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L'échappée

Couverture du livre L'échappée

Auteur : Valentine Goby

Date de saisie : 18/02/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 16.90 € / 110.86 F

ISBN : 978-2-07-078407-3

GENCOD : 9782070784073

Sorti le : 23/08/2007

C'est la guerre. Elle est jeune. Elle travaille dans un hôtel comme femme de ménage et serveuse. Le week-end elle rentre à bicyclette chez ses parents à 10 km de là. Un dimanche soir, elle rentre en retard, après le couvre-feu et bien sûr, deux agents la surprennent. Un homme, dont elle remarque toute de suite les mains si fines, lui vient en aide en disant qu'elle l'accompagne. Cet homme est un client de l'hôtel. Un allemand. Un pianiste. Ce sera le début d'une histoire. Avec tout ce que cela entraînera. Les regards méchants des autres employés. Les silences de la patronne qui semble comprendre. De cette rencontre naîtra un enfant. La guerre se terminera et il faudra vivre avec tout ça. Ce sera loin d'être facile. Comme un défi pour cette enfant.

Ce roman est très émouvant et éprouvant.

J'ai aimé le d'écriture rapide, aux phrases courtes mais exprimant beaucoup de sentiments. Rappelant justement ces temps de guerre pendant lesquels il ne fallait pas perdre de temps. Ecriture adaptée aussi à cette histoire cachée, haletante. Il faut savoir profiter de chaque instant, le temps est compté.

Quand elle l'écoute jouer du piano. C'est intense. Ils sont ailleurs, dans la musique. Moment de répit et beauté de l'instant. Les morceaux sont si bien décrits qu'on les entend presque. Et puis il y a à chaque fois le retour à la réalité et aux autres.

Et la guerre est bien là, si dure. Elle ôte tout droit d'aimer. Et tout le long du livre je me suis demandée si on avait le droit d'interdire d'aimer et surtout comment j'aurais réagi moi, à ce moment là et face à ces femmes qui ont aimé l'ennemi ? Je savais ce qu'on leur a fait après l'armistice, bien sûr, mais quand j'ai lu ce passage où on les tond... C'est terrible.

Et puis il y a ces différentes fins. Comme si Valentine Goby nous donnait la possibilité de respirer un peu en nous laissant le choix de celle qui nous conviendra le mieux.

C'est un très beau livre.


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

«Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j'étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m'ont fait ce que la guerre leur a fait.»

L'échappée est le quatrième roman de Valentine Goby.



  • La revue de presse Astrid de Larminat - Le Figaro du 4 octobre 2007

Valentine Goby a le don de matérialiser une atmosphère, d'incarner une scène en peu de mots qui ne relatent pas directement ce qui se trame mais le suggèrent, en disant les regards, les gestes furtifs, les propos anodins...
L'écriture à fleur de peau de Valentine Goby a des vertus apaisantes. Ce beau roman réhabilite toutes les femmes qui n'entendent rien à la guerre, seulement à l'amour. Sans simplification à l'eau de rose : le seul beau jour de son existence, Madeleine le doit à ce premier amour proscrit. Une promenade en amoureux dans Rennes, chacun d'un côté de la rue. Mais cette «joie effrayante» qui la transporta durant quelques heures, elle la paiera durant toute sa vie.


  • La revue de presse Olivia de Lamberterie - Elle du 24 septembre 2007

La narration, qui mêle plusieurs fils, est parfaite, pas une scène de trop. L'histoire surprend toujours, pas un cliché. Les phrases filent, courtes, acérées comme des coups de canif, pas de place pour les épanchements. Mais si l'écriture est sèche, la note est toujours sensible : l'émotion naît des silences, des noeuds qu'on devine, des sentiments qu'on tait, et surtout de l'absence de jugement moral. Au travers de la transgression de son héroïne, Valentine Goby se contente de questionner : rester ou fuir ? Vivre ou se laisser mourir d'ennui ? Obéir à ceux qu'on méprise ou suivre ceux qu'on admire ? Qu'est-ce que l'amour maternel ? Voilà un livre habité par la détresse, mais porté par la sensibilité et la bonté du regard de l'écrivaine. La violence racontée avec tant de grâce, ça ne s'oublie pas.


  • La revue de presse Delphine Peras - L'Express du 27 septembre 2007

L'Echappée ou le destin d'une jeune paysanne bretonne coupable d'avoir aimé un officier allemand. Valentine Goby signe un livre terrible et fort...
La Seconde Guerre mondiale est-elle un thème romanesque inépuisable ? Assurément. La preuve avec L'Echappée, le très intense et très beau livre de Valentine Goby...
Roman sur l'identité et la liberté, L'Echappée est un livre incandescent, à même d'éclairer les zones d'ombre les plus rebutantes.


  • La revue de presse Marine Landrot - Télérama du 19 septembre 2007

Elle a commencé en sourdine avec La Note sensible, un premier livre aussi secret que délicat, écrit du bout de l'archet d'un violoncelle. La voici virtuose, avec ce quatrième roman sec et exalté, partition achevée pour piano organique...
Entre Hiroshima mon amour, de Duras, et Requiem, d'Anna Akhmatova, ce livre écorché vif hisse Valentine Goby au rang des auteurs intenses, osant le lyrisme le plus amer.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Madeleine grelotte. Elle souffle sur ses doigts. Une main après l'autre. Un froid mouillé s'engouffre sous sa jupe. Elle plaque sa jupe contre ses cuisses. Les arbres nus succèdent aux arbres nus, découpés sur le ciel gris-mauve. Elle fixe le ruban d'asphalte. Elle serre le châle sur sa poitrine. Le noeud se défait. La laine oscille contre sa joue, énervante. Elle enfonce le bonnet sur ses oreilles. Elle pédale à toutes jambes. La dynamo frotte contre la roue. C'est une vibration légère, berçante. Le phare n'éclaire rien, affaibli par la toile réglementaire. Tout juste utile à signaler une présence humaine aux halos tremblotants qui le croisent. Un soupçon de vie dans l'hiver.
Dix kilomètres de bruine encore. Rennes est une masse obscure à l'horizon, serrée derrière d'épais rideaux, des volets clos. À cette heure, Jeanne est arrivée à l'hôtel après un détour par les bois sur le porte-bagages d'Antoine ; un détour par Antoine tout court. Elle a emporté par erreur la clé du cadenas de la bicyclette. Il a fallu deux heures à Madeleine pour forcer la serrure.
La route est étroite, bordée d'obstacles. Ornières, ruisseaux cachés, petits ravins, buissons de ronces. Elle longe les champs immobiles, déjà pris sous le givre. Pleins de craquements. De cris de bêtes. Le ciel compact ne laisse filtrer, à l'ouest, qu'un rai de lumière violette, presque noire.
Un grelot familier se rapproche. Madeleine accélère, pose les deux mains sur le guidon. Sa jupe s'envole. Frédéric la frôle, debout sur les pédales. Il se poste en travers de la route. Elle pile.
-J'ai pas le temps, ce soir, je suis trop en retard !
Elle colle un baiser sur sa bouche fraîche. Il rit. Il saisit ses poignets, elle s'accroche au guidon. Il faufile ses mains sous le chemisier, prend les seins dans ses paumes.
- Fous-moi la paix...
Il l'attire derrière les buissons. Il glisse ses doigts dans sa culotte. Elle le laisse faire. Il a vingt ans, il sait s'y prendre.
C'est une fin de dimanche comme les autres, sur une route déserte entre Moermel et Rennes, peu avant le couvre-feu.
Ensuite, elle pédale fort. Des silhouettes verticales surgissent de chaque côté de la route, troncs d'arbres, poteaux télégraphiques plus denses que la nuit. Elle compte les troncs. Ils se détachent de l'obscurité et y replongent aussitôt. Quarante-cinq, quarante-six. Une goutte s écrase sur sa main. Huit kilomètres encore. Le vent s'infiltre dans les mailles de son tricot, pulvérise la buée blanche échappée de sa bouche. Son châle dénoué flotte sur ses épaules, les franges claquent dans son cou. Elle ne sent plus le bout de ses doigts. De ses orteils. Son visage est glacé. Elle plonge une main dans sa poche. La poche est vide. L'autre poche, vide aussi. Elle freine. Elle palpe ses vêtements, fouille sa sacoche. Brosse à dents. Chemise. Peigne. Bas de laine. Laissez-passer. Carte grise. Sa gorge se serre. Le sang bat fort à ses tempes. Elle laisse tomber la bicyclette, elle cherche à mains nues sur la route. Les graviers roulent sous ses doigts. Elle se relève, fixe le garde-boue. La roue continue à tourner dans le vide. Elle arrache la toile du phare, elle fait demi-tour, elle pédale lentement, scrutant chaque ornière à tra­vers le faisceau jaunâtre. Goudron, poussière, cailloux. Feuilles mortes et luisantes. Maintenant, la pluie tombe dru. Elle court jusqu'aux buissons, tâte le sol où elle était couchée tout à l'heure avec Frédéric. Une terre brune, visqueuse s'enfonce sous ses ongles. Les tickets de rationnement fondent quelque part dans une flaque, bouillie grise, perdus.
Deux kilomètres à l'est, Moermel. La maison. Le frère, de vingt ans son aîné, cure ses pipes avec application. Il lustre le bois à la cire d'abeille. Gomme au chiffon les résidus de carbone. Souffle dans les fourneaux. Un oeil fermé, il examine les conduits. Il fait coulisser la chenillette. Il lève le tuyau vers la lumière. La pièce lui apparaît par cette minuscule ouverture encombrée de poussière.


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