se lancer dans un solo tout en apprenant à chanter ; tenir le rôle principal d'une pièce un soir de première sans avoir jamais répété ; rédiger une histoire d'une traite, sans possibilité de retour en arrière. Il n'y a pas de deuxième prise. On progresse au petit bonheur la chance, ralentit quand on devrait accélérer, s'invente des obstacles inutiles, bifurque sur un coup de tête, en n'ayant aucune idée de sa destination. L'existence est un récit que l'on dévide au fil de la plume, et où personne ne se préoccupe des répétitions, des blancs et des incohérences. Il n'y a que dans les romans qu'on peut corriger, réviser, reprendre ; la plupart des vies sont bancales, gouvernées par un hasard sans rime.
La fiction, dit-on, n'adopterait les apparences du mensonge que pour mieux dire la vérité. Mais en réalité, elle ne m'aura pas révélé grand-chose ; plutôt servi de prétexte pour ne pas regarder la vie en face. En me détournant des faits, prosaïques, au profit de l'imaginaire, elle m'a donné l'habitude de ne jamais penser à ce que j'ai devant les yeux. Au sens figuré - le présent me ramène toujours vers le passé, l'ici vers Tailleurs - et au sens propre - le plafond de ma chambre, la table du café, le feu qui clignote quand je traverse la chaussée sont moins des objets précis, palpables, que le point de départ de rêveries qui bientôt avalent le décor qui leur a donné naissance. Les histoires recouvrent le monde de leur patine, et j'oublie le reste.


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