Il fut un temps où l'école de Jules Ferry était d'abord une école rurale : un poêle, un maître à l'écriture appliquée et des bancs clairsemés à cause des travaux des champs.
Il fut un temps où les dictées et les rédactions décrivaient les moissons et les vendanges. Où, à la plume, les élèves recopiaient le matin des lignes d'écriture sur le rôle du fumier. Où, ils devaient résoudre dans leurs cahiers des problèmes d'arithmétique, dont les énoncés évoquaient la superficie d'un champ ou des recettes d'une vente du bétail.
Il fut un temps où les écoliers savaient lire dans un bois ou un ruisseau comme dans un livre ouvert.
Les courts extraits de livres : 15/10/2007
Une école de la nature
Lorsque les «hussards noirs» de la République s'installent au coeur des villages, plus d'un Français sur deux est paysan. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la plupart des écoles de campagne vivent ainsi au rythme des labours. En période de semis ou de récolte, les travaux des champs vident les bancs de l'école et les classes sont clairsemées. À son corps défendant, l'école rend à leurs parents cette main-d'oeuvre si utile : la rentrée scolaire a symboliquement lieu après les vendanges.
Les écoliers des années 1920 ou 1930 seront d'abord paysans. Seuls les meilleurs, certificat d'études en poche, quitteront le village. Aussi, l'école de Jules Ferry est d'abord une école de la nature, qui envahit toutes les matières. Les écoliers s'exercent à écrire à la plume en alignant des lignes sur l'importance du fumier. Les mathématiques apprennent à calculer la superficie d'un champ. Les dictées décrivent les travaux agricoles et une vie champêtre idéalisée.
Dans leurs rédactions, les élèves décrivent la vie du village, avec ses fêtes et ses rituels, l'arrivée merveilleuse d'une moissonneuse-batteuse ou les péripéties du vêlage d'une vache. Dans le jardin de l'école, les enfants observent la croissance des graines qu'ils ont plantées, apprennent à biner, à semer, à tailler. Dès que le temps le permet, la classe s'échappe hors des murs et c'est le maître qui semble faire l'école buissonnière. Au fil des années, les cahiers d'écoliers suivent la métamorphose des campagnes françaises. L'électricité remplace le poêle pour chauffer la classe. L'absentéisme des enfants ruraux disparaît. Les villages se vident de leurs paysans, bientôt remplacés par les «vacanciers».
En 1968, il ne reste plus qu'un tiers des Français dans les champs (5% aujourd'hui). En trois générations, l'école de la nature a disparu. Elle laisse ces cahiers de nature aux enfants des villes sans arbres. Ces pages témoignent avec tendresse d'un temps où les écoliers savaient lire dans un bois ou un ruisseau comme dans un livre ouvert...