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Auteur : Rachel Grunstein | Henri Mérou | Jérôme Pecnard
Date de saisie : 06/09/2007
Genre : Education, Pédagogie
Editeur : Les Arènes, Paris, France
Collection : Notre école
Prix : 12.00 € / 78.71 F
ISBN : 978-2-35204-034-7
GENCOD : 9782352040347
Sorti le : 06/09/2007
Penchés sur leurs pupitres, ils ont tracé, à la plume, des lignes d'écriture cursive stupéfiantes de précision et de beauté.
Le geste sûr, virtuoses du compas et de la règle, ils nous ont laissé des croquis précis au millimètre et des figures d'anthologie.
Frises enjouées, dessins au pastel, illustrations poétiques et drôles... ils ont fait des chefs-d'oeuvre avec quelques crayons de couleur.
Calligraphes à l'encre violette, dessinateurs poètes, géomètres en herbe... Ils figurent au tableau d'honneur de notre école.
Le rituel de récriture
Dans le silence de la classe, les doigts se crispent, le front buté se rapproche du pupitre, les yeux se plissent sous l'effort : l'enfant apprivoise l'écriture. Autrefois à la plume, aujourd'hui au stylo, il apprend à tracer des lettres qui s'assemblent, forment des mots puis des phrases, à l'encre de son coeur. Un monde nouveau s'ouvre à lui. Mais, pour les écoliers d'hier, comme pour ceux d'aujourd'hui, qu'il est long et difficile le temps de cet apprentissage !
Lorsque Jules Ferry rend l'instruction obligatoire en 1881, il veut que l'écrit soit accessible à tous. La République a besoin de commis et d'employés. Au fil des années, les méthodes se succèdent et l'écriture se transforme. L'écriture «endimanchée» et «artistique» laisse progressivement la place à une écriture plus utilitaire, prompte et aisée. L'écriture ronde ou gothique s'efface devant une écriture cursive, rapide, élégante et lisible.
L'apprentissage est un rituel. L'élève apprend à tracer en premier les «petiettes», à traits de plume (les i, j, r et t). Viendront les «jambettes» (les m, n, u, v), puis les «ventrues» (les a, b, d, p) et enfin les «biaizettes» (les x, y, z). Toute lettre se doit de comporter trois parties. La partie pleine s'exécute en appuyant sur la plume, une autre, très fine, appelée liaison, se trace du bas vers le haut, enfin le délié unit le plein et la liaison. L'exercice vise à la perfection. La page d'écriture était, pour les hussards de la République, synonyme de maîtrise de soi, de l'esprit et du corps. Le maître inculque une discipline de fer, au besoin à coups de règle sur les doigts. Il faut se tenir droit, avoir le geste sûr, car la main, sans fléchir, doit tracer des lettres à l'inclinaison parfaite, sous le modèle rouge du maître.
Bien des dangers guettent l'écolier consciencieux : la plume gratte le papier lorsque l'on appuie trop fort, les pâtés ingrats mouchettent la page, la gomme efface les ratures, mais laisse un trou dans la feuille. L'encre violette a disparu. Les pleins et les déliés ont à leur tour laissé la place à une écriture moins formelle et plus libre. Mais, pour l'écolier, la magie de l'écriture demeure : elle est éternelle comme l'enfance.
Rachel Grunstein
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