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Auteur : Charles Dantzig
Date de saisie : 07/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Prix : 18.90 € / 123.98 F
ISBN : 978-2-246-72331-8
GENCOD : 9782246723318
Sorti le : 22/08/2007
" Je m'appelle François " est peut-être la seule phrase où je n'aie jamais menti dans ma vie. Elle m'a servi de digue. Tout le monde a besoin de mentir à un moment ou l'autre. J'ai voulu être un autre moi, un moi meilleur, le monde ne l'a pas permis. "
Né prés de Tarbes, entre un père qui a déserté la maison et une mère un peu plus que volage, avec qui il aura un compte de tendresse à régler toute sa vie, François Darré apprend tôt que la vie sourit aux audacieux. Alors, ce jeune homme trop sensible sera séducteur, jouant de son physique de brun aux dents si blanches, empruntant les identités les unes derrière les autres, faisant peau neuve, conservant comme un talisman ce prénom de François. Fuir Tarbes, d'abord. Puis à Paris ensorceler une famille aristocratique crédule et riche. A Los Angeles, s'appeler François Depardieu, rouler en décapotable, pratiquer l'escroquerie d'envergure. Tenter d'aimer avant de se faire arrêter comme un malfrat, triompher de la prison par une revanche médiatique, un livre, des émissions, des compliments et des insultes, devenir le voyou qu'on voudrait recevoir chez soi. Jusqu'où ira-t-il ? Jusqu'au meurtre, vraiment ? Enfin, qu'ira-t-il faire à Dubaï, dans une mer que surplombent les gratte-ciels construits en une nuit, " le nez vers les étoiles pour oublier notre passé de boue " ?
Charles Dantzig nous donne son meilleur roman, le plus moderne, le plus émouvant aussi. Cet enfant des années 1980 a la débauche élégante des personnages de Truman Capote, frayant avec la pègre, couchant avec la bourgeoisie, lui qui n'appartient à aucun milieu. François joue et se joue de nous, dans un roman virtuose.
Charles Dantzig est l'auteur chez Grasset de deux romans, Nos vies hâtives (2001, Prix Jean Freustié, Prix Roger Nimier), Un film d'amour, et du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005, Prix Décembre, Grand Prix des Lectrices de Elle, Prix de l'Essai de l'Académie Française) qui fut un grand succès en librairie.
Qui n'a jamais été tenté de se faire passer pour quelqu'un d'autre ? Qui ne s'est jamais senti l'âme d'un usurpateur ? Un roman sur l'identité et ses métamorphoses...
Chronique caractéristique de notre temps d'imposture, Je m'appelle François décrypte en même temps qu'il raconte les mécanismes qui font d'un quidam un «people» : les médias autant que la crédulité des hommes y sont pour beaucoup. Dantzig parcourt des enseignes qui sont ou furent les jalons de bien des carrières des années 1980 et 1990 (à Paris, le Palace, le Costes et Lipp)...
Mais ce roman n'est pas une fresque. Au moyen d'une écriture dense qui circonscrit bien l'histoire d'un homme en fuite de lui-même, Charles Dantzig s'interroge d'abord sur l'identité, sa construction et ses métamorphoses, plus profondément sur la réalité : les patronymes, les cartes de visites, les titres et les fonctions, les appartenances aux cercles et autres clubs, autant d'armures pour dissimuler la vérité de soi. Ce faisant, l'écrivain pose aussi la question du romancier dont la vocation est de mystifier.
La duperie spectacle attendait son écrivain : nous affirmerons qu'elle la trouve. Un nous croira sans peine. Les formules sont neuves, les métaphores, craquantes, et l'écriture ne fait pas un pli, comme ces billets de banque que le sympathique voyou lisse au fer à repasser, des jours durant, pour qu'ils entrent dans la valise. Le lecteur branché sera content d'être promené entre Lipp et Castel, tandis que le non-branché, étourdi par le bruit des soucoupes et le brouhaha des affaires, sera heureux de se voir offrir un rattrapage valant au minimum un abonnement groupé de cinq ans à «Gala», «Voici» et «Vanity Fair». Il se sentira tout petit, certes, comme le touriste découvrant le Golden Gâte à San Francisco, mais affectera de n'en rien laisser paraître, histoire de rendre la monnaie de leur pièce à ces vantards qui vous assomment d'un fatal : «Je vois Demi Moore demain.»
Une voix dans la rue
Le matin, en partant pour le lycée plus ou moins à l'heure, il ôta le verre à demi-vide de la main de sa mère endormie et releva le bras du tourne-disque qui hoquetait. On dirait que les familles sont des types. Il y a des familles où tout le monde a douze ans; des familles de goinfres; des familles où les femmes méprisent les hommes; des familles dont tous les membres ont un tic, pas nécessairement le même; des familles d'hyperboliques; des familles de lesbiennes, etc. La famille de François Darré était une famille de belles-soeurs, où les nommes étaient écartés par les divorces, la mort ou la fuite. On y vivait avec des amants trimestriels, on y parlait fort, on y buvait. La mère de François, sa belle-soeur, la belle-soeur de celle-ci et la belle-soeur de sa grand-mère, deuxième femme du grand-père maternel décédé avec laquelle la première vivait en bonne entente dans un petit appartement délabré d'une ruelle humide proche de la place Marcadieu, s'y réunissaient parfois, sans occasion particulière. Le Lillet, le muscat et la bière les rendaient bavardes, et le ton s'élevait : la grand-mère de François (mère de sa mère) gardait en toute circonstance Radio Monte Carlo branchée. À un moment ou à un autre, l'une se retirait de la criaillerie et, rêveuse, faisait tourner son verre de l'index et du majeur appuyés sur le pied, chantonnant les paroles de «C'est l'hymne à l'amour (moi l'noeud)», que le présentateur venait d'annoncer comme étant «extrait du dernier album de Jacques Dutronc, de la part de Jojo à sa Lili, on espère qu'elle ne lui fera pas ce que dit la chanson, ouf ouf ouf». Tout cela choquait François, dont la délicatesse passait pour une faiblesse, ou pire, auprès de ces femmes. Les atroces secrets des familles n'étaient pas secrets dans la sienne. Seule la bourgeoisie sait les protéger, se disait-il. Ses petits-fils y ignorent que leur grand-père a couché avec l'amant de sa fille ensuite devenu son mari, ses petits-neveux que leur grand-tante avait été entraîneuse dans un casino, les cadets de la deuxième génération les vices de leurs aînés en ligne directe. Il s'y crée la même neutralisation que dans l'aristocratie oubliant l'argent bourgeois qu'elle avait épousé jadis, et finalement cette dissimulation contribue à la moralité. Tout se savait à Tarbes de la famille Darré. Disons Darré par commodité : avec ses divorces, ses remariages et ses nouveaux divorces, elle comprenait bien plus d'un nom, la plupart bigourdans, comme celui de la mère divorcée de François qui, ayant repris son nom de jeune fille, s'appelait Abadie.
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