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France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Mazarine Pingeot
Date de saisie : 16/10/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-260-01730-1
GENCOD : 9782260017301
Sorti le : 16/08/2007
«Au fond ça doit vous plaire de parler de moi. Qui ne cherche pas dans le journal les articles qui me sont consacrés, qui ne s'intéresse pas, qui ne s'interroge pas sur des causes, des raisons, ne cherche pas à comprendre, ne se sent pas écoeuré, dégoûté, mais renvoyé à soi, à sa noirceur, à ses possibles ? Moi je les ai accomplis vos possibles, j'ai endossé les crimes de chacun, les velléités, les fantasmes, les désirs profonds inavoués, les refoulés, les lâchetés, les haines. Pour vous je suis passée à l'acte, je suis sortie du champ social, je suis devenue la reine, la folle, la sorcière, ces personnages qu'on peut montrer du doigt avant de rentrer chez soi soulagé. Aujourd'hui on me regarde, n'est-ce pas ? On me regarde quand je me suis retirée de la scène, lors même que je n'apparaîtrai plus. Tu ne peux plus détourner les yeux, tu ne peux plus faire semblant, aujourd'hui j'existe, mais hier ?»
Mazarine Pingeot, normalienne, agrégée de philosophie, a trente-deux ans. Ce livre est son cinquième ouvrage (tous parus chez Julliard).
Bâtiment des femmes. Le 15 avril 1999
J'avais mis des bottes, j'étais sûre d'avoir du succès, elles étaient si chères. Je ne t'ai pas parlé de la dépense, tu m'aurais fait des reproches, c'est sûr. Mais je pensais que, vu le prix, on les remarquerait. Il y avait une femme, avec un chapeau, un chapeau, comment dire, ni rond ni carré, un chapeau de détective, le même, presque le même que ma mère gardait en souvenir de mon père. C'est tout ce qu'il lui a laissé, j'aurais pu dire nous n'est-ce pas, mais le nous que nous formions, ma mère et moi, n'était que de circonstance. Dire qu'il lui a laissé est aussi excessif, il l'a abandonné, dans une pièce quelconque, il l'a oublié là, avant de claquer la porte une bonne fois pour toutes, devant ce ventre infâme que je déformais. Elle l'aurait voulu vide, ce ventre, et plein ce chapeau.
Tout le monde n'avait d'yeux que pour elle, parce qu'elle était belle je crois, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que c'était à cause du chapeau. Alors mes bottes, bien sûr. D'une certaine manière, ça aurait pu me rassurer, tu ne les as pas remarquées toi non plus, ces bottes hors de prix, peut-être les aurais-tu trouvées jolies, sans poser de questions, parce que après tout elles ressemblent à des bottes, celles que je portais il y a dix ans déjà, depuis c'est revenu à la mode, mais est-ce que tu te soucies des modes, est-ce que tu te soucies de la manière dont je m'habille, est-ce que tu regardes jamais mes pieds ? Son chapeau, oui, parce qu'elle l'a sur la tête et que, quoi qu'on en dise, c'est toujours le visage qu'on regarde en premier.
J'avais encore raté mon entrée dans cette salle, mais comment deviner que ce serait notre dernière soirée ?
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