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Auteur : Eric Fottorino
Date de saisie : 21/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-07-078584-1
GENCOD : 9782070785841
Sorti le : 23/08/2007
«Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma.»
Éric Fottorino est né à Nice en 1960. Il a publié Caresse de rouge (prix François-Mauriac) et Korsakov (prix des Libraires, prix France-Télévisions) aux Éditions Gallimard. Baisers de cinéma est son huitième roman.
Eric Fottorino dit le temps de son enfance avec un art subtil du clair-obscur, se confie avec une émouvante discrétion, à travers ce personnage qui va bientôt faire la connaissance, à l'occasion d'une projection des Amants, de Louis Malle, d'une femme au charme insaisissable, Mayliss de Carlo. Baisers de cinéma, qui vient de remporter le prix Femina, est un roman sur la lumière, celle qu'irradie le visage de Mayliss, celle dont le père de Gilles voulait se rendre maître, celle que poursuit le héros du livre pour tenter d'éclairer ses origines.
Il y a du panthéon dans le roman d'Éric Fottorino et l'on n'entend pas par là qu'il se déroulerait dans un célèbre quartier parisien (ce serait plutôt l'île de la Cité qui aurait sa dilection). Mais les cinémas, les films, une maison d'édition dirigée par un savoureux personnage, tout dans le roman plein de charme exhale un parfum familier...
Plus profondément, Fottorino a écrit une enquête. Moins sur les origines, que sur l'amour et le mystère de l'être. Il dit à ce sujet des choses très simples. Sans appuyer, sans clin d'oeil à Sophocle, il met au jour l'éternelle malédiction de l'homme. Comme il y a deux mille cinq cents ans, celui-ci est aveugle et se démène comme il peut, cherchant le bonheur, le salut, le paradis. Le cinéma ne lui est qu'une maigre consolation - un divertissement aurait dit Pascal (pas Thomas, Blaise).
Il y a du Truffaut et du Sautet là-dedans. Eric Fottorino, 47 ans, tout nouveau directeur du Monde et romancier remarqué («Caresse de rouge», «Korsakov» - prix France Télévisions 2004, prix des Libraires 2005), signe là un roman de facture classique, subtil et séduisant. Histoire d'adultère, réflexion sur la passion amoureuse et ses désastres obligés, sur l'illusion, ses éclats et ses ombres, «Baisers de cinéma» est un très beau livre.
Mon père était photographe de plateau. Dans les années soixante, on le croisait aux studios de Boulogne en compagnie de jeunes gens qui s'exerçaient à vivre de leurs rêves. Il y avait là Nestor Kapoulos, Jean-Louis Huchet, Éric de Max, Mucir et bien sûr Gaby Noël, des noms connus des seuls amateurs de génériques. La caméra régnait alors en maître. Elle buvait tout du mouvement et mon père se faisait discret pour figer les artistes dans leur plus belle expression. Les meilleurs clichés paraissaient dans Cinémonde. La plupart finissaient placardés sur les murs du Grand Rex ou de l'Atrium, sous des protections de verre ou à même le regard des badauds qui parfois les volaient. Je crois que mon père avait l'oeil. Il savait saisir une défaillance, une colère muette, la trace infime d'un incident de tournage sur un visage très pur. On aurait dit qu'il pressentait chez les comédiens leurs moments d'abandon, leur peur de n'être pas à la hauteur du film, du metteur en scène ou seulement de leur propre image.
Avant qu'il ne brûle dans un incendie, l'appartement de mon père était rempli de ces magies instantanées. Un bâillement de Martine Carol, l'oeil sombre de Françoise Dorléac, cet étrange désarroi sur les lèvres de Delphine Seyrig avant qu'une voix crie «moteur». À ma connaissance, aucun de ces tirages ne fut jamais publié. Ils appartenaient au mystère comme les parures des anciens pharaons ou les étoles des sacristies. Mon père les prenait pour lui. J'ai envie de croire qu'il les prenait pour moi, surtout les actrices, en me laissant le soin de choisir.
Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma.
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