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Auteur : Boris Pahor
Traducteur : Antonia Bernard
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Littérature
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-268-06113-9
GENCOD : 9782268061139
Igor Sevken, écrivain slovène d'une soixantaine d'années, partage son existence entre Trieste et Duino. Dans ses écrits, il se bat pour faire reconnaître la langue et la littérature slovènes comme des éléments à part entière de la culture et de l'histoire italiennes. Il effectue régulièrement de courts séjours à Paris afin d'y retrouver Lucie Huet, une jeune femme d'une trentaine d'années. Ils se sont connus autour d'un texte écrit par Igor Sevken sur l'expérience qui a été la sienne dans les camps de la mort, pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ces rencontres amoureuses, à la fois sensibles et intellectuelles, sont celles de deux êtres que l'existence a meurtris. En effet, si Igor Sevken a livré le récit de ce qu'il a vécu en déportation, Lucie, de son côté, reste à jamais marquée par la relation incestueuse à laquelle son père l'a contrainte autrefois. C'est grâce à leur amour que Lucie trouve, peu à peu, l'apaisement et l'épanouissement de son corps de jeune femme.
Cependant, ressentie vivement par elle comme un obstacle à leur amour, leur différence d'âge s'impose bientôt comme un thème récurrent, au point de brouiller parfois la tendre atmosphère de leurs rendez-vous. En lisant ce roman, on pense au magnifique Au-delà du fleuve et sous les arbres d'Hemingway, d'ailleurs évoqué.
Une fois de plus, Boris Pahor aborde les grands thèmes de la littérature, l'amour, le temps et l'histoire. Il le fait de cette voix si personnelle que les lecteurs ont appris, au fil de son oeuvre, à reconnaître entre toutes : douce et tendre quand il parle des relations humaines, lucide et rageuse quand il évoque les combats de l'histoire. C'est cette capacité à juxtaposer ces deux registres sans en renier aucun qu'on retrouve ici de façon magistrale.
Considéré en Slovénie comme l'un des écrivains les plus importants de sa génération, Boris Pahor est né en 1913 à Trieste où il vit actuellement. Parmi ses oeuvres récemment traduites en français : Arrêt sur le Ponte Vecchio (Les Syrtes ; 1999; réédition en 10/18, 2006), Jours obscurs (Phébus, 2001) et La Porte dorée (Le Rocher, 2002).
Le livre aurait pu être le récit sec d'une liaison sensuelle, tournée essentiellement vers le passé, vers l'histoire, vers des traumatismes d'ordres divers. L'écrivain a même envisagé d'écrire un roman de ce type, où il aurait placé en miroir l'inceste dont Lucie a été victime et l'expérience du camp. Ce qui aurait donné un roman cru et froid. Mais ce n'est pas ce livre-là qu'on lit...
Pour rédiger ce livre bouleversant, il avait adopté un style dépouillé, afin que l'émotion naisse de la précision extrême des descriptions. "Il y a peu de chose qui puisse faire quitter le chemin à celui qui a autrefois connu de près l'atmosphère de la mort", admet-il à présent. Doté d'une force vitale extrême, il approfondit cependant, dans ses récits autobiographiques, ses analyses psychologiques et politiques.
Le lendemain, ils se baladèrent, tout sourire, comme en état de grâce, jusqu'au départ du train où ils se séparèrent avec la conscience d'un enrichissement commun. Les choses se gâtèrent ensuite, lorsqu'il arriva dans son bureau de Devin, où il trouva sur son répondeur un message de Lucie le remerciant de tout ce qu'il lui avait donné dans le passé. Cette phrase l'étonnait et il ne savait plus que répondre quand il la rappela. Mais elle le devança en lui demandant pourquoi il n'avait pas confirmé la réception du message, comme à son habitude. Il lui avoua qu'il était un peu perdu et qu'il n'arrivait pas à faire le lien entre les jours partagés et ce qu'elle disait du passé. Si elle met fin de cette façon à ce qu'ils ont vécu ensemble, alors il n'y a rien à répondre. À cet instant Lucie fut prise de sanglots et dut reposer l'écouteur. Et c'est seulement quand il la rappela immédiatement qu'elle expliqua, d'une voix qui laissait transpercer l'émotion, qu'en le remerciant elle avait à l'esprit la semaine passée, mais l'avait exprimé, il est vrai, de manière inhabituelle.
Il était finalement heureux de ce malentendu car ses larmes, à l'idée d'une séparation, confirmaient la valeur de leur lien. Il lui dit à quel point, une fois arrivé dans sa modeste maison, il restait sous le charme de son étreinte de jeune fille : une nuit il s'était endormi enveloppé dans un tissu blanc et transparent, tissu qui était elle, en plus fin, et qu'elle l'enveloppait de ce qui était son essence. Dans sa lettre elle répondit en évoquant la texture du tissu dont il avait envie de sentir le contact, juste à son retour du camp, lorsque les draps avaient touché pour la première fois sa peau ; il avait envie que les femmes tissent pour lui des fibres nouvelles. Oui, elle savait donner une réponse en accord avec lui, et pour compléter encore l'impression elle lui dit que l'après-midi elle cousait, et qu'en même temps elle avait l'impression qu'il la contemplait et qu'il était content d'elle.
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