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Auteur : Ghislaine Dunant
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Grasset, Paris, France
Collection : Collection littéraire
Prix : 12.90 €
ISBN : 978-2-246-72481-0
GENCOD : 9782246724810
Le récit d'une dépression (ou plutôt d'un séjour de quelques semaines en «maison de repos», comme on disait alors) sur 132 pages assez plaintives. La narratrice, une jeune femme d'une vingtaine d'années, tente de lutter pour ne pas sombrer complètement, mais en 1973, à part la camisole chimique et les électrochocs, il n'existe pas encore de psychothérapie dans ces cliniques, et sa lutte est âpre.
Evidemment, la maladie est si subtilement décrite qu'il s'agit certainement d'une auto-fiction.
L'écriture est belle, on compatit vraiment à la souffrance de la narratrice mais 132 pages pathétiquement mélancoliques...c'est long.
A vos Lexomil !
" J'essayais de faire comme d'habitude, me lever, aller au bureau, faire mon travail mais mon sommeil devenait chaotique parce que les images m'assaillaient encore quand je m'allongeais.
Je finissais par m'endormir, peu de temps après une image surgissait, un visage, mon coeur battait, je ne retrouvais plus le sommeil. Mais j'entrais dans la journée et je m'efforçais d'y avancer coûte que coûte, comme si rien ne m'arrivait. Comme si j'étais libre de travailler, disponible pour faire ce que j'avais à faire. "
Ghislaine Dunant a écrit plusieurs romans, L'Impudeur, La Lettre oubliée et Cènes, publiés chez Gallimard.
L'enfermement psychiatrique abolit le temps. Chaque seconde est déglutie en vain, comme on boirait la pluie la bouche ouverte. Témoignage âcre et limpide sur le croupissement en eaux folles, Un effondrement se passe en 1973, dans une maison de repos des environs de Paris...
Sous sa plume si calme, à la fois souple et engourdie, pas de rage contre l'institution qui «lâche les malades au fond d'une piscine vidée d'avance». Juste de la peur à l'état brut, celle de perdre son propre visage et de disparaître du monde sans laisser de traces, alors que l'on est soi-même écrasé d'empreintes des autres, éléphantesques, cruels, impunis...
Pour qui sait tendre l'oreille, le vacarme intérieur de l'effondrement cède alors la place au murmure étincelant du rétablissement. Ghislaine Dunant écrit avec la confiance inébranlable de ceux qui se sont eux-mêmes sortis du gouffre.
Elle s'est retournée, sûre d'elle.
L'Ourse Bleue est dans les cordes, elle l'a mise K.O. avec son dernier coup.
Elle écoute à peine le décompte de l'arbitre. Depuis le milieu du round précédent, elle enfonce ses coups, elle allonge et elle tape. Elle tape sur ses reins, c'est interdit, mais John lui a dit de le faire. Tape ses reins !
Elle veut le titre. Elle le veut depuis le début, depuis qu'elle est venue chercher John et qu'elle a battu en brèche ses réticences à l'entraîner parce qu'elle est une femme. A l'entraînement, elle a tout sacrifié, son sommeil, son confort, sa vie affective, elle a suivi ses conseils avec une fidélité mortifiante. Elle a compté et recompté le soir au centime près les pourboires qu'elle recevait au snack la journée, et n'a pas bronché quand John lui a remis droit d'un coup de poing son nez cassé.
Ils ont fait le voyage jusqu'à Las Vegas. John lui a offert un peignoir en soie, brodé à son effigie, et une escorte de joueurs de cornemuse pour son entrée.
Il vient de comprendre qu'ils ont abouti, lui non plus n'écoute pas l'arbitre, il a dans l'oreille le bruit du coup qu'elle a décoché à l'Ourse Bleue, qui l'a fait tournoyer dans les cordes. Il est au pied du ring, il se penche vers le soigneur et lui fait signe de glisser le tabouret.
Elle marche vers l'angle, elle marche vers sa délivrance, elle croit le match terminé, elle est sûre de sa victoire. Son visage est métamorphosé, la hargne ne déforme plus ses traits, la tension s'en est allée et libère ses chevilles, son regard se perd au-dessus du public qui s'est levé, elle entend les cris de joie, sa tête et ses épaules montent au-dessus de la foule, elle est sortie du combat, la télévision retransmet le match, elle est partout, elle n'est plus sur le ring. Elle ne voit pas que l'Ourse Bleue, dans les cordes, résiste, glisse un regard vers elle, la voit tournée de profil, rameute ses forces, tire son bras et son poing en arrière, et dans un mouvement de torsion balaie l'espace qui la sépare d'elle, et la frappe de toutes ses forces.
La violence du choc est énorme sur son corps détendu, elle prend le coup de plein fouet, perd l'équilibre, heurte le tabouret de la tête et se brise les vertèbres cervicales.
Après la chute, j'ai de la peine à regarder le film. La boxeuse de Million Dollar Baby se réveille du coma, elle est sous assistance respiratoire, paralysée. On la voit dans une chambre d'hôpital, nue et fonctionnelle, son corps brisé est allongé, des machines autour du lit. La vie fragile de son corps gît là, un cordon qui lui apporte l'oxygène est attaché à sa bouche. Je la vois comme si elle était retournée au moment incertain de sa naissance. Le moment où combattent la vie et les forces hostiles, le froid et l'air, au sortir de la protection utérine. Il faut naître. Il faut vivre. Il faut arriver dans l'air froid, ouvrir les poumons, respirer, quitter l'eau chaude de la poche, il faut affronter l'incertitude de vivre.
Son corps posé sur le lit est retourné dans les limbes. Projetée par un coup de poing, la tête percutée, elle a fait un voyage dans le temps, elle est revenue à l'instant où il faut avoir l'énergie de vivre contre les forces hostiles, mais cette fois-ci elle bascule du côté où elle n'a pas assez de force, elle ne peut plus.
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