Inscrivez-vous àla Lettre des Bibliothécaires.
Bibliothécaires,partagez vos découvertes.
Clubs de lecture,envoyez vos choix.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdesbibliothecaires.com, qui vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des bibliothécaires. Vous y entendrez les écrivains raconter leurs livres, et les éditeurs présenter leurs productions aux bibliothécaires. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Nous proposons également un podcast.
France Inter est partenaire de notre site. Chaque vendredi matin vers 6h45 Patricia Martin met en avant sur l’antenne de France Inter un choix de bibliothécaire. Vous pouvez retrouver l’historique des choix de bibliothécaire cités par Patricia Martin en cliquant sur ce lien. France Inter est la première radio nationale à donner régulièrement la parole aux bibliothécaires de France.
Auteur : Nina Bouraoui
Date de saisie : 07/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Stock, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-234-06039-5
GENCOD : 9782234060395
Sorti le : 16/05/2007
Avant les hommes
«J'ai envie d'un homme parce que j'ai envie d'une autre vie que la mienne, j'ai envie que l'on me raconte une histoire, j'ai envie de savoir comment cela se passe ailleurs, dans les autres cerveaux, j'ai envie que l'on me change la tête.»
C'est l'histoire d'un garçon qui vit seul avec sa mère dans un petit pavillon non loin d'une cité. C'est l'histoire d'un été, saison dangereuse et violente. C'est l'histoire de Jérémie, de son obsession pour Sami. L'histoire d'une désertion aussi. La jeunesse est un état sauvage où tout peut arriver, tout peut se détruire, parce que tout tient sur une seule force : le désir.
Sans doute est-ce le plaisir d'avoir flirté avec la fiction, dans le magnifique Mes mauvaises pensées - récompensé en 2005 du prix Renaudot -, qui a poussé Nina Bouraoui à renouer avec ses premières amours. En effet, après un long détour par le récit autobiographique, entamé par Le Jour du séisme et poursuivi avec notamment Garçon manqué, La Vie heureuse et Poupée Bella, la romancière revient donc aujourd'hui au roman avec le bien-nommé Avant les hommes. Surtout, à travers ce dixième livre, elle réemprunte, comme dans Le Bal des murènes, la voix d'un jeune garçon, ou plus exactement d'un adolescent pour explorer les thématiques qui lui sont chères : la fin de l'enfance, la solitude, la naissance du désir et de ses ambiguïtés, la différence, la peur, la beauté des hommes dont elle offre ici une fois encore des pages inspirées...
Après l'autofiction, l'homofiction ? «Avant les hommes», c'est le court récit d'un penchant qui commence à prendre racine dans le corps d'un jeune homme qu'écoeurent les faux-semblants d'une famille en miettes...
C'est cru et fleur bleue, enflammé et sexuel. C'est Nina Bouraoui côté arrière-cour, dans les descentes de cave où les hommes se regardent les yeux dans les yeux.
Avant j'allais à la rampe faire du skate, je m'y rendais tous les jours ; je me sentais comme un oiseau; je n'avais pas peur, j'aimais le bruit du roulement à billes qui me faisait penser à celui du barillet d'un pistolet; j'avais cette idée de me brûler la tête; je croyais que le ciel me protégerait de tout puisqu'il contenait ma mère, comme une boîte, immense, où j'avais déjà mis tous mes jouets; j'ai le souvenir de l'enfance mais je n'ai pas le souvenir d'avoir été un enfant, il me manquait des parts de rêves ; le shit fait revenir ces rêves, je me replie dans une spirale de coton, je quitte la terre. Dans mes magazines, il y a des posters de garçons nus que je déplie parfois sur moi pour en faire des miroirs de papier. Ma réalité est composée de plusieurs couches, chaque fois que je retire un paysage, chaque fois je découvre un nouveau monde. Cet hiver, j'allais voir Sami au stade sans qu'il le sache, son corps apparaissait comme un point de feu sur la pelouse, j'étais obsédé par son ventre, par ses cuisses, et c'était comme s'il me portait sous son maillot; j'avais investi Sami, je vivais en lui, au rythme de ses souffles et de ses accélérations; puis avec le shit, c'est lui qui venait sous moi, pour retrouver sa place. Dans le quartier, il y a une voiture de police qui patrouille à cause des cambriolages, alors que c'est moi qu'on a volé, je me sens dessaisi de mon trésor.
Ce matin, un homme cherchait ma mère, il a sonné au portail, je l'ai laissé entrer, je me suis dit que je ne craignais rien, que j'étais mon propre danger. Il portait un polo bleu marine avec un jean et des baskets, il devait avoir l'âge de ma mère mais il ne faisait pas vieux, il était tout l'inverse de mon père, il semblait joyeux d'être ce qu'il était, là, devant moi, dans la lumière du soleil qui faisait une couronne au-dessus de sa tête. Il a dit s'appeler Alex, vivre en Angleterre et connaître ma mère depuis longtemps. J'ai pensé qu'il avait dû être l'un de ses invités, dans les marécages de mon enfance. Il parlait vite et fort mais je n'écoutais pas son histoire, je regardais ses épaules, sa mâchoire, je voulais sa force.
Copyright : lechoixdesbibliothecaires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia