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Tom est mort

Couverture du livre Tom est mort

Auteur : Marie Darrieussecq

Date de saisie : 09/12/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : POL, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-84682-209-1

GENCOD : 9782846822091

Sorti le : 23/08/2007

Marie Darrieussecq - 25/09/2007


  • Les présentations des éditeurs : 17/09/2008

Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier, pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney, en Australie.
Tom a un grand frère et une petite soeur, il a un père et une mère. C'est elle qui raconte, dix ans plus tard, Française en exil, cherchant ses mots dans les Montagnes Bleues.



  • La revue de presse Christine Ferniot - Lire, septembre 2007

Car Tom est mort est un roman magnifique, qu'on lit sans respirer. Pas de kleenex, de faiblesse névrotique ou de poésie larmoyante, chaque ligne est portée par une écriture dépecée, ne s'autorisant aucune fioriture, comme si l'auteur n'avait peur de rien, pouvait s'avancer sans fard et tout affronter, y compris le pire...
Marie Darrieussecq a transposé une histoire mythique dans ces lieux aseptisés, lui donnant une allure de conte pour adultes. Mais elle ne s'est pas contentée de plaquer des situations, elle a transformé sa fiction en théâtre antique, préférant la vérité de la littérature à la réalité de l'expérience. Dans Le bébé, l'auteur n'était qu'un sentiment, une situation; ici, comme dans Truismes, Marie Darrieussecq écrit un livre noir, un roman terrifiant nourri de cette culpabilité insurmontable qui menace chacun de nous à tout instant.


  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 31 aout 2007

On devrait bannir certains mots, ou du moins les mettre en jachère, en attendant qu'ils retrouvent un peu de leur force et de leur capacité à signifier. Ainsi de l'"émotion", qui est à chaque instant, en toute circonstance, dans la bouche et sous la plume des politiques, des journalistes, des psychologues improvisés de la vie sociale, de quelques écrivains aussi. Mais en même temps peut-on, par exemple, parler de la mort d'un enfant sans émotion ? Assurément non...
Pas de science à transmettre donc, pas de communion, pas de collectivisation éhontée du deuil...
La mère de Tom est muette. L'air passe difficilement dans sa gorge, alors la voix... "Le silence est descendu dans mes veines et a paralysé les muscles de mes joues." A ce "langage frappé de nullité" par le deuil, le roman oppose une parole possible-impossible. Une parole qui serait inaudible, irrecevable, si elle n'avait pas, par la grâce (et la technique) de la littérature, les accents de la vérité. "J'essaie de tout écrire." Soudain, la voix de la narratrice devient celle de Darrieussecq. Et l'émotion fait retour, lavée de ses artifices.


  • La revue de presse Jacques-Pierre Amette - Le Point du 23 aout 2007

L'auteur traite d'un sujet impossible. Une femme raconte la perte de son fils. Un tel deuil relève de l'indicible et c'est pourtant ce pari que tient l'auteur et on peut dire que c'est la belle surprise de la rentrée, tant le roman est profond, vrai, bien construit, et constamment enfiévré d'images originales...
C'est tenu et écrit au cordeau. Une ligne très pure qui mène le livre au bord du lyrisme et de l'indicible. Médée a perdu son enfant, Antigone a perdu son frère, un être humain entre dans sa solitude et n'en sortira plus. Bruit de caveau et de dalle refermée : c'est le néant blanc de la douleur qui s'étend. Le roman nous rappelle, comme le dit le philosophe George Steiner, que le domaine de la raison est fragile, étroit, limité et vite pulvérisé. Nul progrès technique ne l'élargira. Mais Darrieussecq donne plein chant, grande prose à cette réflexion ; elle nous dévoile la fureur bestiale, la folie du sang, la sollicitation de la déraison, ce qui broie et tord, façon Médée ou Phèdre. Elle nous indique que le destin se moque de nous quand il veut, et où il veut.


  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Tom est mort. J'écris cette phrase.

Ça fait dix ans que Tom est mort. Dix ans main­tenant. Mais la date ne s'est pas inscrite au fer rouge, comme on dit. Quand Tom est mort j'étais dans une période où, justement, je ne savais plus très bien quel jour on était. Pour mon mari ce n'est pas pareil. La date s'est inscrite au fer rouge dans sa tête, dit-il. Sa vie a basculé autour de cette date. Moi aussi ma vie a basculé. Mais ce ne sont pas les mots que je dirais.

Par exemple, les dates de mes enfants, de mes autres enfants, il faut que je réfléchisse. J'ai tendance à mélanger, mes enfants sont tous nés au printemps, comme ceux des loutres ou des koalas ou des diables de Tasmanie, ou de beaucoup d'autres animaux, je cite les animaux qui m'intéressent. Mai, juin. La saison des anniversaires. C'est bientôt. J'ai envie d'écrire : si nous sommes encore en vie. C'est une phrase qui me venait souvent après la mort de Tom. Je la disais comme une découverte, pas vraiment stupéfiante, mais comme une évidence que j'ignorais jusque-là. Si nous sommes toujours en vie. Ensuite j'ai dit la phrase par conviction. Je l'ai dite aussi par provocation, je ne la dis plus, ça blesse les gens. Et puis c'est devenu un tic, un tic de pensée, ça terminait mes raisonnements, mes phrases mentales, tous mes projets (les projets étaient revenus. Nous avions découvert ça aussi : que les projets pouvaient revenir, que nous en étions à nouveau capables).

J'ai essayé les thérapies, les groupes de parole, et Tom ne m'a pas été rendu. Même ça : refuser Affaire le deuil, ça fait partie du travail, c'est codifié par des graphiques. Quand on est en deuil, on a du travail, même si on ne veut pas du tout le faire. Pour ça, mon mari était comme moi. Et si je commence ce cahier, c'est peut-être parce que lui et moi on en est au même point maintenant, pour une fois au même point en même temps. Synchrones. C'est lui qui dit ça, nous sommes synchrones. Presque ensemble.

Le deuil qu ils décrivent est un processus naturel qui me dégoûte. Une digestion. On entre dedans et on avance, qu'on le veuille ou non, comme à travers une série de boyaux. La mort de Tom passe à travers nos corps. On n'a pas fini, je ne dis pas qu'il faut dix ans. Je ne dis rien. Est-ce que je souffre moins qu'avant ? Le plus et le moins, je ne sais pas. Peut-être que je souffre moins souvent. La mort de Tom est une bête qui relève la tête de temps en temps, un dragon avec des soubresauts, et la terre se soulève, sa tête se dresse. Une géographie créée par une bête, dans nos cerveaux. On dit «répliques» après un tremblement de terre.

Je ne dis pas qu'il faut dix ans. Tom avait quatre ans et demi, ça dépend de quoi ? De l'âge, du temps passé ensemble ? Du genre de mort ? Là aussi il y a des courbes, des niveaux. Et des phrases qui circulent. Il faut quatre saisons. Il faut toute la vie. Il faut la moitié du temps passé ensemble - une phrase qu'on dit pour les veufs et les veuves. Un bébé vit deux heures et ses parents mettent une heure à s'en remettre ? Les enfants morts, c'est incommensurable. C'est pour ça, je n'ai rien à dire. La mort des enfants. Elle précède la mort des parents, alors plus rien ne se calcule, plus rien ne tient debout. Le monde à l'envers. Les groupes de parole, au moins, ça permettait de voir les autres, les autres endeuillés, la tête qu'ils faisaient, et de proférer ensemble des propos incohérents que personne d'autre n'écoute.


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