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Auteur : Claude Mossé
Date de saisie : 11/10/2007
Genre : Histoire
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Documents
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-268-06314-0
GENCOD : 9782268063140
Sorti le : 11/10/2007
«N'étant ni philosophe, ni poète, ni théologien, je n'ai pas la prétention de démontrer quoi que ce soit. De mes études d'histoire, j'ai conservé un goût spontané pour observer, sans condamner. Quelles leçons peut tirer du passé le citoyen d'une démocratie moderne ? Je ne souhaite rien d'autre que la possibilité de m'exprimer en toute indépendance. Le discours dogmatique m'est étranger, j'en connais les limites et les égarements.
Lorsqu'il s'agit de regarder l'histoire de notre pays, je veux librement, mais sans malveillance, combattre les impostures que nous avons acceptées comme histoire légitime. Sans exclusion, je crains que dans l'avenir nos sociétés ne soient pas meilleures que celles d'hier et d'aujourd'hui. Ce n'est pas être pessimiste que de se vouloir lucide et inquiet.
Ainsi, pourquoi nos contemporains se réclament-ils sans cesse de la Révolution qui aurait depuis plus de deux siècles illuminé notre société ? Les faits, rien que les faits démontrent qu'il n'en est rien. Cet essai en apporte des preuves indiscutables. Les années 1789-1815 sont à inscrire parmi les plus douloureuses du passé de la nation française. La tyrannie n'est pas tombée le 14 juillet 1789, les intellectuels des Lumières ont plus fait pour définir les attributs d'une démocratie, ils ont davantage décliné les droits du peuple souverain que les prophètes révolutionnaires. Ceux-ci ne pouvaient qu'enfanter la dictature impériale.
C'est en hommage aux Encyclopédistes et à ceux qui, au XVIIIe siècle, ont dénoncé les excès de l'absolutisme, qui pouvaient mener des innocents au gibet, que je m'autorise à pousser ce "coup de gueule". Les textes authentiques sont mes meilleurs témoins.»
C.M.
Liberté, Égalité, Fraternité... Inclinez-vous, citoyens ! Vertueuse devise gravée au fronton de tous nos bâtiments publics : mairies, collèges et mornes monuments à des morts qui n'avaient pas l'intention de mourir. Qu'importe la séparation des pouvoirs ! Que signifie le terme de République quand le Parlement, confortablement installé dans «la majorité présidentielle», n'est plus qu'une chambre d'enregistrement des volontés de l'exécutif ? Notre belle triade n'a pas plus de passé que d'avenir. Qu'en reste-t-il en Comtat Venaissin, à Carpentras et alentour, où le Front national, malgré son revers du 6 mai 2007, garde encore bon pied, bon oeil ? En 1780, le Vatican était propriétaire de ce fief proche d'Avignon, acquis en 1274 aux comtes de Toulouse qui n'avaient que faire de cette terre provençale. Sur ordre de Robespierre, les «patriotes» de la Grande Révolution y massacrèrent, pendirent, égorgèrent, violèrent celles et ceux que l'hypothèse d'être dévorés par les déséquilibrés de la cocarde tricolore n'enthousiasmaient pas.
Liberté, Égalité, Fraternité ! Lors des élections, les candidats de tous bords ne manquent pas d'énergie pour éructer en de publiques dévotions une devise quasiment mystique à laquelle la Révolution n'avait pas accordé une place éminente. On le sait, elle n'a pas de sens. Une utopie devenue slogan électoraliste.
Liberté, Égalité, Fraternité ! Épris de vérité historique, ceux qui pérorent sur la Révolution ignorent-ils qu'elle fut l'un des plus brutaux et sanglants épisodes de notre histoire ? On y pleura plus souvent qu'on y fit la fête. L'idéal patriotique de 1789 a rapidement tourné au despotisme. Devise officielle de la République en 1848 seulement, la triade fut abolie sitôt réussi le coup d'État du prince président Louis-Napoléon Bonaparte. Quel citoyen se réclamant de la Déclaration de 1789 peut-il aujourd'hui se prétendre libre ? Que reste-t-il dans notre démocratie de cette illusion de plus en plus étouffée par l'accumulation d'interdits qui font du peuple souverain une tribu d'assistés ?
Et l'égalité ? Comment oser la revendiquer dans une nation où près de huit millions de sous-citoyens vivent dans la précarité, en quête d'un logement qui ne vient jamais, avec la faim au ventre, et pour unique horizon la peur du lendemain ? Ont-ils le sentiment que tous les hommes sont égaux en droits, les chefs d'entreprise qui, sans la moindre délicatesse, affichent des bénéfices record, flattent leurs actionnaires avec les yeux de Chimène et méprisent leurs salariés, comme dans l'Ancien Régime les seigneurs étalaient leur richesse devant leurs serfs ? Ose-t-on parler d'égalité quand un patron peu performant est congédié avec en poche un chèque de huit millions d'euros, alors que le conseil d'administration accorde aux salariés une «prime» humiliante de deux euros trente ? On nous promet de mettre de l'ordre dans ces abus... Qui aura le pouvoir de juger «la performance» d'un chef d'entreprise ? Poudre aux yeux ! La loi des marchés financiers, qui domine le monde, exclut tout espoir d'égalité entre les individus, entre les peuples. La fracture ne cessera pas de s'aggraver. Comment ne pas partager la légitime impatience de ceux qui souffrent dans l'anxiété de chaque fin de mois ? Eux n'ont qu'épisodiquement et seulement par les urnes la possibilité d'exprimer leurs espoirs.
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