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.. L'amour avant que j'oublie

Couverture du livre L'amour avant que j'oublie

Auteur : Lyonel Trouillot

Date de saisie : 17/08/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Actes Sud, Arles, France | Leméac, Montréal, Canada

Collection : Domaine français

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-7427-6955-1

GENCOD : 9782742769551

Sorti le : 17/08/2007

  • Les présentations des éditeurs : 22/08/2009

A cinquante ans, un écrivain perd sa maîtrise de la langue au moment où il conviendrait (enfin) de parler d'amour. A l'inconnue de ses pensées, il parlera donc d'autre chose. Ainsi revisite-t-il le souvenir de palabres crépusculaires conduites sous l'arbre d'une cour de Port-au-Prince avec trois figures demeurées tutélaires : "l'Etranger", "l'Historien" et Raoul, perdants magnifiques, amants menteurs et authentiques hommes blessés à la poursuite ou en deuil de leurs rêves...
A travers ces personnages inoubliables qui firent concevoir à celui qu'ils appelaient "l'Ecrivain" le soupçon que l'amour n'a peut-être que faire du lan­gage, Lyonel Trouillot se livre à une bouleversante méditation sur la nécessité de réconcilier le temps réel de nos vies avec les mots qui s'efforcent de dire nos déchirures et nos désirs secrets. Et c'est ainsi, en écrivain en pleine possession de son art, qu'il dévoile la nature intime et profonde du rapport singulier qu'il entretient avec la fiction.

Né en 1956 à Port-au-Prince, Lyonel Trouillot vit toujours dans la capitale haïtienne. Romancier et poète, intellectuel engagé, il compose une oeuvre poétique et romanesque de première importance, publiée en France par Actes Sud.



  • La revue de presse Valérie Marin La Meslée - Le Point du 6 décembre 2007

Dans "L'amour avant que j'oublie", je prends pour la première fois mes distances avec le contexte de mon pays.» Son narrateur, un écrivain de 50 ans (comme lui), n'a plus «le loisir d'oublier ce qui lui tient à coeur» : écrire sur l'amour. A la jeune femme dont il tombe amoureux, il n'ose qu'écrire. Au secret de la page il confiera le plus intime, avec tout ce que cela bouscule en lui de pudeur et de souvenirs. Plus radieusement que jamais son écriture l'emporte, précise, clairvoyante et qui, de bourrue, devient douce à en pleurer.


  • La revue de presse Mohammed Aïssaoui - Le Figaro du 11 octobre 2007

Le comble pour un homme dont le métier est d'écrire : au soir de sa vie, il comprend qu'il n'a jamais su dire«je t'aime».Et ce n'est pas faute d'avoir éprouvé ce sentiment. Peut-être a-t-il perdu trop d'énergie et de temps dans de vains combats : c'était ce que l'on appelle un «écrivain engagé».À partir de ce constat, Lyonel Trouillot compose un roman, où de nombreuses pages valent les plus jolis poèmes. On se surprend même à relire certains passages, comme ce moment où il est dit que les femmes chantent l'amour et les hommes habitent le désespoir. Il y en a beaucoup d'autres...
Lyonel Trouillot a bien fait de coucher ses sentiments sur papier. L'amour, aussi, a besoin de romanciers à poigne.


  • La revue de presse Christine Rousseau - Le Monde du 24 aout 2007

De Haïti, son île - où il est né en 1956 - et de ses "vingt-sept mille kilomètres carrés de haine et de désolation" (Rue des Pas-Perdus), Lyonel Trouillot a construit une oeuvre de poète et de romancier exigeante, violente, rageuse, sensuelle et profondément humaine...
Toujours est-il que pour son septième roman, Lyonel Trouillot s'est laissé gagner par l'amour. Il livre, avec le si bien nommé L'Amour avant que j'oublie, plus qu'un roman sur les fêlures, les manques et les errements amoureux, une méditation sur l'écriture, ses stratégies, son pouvoir, son rapport au réel et à l'imaginaire, à la mémoire et au temps. Son roman ample et dense se déploie magistralement, dans la tension d'un double aveu. Celui d'un homme amoureux, pressé de se déclarer, de se dévoiler avant que les mots ne se dérobent devant la peur de se mettre à nu ; et celui d'un écrivain qui cherche en soi, en l'autre, le sens intime de ce qui le fonde dans l'écriture...
Trois vies emplies de rêves et d'illusions, de défaites, de renoncements, mais aussi de rêves, de fables et de sagesse. Trois destins transcendés par l'écriture miroitante d'un romancier qui d'un simple regard, d'une seule inflexion de voix, sait nous rendre ces humbles héros du quotidien à jamais inoubliables. Comme ce somptueux roman d'apprentissage, cette déclaration finalement déposée sur le seuil d'une chambre vide. D'une renaissance à l'amour.


  • Les courts extraits de livres : 24/11/2007

Tu connais la chanson : Bleu, bleu, l'amour est bleu. A l'époque, toutes les voix la chantaient. De l'école au bordel. Des boutiques du bord de mer à la ceinture de chair du quartier des mendiants serrant chaque jour de plus près les vieux murs décrépits de l'ancienne cathédrale. Au collège de l'Immaculée-Conception où je donnais des cours d'anglais, les pupilles la recopiaient dans leurs cahiers de chant et le choeur l'entonnait pour ouvrir la semaine, à la récréation, après la récitation du lundi. Les vendeurs ambulants de fournitures scolaires, auxquels les soeurs avaient interdit l'entrée de l'établissement pour des motifs sécuritaires, passaient le bras dans l'ouverture du portail métallique pour introduire leur marchandise, jetaient un oeil à l'intérieur et jouissaient, extasiés, de la beauté des corps de vierges chantant l'amour à l'unisson. Ils en oubliaient quelquefois de toucher le montant de la dette de la veille. J'en parlais le soir aux Aînés. Philosophes, ils jugeaient ce commerce équitable : une extase contre un aiguiseur ou une boule de vanille.
Bleu, bleu... Elle était partout. Elle touchait les hautes sphères de la fonction publique. A leur libération, les prisonniers politiques confiaient à leurs proches que le colonel Albert Pierre, chef de la police secrète, le plus rustre des tortionnaires habillés par la dictature, se sentant soudain pris d'un accès de romantisme, renvoyait les urgences au lendemain, abandonnait ses instruments de torture à ses aides pour le lavage, rangeait la blouse d'interrogatoire et l'uniforme des forces spéciales dans le placard aux accessoires, choisissait une chemise aux couleurs hawaïennes et, rendu à la vie civile, partait chercher un piano-bar où il traînait des jolies filles et offrait une prime à l'artiste s'il jouait la chanson toute la nuit. Bleu, bleu... Elle traversait les corridors obscurs, les quartiers d'ombre sans issue apparente derrière lesquels se cachaient cependant des mondes, atteignait les bas-fonds des maisonnettes plantées au pied du Morne L'Hôpital, qui attendaient, sereines, le jour où la montagne, masse informe, lassée d'être ron­gée par la racine, déciderait de leur tomber dessus. Bleu, bleu... Le soir, à l'heure où les temples fonctionnent à plein rendement, je m'asseyais avec les Aînés dans la cour de la pension, pour regarder passer le temps et écouter les bruits de la rue. D'ordinaire, tous les dieux de la ville venaient livrer bataille jusque devant nos portes. L'Etranger pestait contre la cacophonie des cohortes qui nous imposaient leurs demandes et leurs actions de grâce. Depuis son avènement, plus vive qu'un cantique, la chanson parvenait à troubler les services. Les dieux avaient trouvé leur maître. Bleu, bleu, l'amour est bleu...


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