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Auteur : Lewis Mumford
Traducteur : Nicolas Blanc-Aldorf | Patrick Chartrain | Irénée D. Lastelle | Fanny Tirel
Date de saisie : 12/07/2012
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Sulliver, Cabris, France
Collection : Maelström
Prix : 28.00 €
ISBN : 978-2-911199-98-1
GENCOD : 9782911199981
Sorti le : 27/11/2006
Et c'est ainsi que poursuivants et poursuivi fuient sur un océan sans bord.»
Plus que la vie et l'oeuvre deMelville, c'est la vision du monde du Titan américain que nous découvrons ici, presque 200 ans après la naissance de l'auteur de Moby-Dick.
Editée en 1929 à NewYork - et jamais traduite en français - cette biographie signée Lewis Mumford (Bio en PJ) est une analyse profonde de la pensée et de l'art de celui qui fut "Le plus grand écrivain d'imagination que l'Amérique ait enfanté".
Lewis Mumford - Editions S U L L I V E R
A La mort d'Herman Melville en 1891, le journal littéraire de l'époque, The Critic, ne savait même pas qui il était. Les plus anciens se souvenaient qu'autrefois, il avait été célèbre. Il était parti à l'aventure dans les mers du Sud sur un baleinier, avait vécu parmi les cannibales et, dans Typee et Omoo, avait relaté ses expériences sous la forme d'un pastiche romantique.
Pas plus qu'aucun autre en aucun temps, Melville n'avait choisi de naître en un siècle d'hypocrisie et de destructions. Malgré l'expérience tragique qu'il en fit, au milieu des remous qui ont caractérisé le triomphe éphémère de la présente "civilisation", il sut qu'il était possible de prendre pied sur une terre ferme et de se battre à l'avant-poste un sourire jovial sur les lèvres, pour que vienne un monde où l'homme aurait sa place ; quand "Le Souverain Bien sera reconnu dans son règne".
En 1929, près de quarante ans après la mort du Titan américain - l'homme qui plantait des roses -, et alors que son oeuvre, pour une part, commençait seulement à être relue, pour l'autre, à être découverte, Lewis Mumford écrivit une étude complète sur Melville. Cette rencontre à un siècle d'écart, cette vigoureuse poignée de mains entre gens qui savent que "ce temps n'est plus", pour reprendre les mots de Bernanos, intéressa et va encore passionner nombre de connaisseurs.
Une biographie vraie, brillante et éloquente de celui qui a donné naissance à Moby-Dick, considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands romans américains.
Son auteur, Lewis Mumford (1895-1990), plus tard philosophe et historien de la ville reconnu, révèle ici une compréhension intime de son sujet. Surtout, il a l'art de l'inscrire dans son temps - des mutations de New York et de la bonne société de la Côte est, à la guerre de Sécession. Le tout en mettant à profit l'éclectisme de ses centres d'intérêt - sociologie, urbanisme, histoire, littérature - que l'on discerne en filigrane...
On referme cette biographie avec l'impression que, du statut d'écrivain, Melville aura tout connu : célébrité, obscurité, solitude, sagesse austère, accomplissement fertile, tâtonnements abyssaux... D'une voix claire et sonore, directement audible pour le lecteur contemporain, Lewis Mumford suit ces tribulations pas à pas, sans révélation fracassante ni érudition superflue, mais avec l'application vigilante d'un ami aussi conscient des grandeurs que des failles de son sujet. Aucune hagiographie mais une clairvoyance pleine de hauteur. La rencontre de l'artiste et de son modèle que prisait Baudelaire.
UN MATIN AMER
La société dans laquelle naquit Herman Melville était provinciale, dans toute l'acception du terme. Par son héritage et son oeuvre, il resta uni à cette société ; et quand les activités de celle-ci furent minées et ses traditions balayées par la grande marée destructrice de la guerre de Sécession, il en fut intimement bouleversé.
Par société provinciale, j'entends une société qui trouve ses sources et ses motivations dans les limites de son propre espace géographique, dont le développement mesuré lui permet d'atteindre un certain équilibre et de perdurer. Pour comprendre le milieu où évolue Melville, on doit se souvenir du temps que New York n'était qu'un des nombreux ports de l'Atlantique qui revendiquaient le commerce maritime et ses richesses : Salem était une ville presque aussi importante, et Boston, et Baltimore et Charleston. Ce fut à peine plus que l'existence fortuite d'une ligne régulière de paquebots qui fit que New York devint la destination principale des migrants, cela et l'ouverture d'une voie fluviale directe vers l'intérieur, par le canal de l'Érié, encore en construction en 1819 année de la naissance d'Herman Melville.
Les États-Unis se constituaient à peine et n'existaient qu'en tant qu'entité politique abstraite. Il y avait des aigles sur les meubles, il y avait des aigles sur les dollars, il y avait des drapeaux et des oiseaux martiaux sur les miroirs, les dessus-de-lit, les verres et les porcelaines : mais une bonne partie de la communauté, surtout dans les régions les plus anciennes et les plus peuplées, n'avait guère de sens politique, et encore moins la conscience d'un rapport mystique avec les autres parties. Lors de la guerre de 1812, la Nouvelle-Angleterre, menacée d'être économiquement ruinée, fut sur le point de s'affranchir de ses liens avec l'union politique : et bien que le gouvernement frappât monnaie en émettant des quarters, on considérait toujours ces pièces comme valant deux schillings. Si Rip van Winkle était surpris des changements advenus pendant sa longue sieste, un observateur moderne de cette société provinciale serait plus étonné encore de leur absence. Whitman, écrivant une génération plus tard, et abominant l'idée même de sécession, avait encore une conscience de l'individualité et de l'indépendance de chaque Etat, telle qu'elle ne fut plus jamais exprimée après la guerre de Sécession par aucun défenseur du droit des États, fût-il le plus fervent.
Cette société provinciale avait ses propres fondations économiques, ses lieu et siège d'autorité propres. Elle se démarquait fortement de celle qui se développait à la frontière, comme le rapporte le drame d'un des meilleurs livres de Fenimore Cooper, The Pioneers. Aux frontières, la société était flottante et remuante : seuls lui donnaient une unité le drapeau commun qui flottait au-dessus d'elle et la Constitution, que les fonctionnaires payaient d'un respect superficiel. Ses membres venaient de toutes parts, s'installaient tant bien que mal pour survivre, et s'aventuraient toujours plus loin, dans une recherche difficile et sans repos de terres plus fertiles, de bêtes plus sauvages, d'une distance plus grande d'avec leurs voisins - ou simplement par habitude du mouvement.
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