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Auteur : Olivier Adam
Date de saisie : 08/11/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature française
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-87929-584-8
GENCOD : 9782879295848
Sorti le : 23/08/2007
Marie se sent perdue. Son mari, ses enfants sont le dernier fil qui la relie à la vie.
Ce fragile équilibre est bouleversé le jour où elle rencontre les «Kosovars», ces réfugiés dont nul ne se soucie et qui errent, abandonnés, aux confins de la ville.
Négligeant sa famille, Marie décide de leur porter secours.
Et de tout leur donner : nourriture, vêtements, temps, argent, elle ne garde rien pour elle. Entraînée par une force irrésistible, elle s'expose à tous les dangers, y compris celui d'y laisser sa peau.
Avec ce roman, Olivier Adam nous rappelle que la violence qui frappe les plus faibles est l'affaire de chacun. Et trace le portrait inoubliable d'une femme dépassée par la force de ses sentiments.
«A l'abri de rien» est écrit à la première personne du singulier féminin. Olivier Adam réussit l'impossible. Il se glisse dans la peau frigorifiée et la tête chavirée de cette suicidée de la société. Pendant 220 pages, pas une fausse note, pas le moindre artifice, pas trace de démagogie. «La graisse du quotidien et des emmerdes» n'est pas factice, elle imprègne vraiment les pages. La dépression, il l'exprime en connaisseur. La solidarité des damnés de la terre, on a l'impression de la toucher du doigt. Marie, c'est lui. J'ai lu dans «le Figaro» qu'on accusait méchamment Olivier Adam d'être «un romancier populiste». C'est bien vite oublier Carco, Guilloux ou Dabit, qui rêvait de vivre assez longtemps pour «assister au triomphe des éternels vaincus». Et c'est ajouter, aux malheurs de Marie, le vain mépris des gens heureux.
Il est l'écrivain des fêlures, des émotions à fleur de peau. Ses livres montrent des héros à bout de souffle, prêts à basculer. Olivier Adam parvient comme personne à décrire des vies comme celles des autres, comme les nôtres. Avec l'étouffant et splendide A l'abri de rien, le voici qui risque d'agrandir une audience déjà large. Certains verront là un roman sur Sangatte, le centre d'hébergement et d'accueil d'urgence humanitaire inauguré en septembre 1999, près de Calais et du tunnel sous la Manche - Sangatte où stationnèrent près de quatre-vingt mille réfugiés kurdes, afghans ou iraniens avant sa fermeture en 2002. D'autres liront dans l'histoire d'une femme qui fait l'expérience du don et de la compassion jusqu'à la folie mystique un pendant littéraire à Europe 51 de Rossellini...
Austère et âpre, A l'abri de rien est un roman qui descend à pic vers les eaux les plus sombres et ne se laisse pas oublier. Sans conteste, la plus grande réussite d'un écrivain dont on sent qu'il n'a pas l'air de tricher.
Tout l'univers d'Olivier Adam y est : le fond de vent et de pluie, l'époux chauffeur de car scolaire au Smic, les courses chez Ed et les collections de tortues en porcelaine sur les étagères...
Cette litanie de petits malheurs pourrait peser, mais, par le naturel de la phrase, l'ensemble sonne étonnamment juste. Une écriture à «ras d'homme», selon l'expression de Calet. «Si c'est beau, cela ne peut pas être déprimant», disait déjà Richard Ford, auteur fétiche d'Olivier Adam. Une réflexion de Marie résume bien le destin de toutes ces vies minuscules : «C'était foutu d'avance.» On se gardera bien d'en dire autant pour le Goncourt.
L'auteur de Passer l'hiver et de Falaises ne fait pourtant, cette fois encore, aucune concession. Le texte de son nouveau roman, A l'abri de rien, est taillé au plus court, les phrases sont sèches et rapides, l'émotion tenue à distance. Elle surgit pourtant d'un détail minuscule, d'un mouvement imperceptible, un signe ou un geste saisis en quelques mots...
Clinique, tranchant, cruel parfois, A l'abri de rien n'est jamais grinçant ni complaisant. A l'affût de la moindre lueur, c'est l'humain que traque l'auteur au fond du précipice où sombre Marie, à l'exemple de nombre de ses personnages. Car c'est la vie qui intéresse Olivier Adam, juste la vie entre chien et loup, quand l'équilibre ne tient qu'à un fil entre lucidité et désespoir, révolte et tentation de disparaître, nostalgie de l'enfance et peur du temps qui s'use. Fatigue et courage de vivre.
Comment ça a commencé ? Comme ça je suppose : moi, seule dans la cuisine, le nez collé à la fenêtre où il n'y a rien. Rien. Pas besoin de préciser. Nous sommes si nombreux à vivre là. Des millions. De toute façon ça n'a pas d'importance, tous ces endroits se ressemblent, ils en finissent par se confondre. D'un bout à l'autre du pays, éparpillés ils se rejoignent, tissent une toile, un réseau, une strate, un monde parallèle et ignoré. Millions de maisons identiques aux murs crépis de pâle, de beige, de rose, millions de volets peints s'écaillant, de portes de garage mal ajustées, de jardinets cachés derrière, balançoires barbecues pensées géraniums, millions de téléviseurs allumés dans des salons Conforama. Millions d'hommes et de femmes, invisibles et noyés, d'existences imperceptibles et fondues. La vie banale des lotissements modernes. À en faire oublier ce qui les entoure, ce qu'ils encerclent. Indifférents, confinés, retranchés, autonomes. Rien : des voitures rangées, des façades collées les unes aux autres et les gosses qui jouent dans la lumière malade. Le labyrinthe des rues aux noms d'arbres absents. Les lampadaires et leurs boules blanches dans la nuit, le bitume et les plates-bandes. La ville inutile, lointaine, et le silence en plein jour.
Donc, ça commence comme ça : moi, le ventre collé au plan de travail, les yeux dans le vague, une tasse de thé brûlant entre les mains, il est trop fait, presque noir, imbuvable. De toute façon je déteste le thé. Devant la maison d'en face, deux femmes discutent. Elles ont les cheveux courts ou rassemblés en queue-de-cheval, les jambes moulées dans ces caleçons qu'on trouve au marché le dimanche. Elles attendent que leur homme rentre du boulot, leurs enfants de l'école. Je les regarde et je ne peux m'empêcher de penser : c'est ça leur vie, attendre toute la journée le retour de leurs gamins ou de leur mari en accomplissant des tâches pratiques et concrètes pour tuer le temps. Et pour l'essentiel, c'est aussi la mienne. Depuis que j'ai perdu mon boulot c'est la mienne. Et ce n'est pas tellement pire. Le boulot au supermarché c'était pas beaucoup mieux j'avoue.
J'avale juste une gorgée et je vide tout dans l'évier, le liquide disparaît en éclaboussant les parois, aspiré par le siphon. Ça m'angoisse toujours cette vision. Ça n'a aucun sens, je sais bien. Mais on est tous bourrés de ces trucs qui nous bousillent l'existence sans raison valable.
Le silence, par exemple. Ce jour-là comme n'importe quel autre il emplissait tout, me coinçait la gorge dans un étau. Je pouvais le sentir me figer les sangs, me creuser les poumons d'un vide immense. Un cratère sans lave. Un désert. Une putain de mer de glace.
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