ALZHEIMER
Vie d'un médecin, histoire d'une maladie
Traduit de l'allemand par Odette et Régina Langer
«- Comment vous appelez-vous ?
- Auguste.
- Votre nom de famille ?
- Auguste.
- Comment s'appelle votre mari ?
- Auguste, je crois.
- Votre mari ?
- Ah bon, mon mari...»
Ce dialogue étonnant constitue les premières lignes d'un dossier que l'on croyait perdu : l'étude clinique d'Auguste D., la première malade examinée par le docteur Alois Alzheimer en 1901 à l'asile d'aliénés de Francfort-sur-le-Main.
C'est la découverte de ce document passionnant qui a donné à Konrad et Ulrike Maurer l'idée de nous brosser le portrait de cette personnalité remarquable par son intelligence et son humanisme, un médecin dont l'histoire demeure méconnue alors que le nom est prononcé par tous.
La «maladie d'Alzheimer» touche aujourd'hui plus de 800000 Français.
Konrad Maurer est neurologue, psychiatre et psychothérapeute. Il est professeur à l'université de Francfort. Sa femme s'est consacrée à la rénovation de la maison natale d !Alzheimer, transformée en musée et centre de congrès.
Les courts extraits de livres : 17/06/2007
Le dossier Auguste D.
(...)
«Écrivez : Frau Auguste D.»
Elle écrit «Frau» mais, entre-temps, a déjà oublié la suite. Si on lui indique un seul mot, elle l'écrit. Cependant, au lieu d'Auguste, elle note «Auguse».
Le soir, sa parole est plus fluide mais elle utilise des mots sans rapport avec ses idées et, quand elle a dit quelque chose, s'y accroche maladivement sans vouloir en démordre.
Intéressé par ce premier examen, le Dr Alzheimer porte la date et le nom d'Auguste D. sur le test d'écriture qu'il lui a fait faire. Durant toute sa carrière médicale, il n'avait pas encore rencontré de patient qui oublie son nom au fur et à mesure qu'il l'écrit. Qualifiant ce comportement de «trouble amnésique de l'écriture», il décide de poursuivre l'étude de la malade au cours des jours à venir.
28 novembre 1901
Auguste D. est en permanence désemparée et anxieuse. Elle ne cesse de répéter : «Je ne veux pas me laisser couper !» et se comporte alors comme si elle était aveugle, tourne sur elle-même, tâte le visage des autres malades, ce qui lui vaut des coups en retour. Si on lui demande ce qu'elle fait, elle répond : «Je dois mettre de l'ordre.»
29 novembre 1901
Placée dans une salle d'isolement, Auguste D. se comporte très calmement. Lorsque le Dr Alzheimer entre, elle est de nouveau allongée sur son lit et semble égarée. Le médecin entame alors un interrogatoire détaillé.
«Comment allez-vous ?
- Toujours pareil, comme ci comme ça. Qui donc m'a amenée ici ?